<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Pourquoi la hausse des cours du pétrole reste contenue

28 mai 2026

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Photo : Réserves stratégiques pétrole américaines Wikimedia Commons
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Pourquoi la hausse des cours du pétrole reste contenue

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Le niveau actuel des prix du pétrole n'est finalement pas si élevé. Il est surtout très volatil en fonction des perspectives ou non de fin du conflit avec la République islamique d’Iran et de déblocage ou non du détroit d’Ormuz. Mais historiquement, il reste à des niveaux presque raisonnables compte tenu de l’ampleur de la crise. Les cours du baril ont atteint des niveaux bien plus élevés au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et même dans les années précédentes la crise financière de 2008-2009. Cela est trompeur. Les cours du baril reflètent aujourd'hui surtout la capacité du système à absorber le choc initial. Si le conflit et le blocage perdurent, il ne pourra maintenir cet équilibre dans la durée.

C’est un véritable paradoxe. La crise énergétique née des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran et de la réplique de cette dernière en bloquant la plupart des exportations maritimes de pétrole et de gaz via le détroit d’Ormuz est considérée comme une catastrophe économique potentielle. Des institutions comme l’Agence internationale de l’énergie vont même jusqu’à répéter depuis des semaines que nous sommes dans une situation comparable à celle du choc pétrolier de 1973, resté dans toutes les mémoires.

Pour autant, les cours du baril de pétrole se trouvent à des niveaux contenus et même inférieurs aux sommets atteints en 2022, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et plus encore dans les années précédentes la crise financière de 2008-2009. Dans la matinée du 28 mai et depuis le début du conflit, le 28 février, les cours du baril de Brent, la référence européenne, avaient augmenté d’environ 35% et se trouvaient autour de 96 dollars et ceux du WTI (West Texas Intermediate), la référence américaine, se trouvaient autour de  90 dollars soit une hausse aussi d’environ 35% en trois mois. Les cours du baril sont évidemment très volatils et fluctuent au grès des espoirs de résolution de conflit ou de crainte d’une fin du cessez-le-feu. Mais au plus haut, le Brent et le WTI n’ont même pas atteint les 115 dollars au cours des trois derniers mois.

Effet retard

En prenant un peu de recul, la plupart des analystes du secteur énergétique auraient été stupéfaits de constater qu’environ trois mois après la fermeture presque totale du détroit d’Ormuz, le baril de pétrole se négocie à moins de 100 dollars. La question est de savoir s’il s’agit d’un excès d’optimisme des opérateurs de marché ou d’un effet retard de l’impact sur le marché de la disparition soudaine d’environ 10% à 15% de la production pétrolière, compte tenu des moyens de contournement saoudiens et émiratis. Le calcul mathématique semble incontestable : soutirer une telle quantité d’approvisionnement du marché devrait se traduire par une envolée des prix rapide et spectaculaire. On est pourtant encore bien loin du baril à 150 dollars que beaucoup anticipaient en mars.

On pourrait en conclure que le marché a absorbé le choc. Mais il ne faut pas confondre résilience et effet retard. Le marché pétrolier a bénéficié jusqu’à aujourd’hui d’un tampon temporaire.

Le monde est entré dans cette crise avec des stocks plus importants que ne le pensaient de nombreux analystes. Ces barils ont joué le rôle d’amortisseurs. Ils n’éliminent pas le problème. Ils ne font que le repousser. Les stocks commerciaux mondiaux diminuent depuis des semaines. Les stocks des pays de l’OCDE sont désormais inférieurs à leur moyenne sur cinq ans, et des observateurs indépendants comme Vortexa et Kpler indiquent également une baisse constante des stocks flottants.

