Depuis le 28 février et le lancement des attaques américano-israélienne contre la République islamique d’Iran, cette dernière a pris l’avantage sur le plan militaire comme énergétique. Non seulement le régime a survécu, mais il a réussi à préserver une partie de ses capacités offensives de drones et de missiles. Et l’utilisation de l’arme énergétique, notamment le blocage du détroit d’Ormuz, ont, de façon étonnante, pris de court l’administration Trump et se sont avérés être d’une grande efficacité. Au point que Washington a tenté presque par tous les moyens d’obtenir un cessez-le-feu et une négociation de paix avec Téhéran. Avant de renoncer à une solution rapide tant Téhéran se sent en position de force. Le conflit s’est enlisé tout comme la crise pétrolière s’est enkystée.
Les cours du pétrole fluctuent ainsi au gré des escarmouches, des attaques contre les tankers et les rumeurs de négociations entre 70 et 115 dollars le baril de Brent. Le regain de frappes menées au cours des derniers jours contre les pétroliers adverses par les Etats-Unis et l’Iran ont ainsi renvoyé les cours du Brent autour de 100 dollars le baril.
Le paysage pétrolier commence à changer
Mais si on regarde au-delà du brouillard de la guerre, le paysage pétrolier est en train de changer progressivement. La République islamique d’Iran semble avoir perdu, en partie, le contrôle du détroit d’Ormuz. En additionnant les barils de pétrole exportés via les voies de contournement existantes (notamment les deux oléoducs saoudien et émirati) et via des convois de tankers clandestins sous protection américaine, la quantité de pétrole qui sort du Golfe Persique a retrouvé depuis plusieurs semaines des niveaux non négligeables, de l’ordre de 60% à 70% de ce qui existait avant le conflit. La capacité de nuisance iranienne existe évidemment toujours mais les Etats-Unis ont réussi apparemment, pour le moment, à la limiter.
Ils ont aussi réussi à faire s’effondrer les exportations de pétrole iraniennes et les recettes qui en résultent qui sont la principale source de devises du régime. Aujourd’hui, l’Iran subit davantage de dommages économiques qu’il n’en inflige. Ces tentatives répétées pour perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz n’ont pas provoqué le choc économique mondial que Téhéran espérait. Les marchés de l’énergie se sont adaptés… tant bien que mal.
Un blocus américain très efficace
Le blocus américain sur les exportations de pétrole iraniennes, imposé en avril et rétabli à la mi-juillet après seulement trois semaines de répit, semble très efficace. Aucun navire iranien n’est parvenu à se faufiler à travers le blocus depuis près de deux mois. Les sociétés spécialisées dans le suivi des navires ont calculé que l’Iran a réussi à charger environ 260.000 barils par jour destinés à l’exportation dans ses ports en août, une baisse de 80% par rapport aux 1,7 million de barils par jour chargés en août 2025. Les volumes chargés en août ont également fortement baissé par rapport aux 740.000 barils par jour de juillet 2026.
Et encore, charger des cargaisons ne signifie pas qu’elles ont réussi à franchir le blocus américain. Diverses estimations indiquent que les flux de pétrole iranien sortant du golfe Persique étaient nuls le mois dernier. Pour TankerTrackers.com, les exportations de pétrole iranien se sont effondrées de 100% en août 2026. En comparaison, celles de l’Irak ont baissé de 36%, du Koweit de 36%, du Qatar de 48%, de l’Arabie Saoudite de 48% et des Emirats arabes unis de 0,02%…
« Le rapport de force a quelque peu basculé au détriment de l’Iran »
Cités par l’agence Reuters, trois hauts responsables iraniens reconnaissent qu’il devient de plus en plus difficile de résister à la guerre économique et financière imposée par Washington. Elle a considérablement restreint la capacité de Téhéran à accéder aux devises étrangères, à importer des marchandises et à recourir aux réseaux financiers mondiaux qui avaient permis de maintenir l’économie du pays à flot. Les pénuries de produits importés essentiels, notamment le carburant et le blé se font sentir.
Sur le plan purement financier, le Trésor américain vient de sanctionner il y a quelques jours la Golden Global Bank turque et deux de ses filiales, les accusant d’avoir facilité le transfert de revenus pétroliers iraniens depuis la Chine via la Turquie. Selon des experts, le fait de cibler des intermédiaires comme Golden Global pourrait dissuader d’autres banques de travailler avec l’Iran.
« Le rapport de force a quelque peu basculé au détriment de l’Iran », explique à Reuters l’analyste Arash Azizi. Mais bien sûr, les avis des experts divergent sur la capacité de la République islamique à tenir dans ce qui est devenu une guerre d’usure économique. D’autres experts estiment que les tenants de la ligne dure et le Corps des gardiens de la révolution continuent à croire qu’ils disposent d’un levier suffisant pour infliger des dommages économiques et faire capituler l’administration américaine, à deux mois des élections législatives de mi-mandat de novembre.
En dépit des difficultés économiques, l’Iran affiche toujours publiquement sa défiance et promet de riposter à chaque frappe américaine. « Les Iraniens nous ont constamment surpris par leur résilience », rappelle Dennis Ross, un ancien négociateur américain au Moyen-Orient. Il ajoute douter que la pression économique et militaire suffise à imposer un recul à un régime qui en montrant la moindre faiblesse se met en grand danger.












