<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Pourquoi l’avance industrielle et technologique de la Chine ne cesse de grandir

10 juillet 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Eolienne marine groupe MingYang DR
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Pourquoi l’avance industrielle et technologique de la Chine ne cesse de grandir

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Cela fait de nombreuses années que la Chine investit plus dans les technologies de la décarbonation que le reste du monde réunit. Elle domine aujourd’hui de façon écrasante le solaire photovoltaïque, les batteries lithium-ion, les véhicules électriques, le raffinage des minéraux critiques et notamment des terres rares, l’éolien, les pompes à chaleur, les électrolyseurs. Et elle ne cesse de renforcer son avance industrielle et technologique. En face, les Etats-Unis décrochent et les efforts européens sont presque dérisoires. Deux rapports très récents, d’Atlas Public Policy et de Loom font un constat sans équivoque.

La stratégie énergétique de la Chine est limpide. Devenir la superpuissance électrique, par contraste avec les puissances pétrolières et gazières comme les Etats-Unis et la Russie, et dominer toutes les filières industrielles liées à l’électrification des usages et la décarbonation. Une stratégie qui aujourd’hui fonctionne parfaitement et met l’Europe dans une impasse. L’Europe se voulait le modèle de la transition énergétique, mais a des résultats décevants en matière de décarbonation et surtout doit ses progrès à sa désindustrialisation et s’appauvrit avec des prix de l’énergie (électricité et gaz) deux à trois fois plus élevés que ceux de la Chine et plus encore des Etats-Unis.

L’illustration de la supériorité écrasante chinoise se mesure au fait que depuis des années, elle consacre des sommes plus importantes que le reste du monde aux investissements dans la décarbonation. L’avance chinoise dans ces technologies et dans leurs filières de production ne cesse de s’accroître selon la dernière étude publiée par le cabinet d’études Atlas Public Policy.

Bon pour la réduction des émissions, pas pour la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Europe

Si on peut considérer que les progrès réalisés en matière de décarbonation par le plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre constituent une bonne nouvelle, la concentration croissante des chaînes d’approvisionnement entre les mains d’une seule nation – qui plus est autoritaire – soulève des préoccupations majeures en matière de géopolitique et de sécurité d’approvisionnement énergétique.

Atlas Public Policy a analysé les données mondiales sur les investissements dans les énergies bas carbone entre 2019 et 2025, et a constaté que plus de la moitié des 1.100 milliards de dollars investis provenaient d’entreprises chinoises. Comparé aux plus de 500 milliards de dollars d’investissements de la Chine, les États-Unis suivent à distance avec 236 milliards de dollars d’investissements dans les énergies propres, dont seulement 40% provenaient d’entreprises américaines, « ce qui montre la dépendance des États-Unis vis-à-vis des investissements directs étrangers pour leur secteur manufacturier », selon le rapport.

L’Europe n’est pas dans la compétition

« De toutes les technologies, l’énergie solaire est de loin celle qui est la plus présente en Chine (79% de la part mondiale), suivie par l’éolien (56%), les batteries (48%) et les véhicules électriques (35%) », écrit Atlas Public Policy. Et les usines de batteries se taillent la part du lion avec 514,9 milliards de dollars d’investissements devant le solaire (323,9 milliards), les véhicules électriques (207 milliards) et l’éolien (45,2 milliards).

La Chine domine toutes ses chaînes d’approvisionnement. Parmi les 25 entreprises ayant annoncé les investissements les plus importants dans la fabrication d’énergie propre, 14 ont leur siège en Chine…

Pour ce qui est de l’Europe, elle arrive loin derrière comme le montre la carte ci-dessous. Se détachent dans les investissements pour la période 2019-2025 des pays comme l’Allemagne (33 milliards de dollars) et la Hongrie (33 milliards de dollars) qui est devenue la tête de pont de l’industrie chinoise au sein de l’Union Européenne (UE). La France, le Royaume-Uni, l’Espagne ne dépassent pas 20 milliards de dollars sur la même période.

Investissements dans la production d’énergies propres par pays depuis 2019

Bleu foncé : Plus de 100 milliards de dollars; Bleu clair : 20 à 100 milliards de dollars; Orange : 5 à 20 milliards de dollars; Jaune : 1 à 5 milliards de dollars; Gris : moins de 1 milliard de dollars. Source : Atlas Public Policy.

La Chine ne cesse de renforcer son avance

Une part importante des investissements chinois dans ses technologies – environ 136 milliards de dollars – a servi à financer des usines dans d’autres pays, « ce qui témoigne d’une stratégie visant à pénétrer de nouveaux marchés et à contourner les barrières commerciales », selon un article récent publié par le média indépendant Semafor. Son titre est sans équivoque : « La Chine renforce son avance dans le secteur mondial des technologies propres ».

Cela signifie qu’une montée en puissance de l’adoption des énergies bas carbone ne peut que se traduire aujourd’hui par une augmentation des exportations chinoises. Et cela creusera encore davantage l’écart entre la Chine et le reste du monde dans ses technologies avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la sécurité d’approvisionnement énergétique, notamment de l’Europe.

Ce qui n’est une surprise pour personne. Depuis des années la Chine consacre des moyens considérables pour consolider sa domination des chaînes d’approvisionnement mondiales en énergies bas carbone et pour renforcer sa domination énergétique dans les économies émergentes. La puissance financière et industrielle chinoise lui permet d’inonder les marchés de batteries lithium-ion ou de panneaux solaires à des prix très inférieurs à celui de ses concurrents… et de les éliminer.

Hostilité des Etats-Unis

Et tout cela bien avant que la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran n’illustre la fragilité des chaînes d’approvisionnement en hydrocarbures du monde entier. Ce qui renforce l’attrait des technologies bas carbone dont la vocation est de se substituer aux énergies fossiles. « Pendant des années, l’énergie propre a été présentée comme un impératif moral. Aujourd’hui, c’est tout simplement une nécessité économique et géopolitique », expliquait le magazine Forbes dans un article publié en avril. « Il ne s’agit pas d’émissions. Il s’agit de résilience et de stabilité des prix. »

Pour en revenir au problème européen, le think tank Loom a publié ce mois-ci une analyse stratégique mettant en garde non seulement contre le renforcement du poids de la Chine sur la politique énergétique européenne et la possibilité qu’elle pourrait avoir de saboter le système énergétique européen mais aussi sur la réaction politique que peut susciter cette influence, en particulier de la part des États-Unis. « Le risque pour la sécurité nationale le plus souvent négligé lié à l’utilisation par l’Europe des technologies chinoises à faibles émissions de carbone ne provient peut-être pas de la technologie elle-même, mais de la réaction probablement hostile des États-Unis à l’égard de ceux qui l’adoptent », écrit Loom.

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