La Russie fait face aujourd’hui à une sévère pénurie de carburant et pas moins de 17 régions ont imposé des restrictions sur les ventes d’essence et de diesel, tandis que des dizaines d’autres signalent des pénuries et des limitations de ventes dans les stations-service mises en place par des compagnies pétrolières.
Cette pénurie croissante de carburant est avant tout la conséquence de l’intensification des frappes de drones ukrainiens visant des terminaux pétroliers, des raffineries et des oléoducs. Le plus grand fournisseur de carburant de la région de Moscou, la raffinerie de Kapotnya, a été touchée à deux reprises au cours des dernières semaines. Elle devrait rester à l’arrêt au moins jusqu’à la fin de l’année ont déclaré à l’agence Reuters des responsables sous couvert d’anonymat.
L’industrie pétrolière russe, cible prioritaire des drones ukrainiens
Ces pénuries constituent un sérieux problème pour le Kremlin qui après quatre années de guerre voit presque toute la population du pays être directement affectée. En date du 25 juin, au moins 55 des 83 entités fédérales russes — régions, républiques, kraïs, oblasts et « villes de statut fédéral » — signalaient soit des restrictions gouvernementales obligatoires sur les ventes d’essence et de diesel, soit des restrictions imposées par les entreprises privées exploitant des stations-service, selon un décompte de RFE/RL (Radio Free Europe/ Radio Liberty). Dans près d’une vingtaine d’autres régions, des pénuries sporadiques ont été signalées par les médias locaux ou sur des réseaux sociaux tels que Telegram ou VK. « La résilience de l’industrie pétrolière russe est mise à rude épreuve », résume Sergueï Vakulenko, analyste du Carnegie Russia Eurasia Center.
Sont notamment touchés par les pénuries, Moscou, Saint-Pétersbourg, la région de la Volga, le sud du pays (Koursk, Belgorod, Rostov, Samara) et la Sibérie. Les grandes chaînes russes de stations-service ont par ailleurs instauré leurs propres règles :
– « Tatneft » limite la vente à 30 litres d’essence ou 60 litres de gazole,
– « Rosneft » et « Bashneft » interdisent le remplissage de jerricans et limitent le plein à 90 litres,
– « Lukoil » a fixé un plafond de 100 litres.
Drones à longue portée capables de contourner les défenses anti-aériennes
Les cinq régions ukrainiennes que la Russie occupe en totalité ou en partie sont également confrontées à d’importantes pénuries. La semaine dernière, le gouverneur de Crimée a annoncé l’arrêt total des ventes d’essence à la suite de semaines de frappes de drones ukrainiens sur les autoroutes, les ponts et les autres voies d’approvisionnement menant à la péninsule de la mer Noire.
L’Ukraine a réussi à développer une puissante industrie de fabrication de drones et en produit désormais en grandes quantités qui sont à la fois puissants et à longue portée. Elle est ainsi capable de répliquer aux frappes russes qui se succèdent depuis quatre ans contre ses infrastructures et ses villes. L’arsenal ukrainien comprend maintenant des drones à longue portée équipés d’explosifs puissants et d’une technologie capable de résister au brouillage qui leur permet de contourner les défenses anti-aériennes russes.
Capacité de raffinage au plus bas niveau depuis 20 ans
Des drones ukrainiens ont frappé des terminaux pétroliers et des installations d’exportation sur la mer Baltique et la mer Noire limitant ainsi la capacité de Moscou à exporter des hydrocarbures et à financer son effort de guerre. Et plus de deux douzaines de frappes ukrainiennes ont visé des raffineries russes depuis mars, dont huit des dix plus grandes raffineries du pays. Nikhil Dubey, analyste du cabinet spécialisé Kpler, souligne que le succès de l’Ukraine ne tient pas seulement au fait de pouvoir frapper les raffineries russes mais à être capable désormais de cibler des parties spécifiques des installations à la fois essentielles et difficiles à réparer rapidement.
Les analystes estiment que plus de 20% de la capacité totale de raffinage de la Russie a été mise hors service. « Un tel niveau de perturbation est sans précédent dans l’histoire du conflit russo-ukrainien », écrit l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport mensuel sur le pétrole publié la semaine dernière.
Selon l’agence, Bloomberg, la capacité de raffinage russe est à son plus bas niveau depuis près de 20 ans. Pour faire face, Moscou augmente les importations de carburants de Biélorussie, de Chine et a autorisé les raffineurs à commercialiser du carburant de qualité dégradée.













