L’offre mondiale de gaz naturel devrait rester sensiblement inférieure à la demande au moins jusqu’à l’été prochain, ce qui pourrait entraîner une contraction durable de la consommation. Si ce scénario se vérifie, il affectera les économies européennes — qui peinent déjà à remplir leurs stocks de gaz avant l’hiver — et l’Asie qui se tourne de plus en plus vers le charbon pour remplacer le gaz.
Cette prévision est sérieuse et émane de l’Union internationale du gaz (IGU), une association professionnelle représentant 90% des producteurs de gaz mondiaux. « Le marché anticipe actuellement une prolongation du conflit », vient de déclarer à l’agence Reuters Menelaos Ydreos, secrétaire général de l’IGU. « L’Europe commence à surenchérir face à l’Asie car elle doit reconstituer ses stocks », a-t-il ajouté soulignant que la flambée des prix du gaz naturel s’est déjà traduite par une baisse de la demande en Europe et en Asie. Les premières estimations font état d’un recul de plus 5% de la consommation industrielle en Europe en mai sur un an. Reste à savoir s’il s’agit d’une baisse temporaire ou d’une contraction économique durable.
Les prix du gaz en Europe resteront très élevés
Un rapport récent du Global Energy Monitor estime qu’il s’agit plus d’un problème conjoncturel que structurel. Selon lui, les pays d’Asie du Sud-Est continuent de construire des centrales au gaz naturel en dépit de la hausse des prix liée aux attaques contre la République islamique d’Iran et au blocage du détroit d’Ormuz qui a suivi. Les pays asiatiques continuent aussi à développer leurs capacités d’importation de GNL (Gaz naturel liquéfié). Ils parient sur une augmentation de la production mondiale et surtout sur un élargissement du nombre de pays producteurs, mais cela prendra du temps…
De la même façon, Goldman Sachs ne se montre pas trop préoccupé sur l’avenir à long terme de la demande de gaz. Mais à court terme, c’est autre chose. Les analystes de la banque américain estiment que les prix du gaz en Europe s’établiront en moyenne à 70 euros le MWh, ce qui est très supérieur à leur prévision antérieure qui anticipait des prix du gaz hivernaux européens compris entre 30 et 60 euros le MWh. Les prix du gaz sur le marché européen Dutch TTF sont supérieurs à 70 euros le MWh depuis la fin du mois d’août, leur plus haut niveau depuis trois ans et les conséquences alors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
La demande de charbon augmente aussi en Asie, et en Europe…
« Les exportations de GNL depuis le golfe Persique ne représentent encore qu’environ 15% à 25% des niveaux observés avant le déclenchement du conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël en février 2026. En l’absence d’une augmentation des exportations via le détroit d’Ormuz, les prix du gaz en Europe doivent augmenter pour permettre de supplanter les importateurs de GNL situés ailleurs dans le monde », explique Samantha Dart, codirectrice de la recherche mondiale sur les matières premières de la banque. On parle bien de destruction de la demande par les prix pour que l’offre disponible s’ajuste à la consommation solvable.
Ce n’est pas pour rien si le Commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, vient d’exhorter les gouvernements de l’Union Européenne (UE) à envisager des mesures pour freiner la demande d’énergie. « Je vous invite à envisager de prendre, ou de continuer à prendre, des mesures susceptibles de soutenir les injections ou de réduire la demande de gaz et d’électricité aussi longtemps que nécessaire », a écrit Dan Jørgensen dans une lettre adressée aux gouvernements européens dont Euronews a pris connaissance. Le même Dan Jørgensen est depuis de nombreuses années un farouche adversaire du nucléaire et partisan des renouvelables intermittents (éolien et solaire) et… du gaz.
Cette situation difficile sur le marché mondial du gaz explique aussi pourquoi la demande de charbon augmente sensiblement en Asie… et aussi en Europe. L’agence Reuters estime que la consommation de charbon par les producteurs d’électricité en Europe pourrait augmenter de 25% au cours des six prochains mois. L’envolée des prix a rendu aujourd’hui les centrales fonctionnant au charbon et à la lignite bien plus rentables que celles utilisant du gaz pour la première fois depuis 2024. Ce retour du charbon est particulièrement marqué en Allemagne où la production des centrales devrait au quatrième trimestre atteindre un niveau comparable aux plus hauts volumes jamais produits par le parc encore en fonctionnement…
Le problème de la réglementation européenne sur les émissions de méthane
L’Europe fait face à un autre problème, sa réglementation stricte sur les émissions de méthane par les producteurs de gaz qui impose à ses derniers de suivre chaque molécule de gaz pour garantir qu’elle a été produite en tenant compte de ses émissions. Cette réglementation a suscité de vives réactions de la part du Qatar et des États-Unis. Les deux principaux fournisseurs de GNL de l’UE ont répété à maintes reprises qu’ils ne s’y conformeraient pas…
« Nous sommes favorables à une réglementation, mais celle-ci doit être réalisable, pragmatique et encourager le respect des règles », a déclaré à l’agence Reuters Menelaos Ydreos. « Si la réglementation va bien au-delà et rend la conformité extrêmement difficile pour le secteur, les entreprises chercheront d’autres régions vers lesquelles exporter leurs produits ». La menace est particulièrement claire. Et le Commissaire européen, Dan Jørgensen, a annoncé qu’il envisageait de retarder la mise en application de la réglementation d’une année…













