<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Crise pétrolière, le poison du catastrophisme

28 juin 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Attaque Iran stockage carburants pétrole Avash Media
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Crise pétrolière, le poison du catastrophisme

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La crise énergétique, née de la guerre contre la République islamique d'Iran et de la réplique de cette dernière en fermant le détroit d'Ormuz, a donné lieu à une multitude d'annonces et de prévisions catastrophistes. C'était le choc du siècle... La pire crise pétrolière de l'histoire.... Le baril de pétrole allait s'envoler à 150 voire 200 dollars. Les pénuries étaient inévitables et imminentes. Sans nier la réalité de la crise et les conséquences sociales et économiques de la flambée des prix des carburants, les prophètes de malheur se sont encore lourdement trompés. Mais ils ont fait recette... comme toujours.

Pour attirer l’attention, pour donner l’illusion du sérieux et de la profondeur et pour exister dans les médias, le catastrophisme est une recette presque infaillible. Mais elle est à double tranchant. D’abord, parce qu’elle nécessite une surenchère permanente. L’ampleur du désastre, de la crise qui nous menace et de ses conséquences doit être toujours plus grande. Il faut y ajouter, si possible, une dose de manipulation voire de complot et d’intérêts cachés. Et malheur à celui qui sur les plateaux essaye de mettre en perspective et de relativiser… L’auteur de ses lignes en sait quelque chose.

Comme la surenchère est une nécessité, au fil du temps la parole des spécialistes et notamment de cette catégorie particulière dite des « experts instantanés » perd toute valeur. Celle des institutions internationales, qui participent à la surenchère et l’alimentent, en sort aussi sérieusement dévalorisée. Et nous voilà donc depuis le 28 février 2026 et le déclenchement des hostilités entre d’un côté les Etats-Unis et Israël et de l’autre la République islamique d’Iran face à une crise pétrolière sans précédent… Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) expliquait encore au début du mois qu’il s’agissait « de la plus grande crise énergétique de l’histoire ».

Rien à voir avec le choc pétrolier de 1973 et même la crise énergétique de 2022

Résultat, les cours du baril de pétrole de qualité Brent n’auront même pas été au-delà du niveau de 115 dollars, ce qui est élevé mais était courant au début des années 2000 avant la crise financière de 2008 sans vraiment susciter une quelconque panique et a été largement dépassé en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les cours en question sont revenus aujourd’hui à leurs niveaux d’avant le conflit, autour de 72 dollars le baril. Quant aux pénuries annoncées, elles sont restées théoriques à de rares exceptions près dans quelques pays pauvres d’Asie du sud est…

Il ne s’agit pas ici de dire qu’il n’y a pas eu de crise énergétique, d’envolée des prix des carburants, d’appauvrissement et même de destruction de la demande, en France comme dans d’autres pays. Mais la crise n’a pas eu l’ampleur de celle de 2022 née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie avec une envolée, cette fois-ci vraiment sans précédent, des prix du gaz et de l’électricité en Europe. Sans parler du fameux choc pétrolier de 1973 avec cette fois de vraies pénuries généralisées et une envolée planétaire de l’inflation qu’il aura fallu de nombreuses années pour enrayer.

Les marchés se trompent…

Le catastrophisme d’un certain nombre d’experts et d’institutions ne tient pas seulement au penchant de la psychologie humaine pour les histoires qui nous effrayent. Il tient aussi, et c’est plus grave, à la difficulté de prendre du recul, notamment historique sur ce qui nous arrive, et de tenir compte d’un certain nombre de facteurs que les marchés avaient eux bien intégrés L’explication avancée au fait que les cours du baril sont finalement restés à des niveaux bien moins élevés qu’anticipé – les 150 et 200 dollars le baril annoncés – était que les marchés « se trompaient ». Ils prenaient leur désir pour la réalité et sous-estimaient totalement la catastrophe à venir… Il ne s’agit pas de dire que les marchés ne se trompent jamais, mais de rester lucide.

Vous avons détaillé à plusieurs reprises dans Transitions & Energies, les raisons objectives pour ne pas sombrer dans le catastrophisme. Le blocage du détroit d’Ormuz n’a pas été aussi étanche et efficace qu’annoncé pour le pétrole brut. Il l’a été plus pour les produits pétroliers raffinés et le GNL (Gaz naturel liquéfié) qui sont bien plus inflammables et avec lesquels les armateurs ne peuvent pas se permettre de prendre de risques. Le pétrole brut est lui un produit relativement inerte. Il y a donc eu au fil des semaines et des mois des transferts clandestins de pétrole brut au travers du détroit d’Ormuz. Plus encore, l’Arabie Saoudite et dans une moindre mesure les Emirats arabes unis ont pu contourner le détroit via deux oléoducs, l’un, le saoudien, vers la mer Rouge via le port de Yanbu et l’autre, l’émirati, vers la mer d’Oman via le port de Fujairah. On parle de 5 à 7 millions de barils par jour.

L’honnêteté de Philippe Chalmin

Il faut ajouter à cela d’importants stocks flottants, des centaines de millions de barils, provenant des nombreux tankers « fantômes » russes et iraniens qui ont trouvé rapidement preneurs après le 28 février. Il y a eu également des augmentations de production et d’exportations, quitte d’ailleurs à utiliser leurs réserves stratégiques, par les Etats-Unis et même par la Chine pour des produits pétroliers raffinés. Dans le même temps, des pays comme la Libye, le Venezuela, le Nigeria ont augmenté leur production. Enfin, le premier importateur mondial de pétrole, la Chine, a décidé de restreindre fortement ses importations et de vivre sur ses abondantes réserves. Si on ajoute à cela le déblocage d’une partie des réserves stratégiques des pays de l’OCDE mené dès le mois de mars par l’AIE, le déséquilibre du marché mondial des hydrocarbures a été relativement contenu.

Avec une honnêteté rare qui mérite d’être saluée, Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine et président fondateur de Cyclope, reconnait d’ailleurs dans Les Echos s’être trompé comme beaucoup d’autres. « …il est déjà temps de faire un bilan des prévisions apocalyptiques qui furent notre lot ces derniers mois.Nous fûmes en effet nombreux parmi les économistes et analystes de marché à parler du « choc du siècle » sur les marchés de l’énergie, à évoquer des prix du baril de Brent de 150 dollars voire 200 dollars. Rien de tout cela ne s’est réalisé ».

L’extraordinaire complexité et efficacité des marchés

Il ajoute : « Nous nous sommes donc trompés, en particulier en ce qui concerne la demande et le comportement de la Chine… Et même si, avec la baisse des prix, la demande rebondit pour reconstituer les stocks, il y a de fortes chances que, début 2027, le marché soit à nouveau excédentaire et les prix en forte baisse avec un retour à 60 voire 50 dollars le baril. Des prévisions encore ! Les économistes sont décidément incorrigibles… ».

Le problème n’est pas de se tromper. Les marchés en général et ceux de l’énergie en particulier sont d’une extraordinaire complexité. Il est très difficile d’anticiper les changements de comportement de nombreux acteurs et leurs capacités à s’adapter. C’est d’ailleurs pourquoi les marchés sont toujours plus efficaces que les économies administrées… Il est impossible de dicter et encore moins de planifier les décisions de millions d’acteurs de la vie économique. L’histoire n’a cessé de montrer l’efficacité incomparable des marchés sauf à ceux, nombreux en France, qui se refusent obstinément à l’admettre. Les marchés n’ont aucune éthique, ce n’est évidemment pas leur vocation. Mais ils ont une capacité d’adaptation qui surprend toujours…

Eric Leser

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