Même si les sources d’énergies renouvelables intermittentes posent de sérieux problèmes, de coûts réels, de subventions, d’intermittence…, d’utilisation massive de minéraux et de métaux, de nuisances environnementales et d’impact sur la stabilité des réseaux et des marchés électriques, il est indéniable qu’elles ont le vent en poupe à l’échelle planétaire. Le nier ne change rien aux faits. Les derniers chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport « World Energy Investment 2026 » (Investissements mondiaux dans l’énergie 2026) en apportent une nouvelle preuve irréfutable. Les investissements mondiaux dans les énergies dites propres ont atteint 2.155 milliards de dollars en 2025, plus du double des 1.008 milliards de dollars consacrés aux fossiles (pétrole, gaz, charbon).
Et pour 2026, le rapport prévoit que les investissements mondiaux dans l’énergie atteindront 3.400 milliards de dollars dont 2.200 milliards dans « les réseaux [électriques], le stockage, les carburants à faibles émissions, le nucléaire, les renouvelables, l’efficacité énergétique et l’électrification tandis qu’environ 1.200 milliards seront investis dans le pétrole, le gaz naturel et le charbon… »
Un basculement qui remonte à une décennie
« Les investissements dans l’approvisionnement en électricité et les infrastructures devraient atteindre près de 1.600 milliards de dollars en 2026 et s’élever à 2.000 milliards de dollars en incluant l’électrification des usages finaux. Les dépenses consacrées aux réseaux électriques devraient avoisiner les 550 milliards de dollars, soit une hausse de près de 20% par rapport à l’année précédente, tandis que les investissements dans le stockage par batteries devraient dépasser les 100 milliards de dollars ». À elle seule, l’énergie solaire devrait attirer environ 365 milliards de dollars d’investissements l’année prochaine.
Le basculement n’est pas vraiment nouveau. Il remonte à dix ans déjà. C’est en 2016 que pour la première fois, les investissements dans les sources d’énergie bas carbone et l’électrification ont dépassé pour la première fois ceux dans les fossiles. Et depuis, l’écart n’a cessé de se creuser.
C’est l’évolution la plus significative. Car la transition énergétique n’est pas déterminée par les discours politiques enflammés ou les objectifs climatiques proclamés, mais par les flux de capitaux. Les investisseurs placent leur argent là où ils anticipent de la croissance et de la rentabilité et ils misent clairement sur l’électricité et l’électrification à partir des renouvelables (intermittents ou pas) et du nucléaire plutôt que de la combustion de carburants fossiles.
Le déclin relatif des fossiles est continu

Evolution des investissements dans l’énergie depuis 2016. Source: Agence internationale de l’énergie.
Les crise énergétiques successives confortent la tendance de fond
La crise énergétique que nous traversons depuis le début de l’année et plus particulièrement depuis le 28 février et la guerre contre la République islamique d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ne peut que conforter cette tendance de fond. Les marchés des combustibles fossiles sont extrêmement vulnérables aux chocs géopolitiques ce qui n’est pas nouveau. La dernière crise énergétique qui remonte a seulement quatre ans était née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
Dans le passé, ce type de crise se traduisait invariablement par une augmentation des investissements dans le pétrole, le gaz et le charbon. Le capitalisme a cette capacité unique d’inciter efficacement les investisseurs à produire pour satisfaire une demande solvable. Et depuis deux siècles, la sécurité d’approvisionnement énergétique dépend de l’augmentation de la production d’hydrocarbures et de charbon. Pourtant, l’AIE prévoit que les investissements mondiaux dans le pétrole tomberont en dessous de 500 milliards de dollars en 2026, une troisième année consécutive de baisse. Et dans le même temps, « les investissements dans le gaz naturel devraient atteindre 330 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis dix ans, soutenus par une vague de nouveaux projets d’exportation de GNL, notamment aux États-Unis et au Qatar ». Mais la tendance de fond est claire.
Produire sur son propre territoire
Elle reflète un véritable changement de paradigme. La sécurité d’approvisionnement et la souveraineté énergétiques sont aujourd’hui assurées pour les pays par de l’énergie produite sur leur propre territoire. Ce qui n’est pas nouveau en soi. Mais cela devient possible même sans ressources fossiles dans le sous-sol. « Un pays peut ne pas disposer de réserves de pétrole ou de gisements de gaz, mais presque tous les pays ont accès au soleil, au vent, à l’eau ou à une combinaison de ces éléments. Une fois les infrastructures renouvelables mises en place, il n’y a plus de combustible à importer ni de point d’étranglement géopolitique par lequel l’approvisionnement énergétique doit transiter ».
Le meilleur argument en faveur des renouvelables n’est pas le climat, mais la souveraineté énergétique. Chaque barrage, chaque réacteur nucléaire, chaque centrale solaire, chaque parc éolien, chaque installation géothermique et chaque ligne de transport d’électricité réduisent la dépendance aux marchés mondiaux des combustibles fossiles.
Un calcul risque/ rentabilité
Les capitaux se détournent progressivement de l’extraction des fossiles pour se diriger vers la production d’électricité, l’électrification, le stockage et les infrastructures de réseau. À elle seule, l’énergie solaire devrait attirer environ 365 milliards de dollars d’investissements l’année prochaine. Les dépenses consacrées aux réseaux électriques augmentent de près de 20% par an. Plus de 70 % de l’ensemble des investissements mondiaux dans le secteur de l’électricité sont désormais consacrés aux technologies à faibles émissions.
Les investisseurs n’abandonnent pas les combustibles fossiles parce que les gouvernements et les organisations militantes exigent qu’ils le fassent. Mais parce qu’ils ont font un calcul de risque et de rentabilité qui ne leur est plus favorable.
Cela ne signifie évidemment pas que les combustibles fossiles vont disparaître du jour au lendemain. Les investissements dans le charbon restent obstinément résilients notamment dans les deux pays les plus peuplés de la planète, la Chine et l’Inde, pour des raisons de coûts et de souveraineté énergétique. Les deux pays en question ont d’abondantes ressources en charbon. Le gaz naturel continue aussi de se développer et de bénéficier de l’expansion du GNL (Gaz naturel liquéfié). On peut ajouter à cela que de nombreuses économies en développement sont confrontées à de grandes difficultés pour financer des équipements renouvelables.
Le monde accélère sans cesse ses investissements dans l’électrification
Toute rupture technologique majeure n’échappe pas à des contradictions et à des périodes de chevauchement. A fortiori quand il s’agit des écosystèmes énergétiques construits patiemment depuis de nombreuses décennies. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de véritable transition énergétique dans l’histoire jusqu’à aujourd’hui. Les nouvelles ressources n’ont fait que s’ajouter aux précédentes. Ainsi, la consommation de charbon a continué de croître depuis deux siècles en dépit de l’essor du pétrole et du nucléaire et elle continue de le faire…
La transition énergétique est souvent présentée comme fragile, incertaine et sans cesse menacée par les contraintes financières, économiques, sociales et politiques. Tout cela est vrai. Mais face à l’instabilité géopolitique, à l’insécurité énergétique et à l’incertitude économique, le monde ne mise pas davantage sur les fossiles. Au contraire, il accélère ses investissements dans les réseaux électriques et l’électrification.
Les systèmes énergétiques se transforment lorsque les investisseurs publics et privés décident où se feront les profits futurs. Les dernières données de l’AIE prouvent que ces choix deviennent de plus en plus unanimes.