Un système de moins en moins flexible

Rien de tout cela ne semble dramatique sur un graphique. Les baisses sont ordonnées et les prix ont augmenté, mais pas de manière explosive. À première vue, le système semble tenir le coup. Mais les stocks ne constituent pas une réserve stratégique. Il s’agit de stocks de fonctionnement, c’est-à-dire le volume minimum nécessaire pour assurer le bon fonctionnement des raffineries, des pipelines, des distributeurs. Une fois que les stocks tombent en dessous de ces seuils opérationnels, le système perd rapidement en flexibilité. Les raffineurs ont moins d’options en matière de brut. Le mélange devient plus difficile. Les petites perturbations qui étaient auparavant absorbées commencent à prendre plus d’importance. Plus les stocks diminuent, plus la reprise s’avèrera longue et difficile, car les barils qui ont servi à amortir le choc doivent être remplacés.

Une autre raison pour laquelle les prix n’ont pas grimpé en flèche est l’impression que le cartel OPEP+ dispose encore de capacités de production de réserve comme d’autres pays producteurs comme les Etats-Unis, le Venezuela, le Canada, la Russie voire le Brésil, l’Argentine, le Guyana. Sur le papier, c’est vrai, des pays producteurs ont la capacité d’augmenter leur production et l’ont fait. Dans la pratique, cela est insuffisant pour compenser entièrement la perte d’approvisionnement en provenance du golfe Persique.

Recul de la demande

De plus, tous les barils ne sont pas interchangeables. Les différences de qualité du brut ont une incidence sur les configurations de raffinage. Ensuite, l’augmentation de la production n’est pas instantanée. Même lorsque la capacité existe, sa mise en service nécessite du temps et des moyens techniques et logistiques. Si les capacités inutilisées ont contribué à stabiliser les prix à court terme, elles n’éliminent pas pour autant le déséquilibre sous-jacent.

L’autre facteur permettant de limiter jusqu’à aujourd’hui le choc se trouve du côté de la demande. Elle a diminué. Car la hausse des prix entraîne naturellement une certaine destruction de la demande. Les consommateurs conduisent moins. Cela est spectaculaire en France. Les compagnies aériennes suppriment des liaisons. Les utilisateurs industriels cherchent à optimiser leurs processus. Dans le même temps, la croissance économique mondiale a été inégale.

Mais il ne s’agit pas d’un déclin structurel de la demande. Il s’agit d’un ralentissement temporaire. Si l’activité économique se renforce, ou si les consommateurs s’adaptent simplement à la hausse des prix, la demande peut rapidement augmenter.

Capacité du système pétrolier à absorber le choc initial

Le marché pétrolier a limité la casse jusqu’à aujourd’hui grâce aux stocks de pétrole, et à aux ajustements progressifs de la demande. Ces outils sont limités. Ils ont été conçus pour atténuer les perturbations à court terme et non pour remplacer indéfiniment une artère majeure du commerce mondial. C’est pourquoi le niveau actuel des prix est sans doute trompeur. Il reflète la capacité du système à absorber le choc initial, et non sa capacité à maintenir cet équilibre dans la durée.

Il y a deux grands scénarios possibles.  Le premier est celui de la résolution, au moins temporaire, du conflit. Si le détroit rouvre ou si les flux sont partiellement rétablis, le système peut commencer à reconstituer ses stocks et à se normaliser. Dans ce scénario, les prix pourraient se stabiliser, voire baisser par rapport aux niveaux actuels, mais un retour aux prix d’avant-guerre est peu probable dans un avenir proche.

Equilibre précaire

Le second scénario est celui de l’enlisement. Si les stocks continuent de baisser, si les capacités de réserve continuent à s’amenuiser, le marché sera contraint de réduire l’offre disponible de manière plus radicale. C’est alors que la perspective d’un baril à 150 dollars devient beaucoup plus plausible. Cela ne sera pas nécessairement parce qu’un événement dramatique se sera produit, mais parce que les marges de manœuvre ont été épuisées.

Il y a une seule certitude aujourd’hui. L’équilibre précaire est maintenu en puisant dans des ressources qui ne peuvent pas être rapidement reconstituées. À mesure que ces ressources s’amenuisent, le système devient de plus en plus fragile.

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