Une fois encore, bon nombre d’économistes et des institutions internationales comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont vu leurs prédictions catastrophistes trop mécaniques et trop simplistes contredites par la réalité du terrain. Ils ne comprennent pas pourquoi la hausse des cours du pétrole sur les marchés est relativement contenue en dépit du blocage du détroit d’Ormuz depuis maintenant cinq mois par lequel passe 20% du commerce mondial du pétrole. Les cours du baril de qualité Brent restent largement en-dessous du seuil des 100 dollars, à moins de 94 dollars, en dépit de l’impasse totale des négociations entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran.
Depuis le début du conflit, les catastrophistes ont sous-estimé les capacités d’adaptation des pays producteurs qui ont utilisé, comme l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, des oléoducs de contournement du détroit d’Ormuz. Ils ont sous-estimé le passage à travers le détroit de pétroliers clandestins protégés plus ou moins officiellement par la marine américaine. Ils ont sous-estimé la capacité de pays producteurs hors du Moyen-Orient, comme les Etats-Unis, le Canada, le Venezuela, le Brésil, le Guyana de produire plus.
Et ils ont encore sous-estimé la volonté américaine de maintenir coûte que coûte un flux d’exportations pétrolières au travers le détroit d’Ormuz en dépit des attaques et des menaces de la République islamique d’Iran. C’est ainsi que le site d’information Axios vient de révéler le 20 août que la marine et l’aviation américaine ont créé discrètement un corridor de navigation qui est utilisé toutes les nuits pour faire transiter un grand nombre de pétroliers. « Nous contrôlons la voie sud du détroit d’Ormuz depuis deux mois maintenant. Le Corps des gardiens de la révolution islamique peut se montrer gênant, mais il ne contrôle pas le détroit. C’est nous qui le contrôlons », affirmé l’un des responsables américains cité par Axios.
En tout, 15 millions de barils pourraient sortir chaque jour du Golfe Persique
Cette opération assez extraordinaire a permis à entre 15 et 20 pétroliers de traverser le détroit toutes les nuits via un canal au sud, le long des côtes omanaises. Cela représente chaque jour quelque 10 millions de barils – à peu près la moitié du volume quotidien d’avant-guerre – qui ont donc été injectés sur le marché mondial de l’énergie. Si on y ajoute les quelques millions de barils qui passent par les oléoducs de contournement saoudien et émirati, on peut approcher 15 millions de baril qui continuent à sortir du Golfe Persique, ce qui est très significatif.
Et toujours selon Axios, au cours de certaines nuits lors des dernières semaines, le volume de pétrole transitant hors du Golfe se serait élevé à 15 ou 20 millions de barils. Il s’agit d’une organisation et d’une protection de tout le trafic pétrolier qui va bien au-delà de la simple escorte de navires. L’armée américaine aide des pétroliers vides à pénétrer dans le Golfe depuis la mer d’Arabie en traversant le détroit, à charger du pétrole auprès des pays de la région, puis à en ressortir en étant protégés.
Axios explique que « l’armée américaine coordonne l’opération avec des partenaires régionaux du Golfe. Elle établit une liste quotidienne des navires quittant le Golfe par le détroit d’Ormuz pour rejoindre la mer d’Arabie, ainsi qu’une liste de pétroliers affrétés à vide qui font le trajet inverse — depuis la mer d’Arabie, via le détroit, vers les ports des pays du Golfe — pour y charger du pétrole ».
Les Iraniens ont été rendus en grande partie « aveugles » par la destruction de leurs radars
Chaque nuit, les navires sont programmés pour naviguer en une longue file unique vers la sortie durant un créneau horaire donné, et en sens inverse une longue file unique vers le Golfe Persique avec un créneau horaire distinct. Les navires empruntent ensuite le chenal sud en suivant les directives de l’armée américaine. L’US Air Force déploie au-dessus du convoi des avions de chasse pour assurer une protection contre les missiles et les drones iraniens.
Selon les responsables du Pentagone cités par Axios, l’opération a été rendue possible grâce à la récente campagne de bombardement de deux semaines qui a affaibli les systèmes de radar et de surveillance maritime de l’Iran. La capacité de l’Iran à surveiller le trafic dans le chenal sud du détroit est aujourd’hui réduite. Sa surveillance se limite à quelques radars qu’il a réussi à rétablir ainsi qu’à des observateurs postés sur de petites vedettes rapides du Corps des gardiens de la révolution islamique. Comme les Iraniens sont en grande partie « aveugles », ils lancent au hasard des drones et des missiles de croisière en direction des zones où des navires pourraient transiter. Bon nombre de ses drones et de ses missiles ont été abattus par l’aviation et la flotte américaine.













