Il n’y a que les esprits simples pour se réjouir d’un phénomène inquiétant qui s’accélère depuis plusieurs années. Pendant les mois de printemps et d’été, la multiplication en milieu de journée, presque quotidiennement, de périodes de prix négatifs de l’électricité sur le marché de gros. Cela signifie que les producteurs d’électricité sont prêts à payer leurs clients pour qu’ils consomment… Une aberration qui tient au fait que les productions d’électricité renouvelables intermittentes et notamment solaires sont devenues massives en France et en Europe, incontrôlées et non régulées. Et dans le même temps, la consommation d’électricité est au plus bas en France depuis 20 ans en dépit des promesses d’électrification et des projections fantaisistes depuis des années des services de l’Etat.

Source EPX RTE.
Un record de -498,65 euros le MWh le 1er mai !
Au premier semestre, les prix de l’électricité ont été négatifs durant 408 heures en France, soit plus de 9% du temps, selon les données d’EPEX, la principale Bourse de l’électricité en Europe. C’est un record dont on se serait bien passé. Et encore, si on prend en compte les heures avec des prix à zéro euro le mégawattheure (MWh), on en est à 570 heures selon Storio Energy. Ce qui équivaut à des prix nuls ou négatifs 13% du temps sur les six premiers mois de l’année. Pour la première fois, des journées entières ont accusé un cours moyen inférieur à zéro euro. Et un plancher inédit a été atteint, avec un record à -498,65 euros le MWh le 1er mai !
Le phénomène s’accompagne aussi logiquement d’une augmentation de l’écart entre les cours les plus bas et les plus hauts sur les périodes de 24 heures, notamment en fin de journée quand il n’y a plus de soleil et que la demande n’a pas encore fléchie. Cet écart a augmenté de 25% sur un an et atteignait 123 euros en France fin juin.
Cela a des conséquences particulièrement lourdes et dommageables. D’abord pour les finances publiques, puisque le contribuable paye les prix garantis et les contrats pour différence assurés pendant des décennies aux opérateurs de parcs solaires et éoliens quelles que soient les conditions de marché. Ils ont donc toujours intérêt à produire… Autre sérieux problème, cela détruit la rentabilité des installations pilotables, qui ne sont pas soumises aux aléas de la météorologie, le soleil et le vent. Ils n’ont plus que quelques heures par jour pour produire…
Le gouvernement Lecornu a tout fait pour cacher les conséquences de la modulation nucléaire
Enfin et surtout, cela affecte lourdement le parc nucléaire français qui rappelons le produit une électricité qui est la plus décarbonée et la moins chère de loin à des coûts largement amortis. Et cette électricité est indispensable quand il n’y a plus de soleil, le soir et la nuit par définition, et pas de vent… ce qui est fréquent pendant les périodes de canicules.
EDF est donc contraint de moduler fortement la production de son parc nucléaire et même d’arrêter certains réacteurs ce qui est une opération lourde et coûteuse. En outre, un réacteur arrêté ne se redémarre pas en quelques heures quand soudain sa production devient nécessaire. L’électricité nucléaire est conçue pour être la production de base du réseau et les renouvelables intermittents, du fait justement de leur intermittence, ne peuvent pas l’être. Et pourtant, ils ont la priorité sur les réseaux. Une aberration ! Et une nouvelle illustration, si besoin en est, de la politique énergétique idéologique et irresponsable du pays conduisant à un gaspillage insensé d’argent public depuis plus de deux décennies.
Le rapport d’EDF sur les conséquences de la modulation caviardé sur ordre du gouvernement
Dans un rapport publié au début de l’année juste après la promulgation de la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3), EDF montre les conséquences néfastes économiques comme techniques de la modulation grandissante et contrainte de sa production nucléaire. Sous la pression du gouvernement Lecornu, EDF a même été contraint de retarder la parution du rapport après la promulgation en force, par décret, de la PPE3. Le rapport en question a même été caviardé. Il y manque le chapitre évaluant les coûts pour EDF de la modulation par rapport à sa première version non publique… C’est à cela qu’on mesure la malhonnêteté du gouvernement Lecornu qui ne veut pas que l’opinion soit informée des conséquences d’une politique énergétique qui revient à investir des dizaines de milliards d’euros d’argent public que le pays n’a pas dans des renouvelables intermittents dont le pays n’a nul besoin.
L’électricité allemande, « passager clandestin » du marché électrique français
Cette situation est non seulement la conséquence de la politique énergétique française mais aussi de la politique énergétique européenne. La multiplication des prix négatifs est en partie un phénomène importé des parcs solaires allemands et espagnols. Berlin est même considéré au ministère de l’Energie en France, qui est pourtant acquis envers et contre tout aux renouvelables intermittents et au modèle allemand imposé par la Commission européenne, comme un « passager clandestin » du système électrique européen. La production des éoliennes de la mer du Nord et des parcs solaires du nord du pays transite par les lignes à haute tension françaises pour alimenter la Bavière, en raison de la faiblesse du réseau électrique à haute tension domestique allemand. Il n’a pas été suffisamment modernisé… du fait notamment de l’opposition des populations locales à la construction de nouvelles lignes.












