L’Agence internationale de l’énergie (AIE) tire la sonnette d’alarme. Elle met en garde contre le fait que le monde puise dans ses réserves de pétrole à une vitesse « record » depuis deux mois à la suite de la guerre lancée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz qui s’en est suivi. Cela pourrait se traduire par de « futures flambées des prix » du baril. Le baril de Brent s’échangeait le 14 mai en début de journée autour de 106 dollars en hausse de près de 50% depuis le 28 février.
Il y a quelques jours, la banque américaine Goldman Sachs parvenait à la même conclusion. Elle estimait que les stocks mondiaux de pétrole s’approchaient de leur plus bas niveau depuis huit ans et que le rythme très rapide de leur diminution expose le marché à de nouveaux chocs. Goldman Sachs ajoutait que si les stocks mondiaux de pétrole « ne devraient pas atteindre les niveaux opérationnels minimaux cet été, la rapidité des pertes d’approvisionnement dans certaines régions et pour certains produits est préoccupante ».
L’Agence internationale de l’énergie aime dramatiser
Pour apaiser les marchés, les 32 pays membres de l’AIE avaient décidé le 11 mars dernier de procéder à la mise sur le marché coordonnée de 426 millions de barils, environ le tiers de leurs stocks stratégiques, une décision sans précédent depuis la création de ses stocks. Au passage, l’AIE retrouvait ainsi son rôle originel, contribuer à sécuriser l’approvisionnement énergétique. L’institution internationale basée à Paris a été fondée en 1974 au sein de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), au lendemain du premier choc pétrolier de l’histoire de 1973, avec pour mission de travailler à la sécurité d’approvisionnement en énergie. L’AIE est une institution respectée, mais elle a tendance depuis quelques temps à dramatiser ses interventions, sans doute pour attirer l’attention des politiques comme des médias.
On a commencé à l’évidence à assister à une destruction d’une partie de la demande dans le monde de pétrole et de produits pétroliers raffinés. Cela est lié à la fois à la hausse des prix et à des débuts de pénuries physiques dans certaines régions du monde, notamment en Asie et sur des produits spécifiques, kérosène, diesel, gaz naturel. La baisse spectaculaire de 30% de la consommation de carburants en France au début du mois de mai illustre ce phénomène en cours de destruction de la demande. Rappelons qu’environ 20% du commerce maritime du pétrole et du GNL (Gaz naturel liquéfié) passent par le détroit d’Ormuz.
Stocks mondiaux en diminution rapide
Maintenant, la réalité du marché pétrolier est évidemment complexe. Une partie du pétrole produit dans le Golfe persique a pu continuer à être exporté via des voies de contournement, notamment deux oléoducs, l’un qui mène vers la mer Rouge et le port de Yanbu depuis l’Arabie Saoudite, et l’autre vers la mer d’Oman et le port de Fujairah depuis les Emirats arabes unis. Mais ils ne sont pas à la hauteur des 20 millions de barils par jour, de pétrole et de produits raffinés, qui ont disparu du marché.
L’augmentation de production et des exportations de pays comme les Etats-Unis, le Canada et le Brésil compensent également, un peu, le pétrole qui ne sort plus du Golfe persique. Tout comme pendant un temps les réserves flottantes de pétrole sous embargo, russes et iraniennes, qui se trouvaient stockées dans des tankers des fameuses flottes fantômes un peu partout dans le monde et représentaient des centaines de millions de barils.
Mais cela fait maintenant 75 jours que le Golfe persique est bloqué et cela commence à avoir un impact sur la disponibilité physique des cargaisons pétrolières. Selon Goldman Sachs, les stocks mondiaux de pétrole sont tombés à environ 101 jours de demande prévue. Ils pourraient descendre à 98 jours de demande d’ici la fin du mois de mai. Et les stocks de carburants ont diminué encore plus rapidement s’établissant désormais à 45 jours de demande contre 50 jours avant la guerre. Illustration, les stocks de kérosène détenus de manière indépendante dans le pôle de raffinage et de stockage d’Amsterdam-Rotterdam-Anvers ont baissé de 4,7% au cours de la dernière semaine d’avril, pour atteindre leur plus bas niveau depuis mars 2020 et ce qui était alors le confinement généralisé résultant de la pandémie de Covid.
« Le marché n’a pas encore ressenti tout l’impact »
L’AIE souligne pour sa part que les stocks mondiaux ont diminué de 250 millions de barils en mars et en avril, soit un rythme de 4 millions de barils par jour. Toujours selon l’AIE, l’offre mondiale de pétrole s’est établie en avril à 95,1 millions de barils par jour. Les prévisions, avant la guerre, étaient d’une demande mondiale en légère progression en 2026 autour de 105 millions de barils par jour. Comme le résumait il y a quelques jours Darren Woods, le Pdg d’ExxonMobil : « il est évident pour la plupart des gens que, si l’on considère les perturbations sans précédent qui affectent l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel, le marché n’en a pas encore ressenti tout l’impact ».












