Prix de l’énergie: la tempête parfaite

15 septembre 2026

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Ouragan Isabel Wikimedia Commons
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Prix de l’énergie: la tempête parfaite

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Les prix des produits pétroliers et du gaz s’envolent. Pas vraiment étonnant quand les installations des deux plus grands pays exportateurs de pétrole (l’Arabie Saoudite et la Russie) sont des cibles qu’ils sont incapables de défendre. Et dans le même temps, les infrastructures énergétiques de l'Iran, du Koweït, de l'Irak, du Qatar et des Émirats arabes unis sont soumises à de sévères contraintes de production et d'exportation. Tout aussi préoccupant, l’Europe a fait preuve d’une impréparation et d’une irresponsabilité totales. Elle a délocalisé depuis des années ses activités de raffinage polluantes et peu rentables… en Russie et au Moyen-Orient. Elle a aujourd’hui des réserves de gaz à leur plus bas niveau pour la saison depuis 15 ans ! Résultat, les prix du diesel à la pompe sont aujourd'hui supérieurs en Europe de 47% à ceux aux Etats-Unis et les cours du gaz en Europe, dix fois plus élevés qu'aux Etats-Unis...

Les cours du pétrole ont frôlé les 110 dollars le baril la semaine dernière et s’en sont approchés à  nouveau au tout début de cette semaine, une première depuis juillet, tandis qu’aucune issue ne semble se profiler au conflit entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran. Au contraire même, puisque les offensives des Houthis, les alliés yéménites de l’Iran, ont mis à mal la voie de contournement du Détroit d’Ormuz empruntée depuis des mois par l’Arabie Saoudite pour continuer à exporter des barils et des produits pétroliers raffinés. Rappelons que l’Arabie Saoudite est le premier exportateur mondial de pétrole. Les Houthis auraient touché le gazoduc Est-Ouest qui transfère le pétrole saoudien vers le port de Yanbu sur la mer Rouge et la raffinerie de Yanbu. Quant à une percée diplomatique, il ne faut pas rêver.

Même le président américain Donald Trump, qui n’a cessé de déclarer que la guerre serait courte et victorieuse, a fini par reconnaître qu’il est peu probable qu’elle prenne fin avant novembre et les élections législatives de mi-mandat aux Etats-Unis. Et plusieurs conseillers de la Maison Blanche estiment même qu’elle pourrait durer jusqu’à la fin de son mandat…

De la même façon, l’Ukraine a poursuivi sa politique systématique de destruction des raffineries et des installations pétrolières russes. Des drones ukrainiens ont attaqué avec succès la raffinerie russe de Slaviansk à la fin de la semaine dernière et frappé dimanche la raffinerie Taneco au Tatarstan, à plus de 1.200 km de la frontière entre l’Ukraine et la Russie.

Prix du gaz au plus haut, niveau de stockage au plus bas

En résumé, les installations des deux plus grands pays exportateurs de pétrole sont des cibles qu’ils sont incapables de défendre. Et dans le même temps, les infrastructures énergétiques de l’Iran, du Koweït, de l’Irak, du Qatar et des Émirats arabes unis sont soumises à de sévères contraintes de production et d’exportation.

Sans surprise, la crise du gaz s’intensifie également. En Europe, les prix du gaz dépassent maintenant 84 euros du MWh, au plus haut depuis décembre 2022, et les niveaux de stockage sont à leur plus bas pour la saison depuis 15 ans. Quant aux exportations de GNL (gaz naturel liquéfié) par le Qatar via le détroit d’Ormuz, elles sont insignifiantes.

Grandes déclarations sur la souveraineté énergétique et l’électrification des usages

Une expression anglo-saxonne qui n’a pas d’équivalent en français, « the perfect storm », la tempête parfaite, décrit bien ce qu’il se passe sous nos yeux. Une situation dans laquelle tous les éléments se conjuguent pour en faire une crise majeure. C’est exactement ce à quoi sont confrontées sur le plan énergétique l’Europe en général et la France en particulier. Avec d’autant plus d’acuité que l’Europe paye déjà en temps normal son gaz et son électricité deux à trois fois plus cher que ses principaux concurrents que sont les Etats-Unis et la Chine.

L’Europe est ainsi confrontée à une troisième crise énergétique en l’espace de quatre ans et demi et semble incapable d’y faire face au-delà des grands engagements sur la souveraineté énergétique et l’électrification des usages et des subventions, pour les pays qui le peuvent, afin de contenir le prix des carburants à la pompe. Car la crise se traduit par une envolée des prix du pétrole et surtout des produits pétroliers raffinés (diesel, kérosène, essence). On assiste également à une envolée des prix du gaz à l’approche de l’automne et de l’hiver avec son corollaire résultant directement du système de fixation des prix de gros de l’électricité en Europe qui sont des tensions grandissantes sur le prix de l’électricité.

Retarder l’échéance

Rappelons que la première crise de la série en cours remonte à février 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il y a eu ensuite les conséquences de la guerre menée par Israël après l’attaque du 7 octobre 2023 contre les affidés de la République islamique d’Iran avec notamment les tirs en mer Rouge contre des navires par les Houthis. Enfin, la dernière crise a commencé il y a un peu plus de six mois avec l’offensive conjointe contre la République islamique d’Iran par les Etats-Unis et Israël et le blocage du détroit d’Ormuz qui a suivi. Cela a déstabilisé progressivement les marchés pétroliers et gaziers mondiaux. Mais pas à la vitesse et avec l’ampleur qu’annonçaient alors bon nombre d’experts et d’institutions internationales. Mais les échéances ont été seulement retardées.

Notamment, parce que les pays ont mobilisé leurs réserves stratégiques de pétrole et que la Chine, premier importateur mondial, a fortement réduit ses achats. Parce que les producteurs éloignés du Moyen-Orient qui le pouvaient ont augmenté leur production, notamment les Etats-Unis, le Brésil, le Canada, le Guyana, le Venezuela… Parce que les pays du Golfe ont pour certains d’entre eux réussi à contourner en partie le blocus du détroit d’Ormuz via des oléoducs (pour l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis) et via des convois clandestins de tankers sous protection américaine.

L’offre est inférieure à la demande… et les prix s’envolent

Cela a limité l’ampleur de la crise et son impact immédiat. Mais il commence aujourd’hui à devenir de plus en plus difficile de ne pas en subir les effets. L’impact le plus évident est via les produits pétroliers raffinés (kérosène, diesel, essence…) et touche en premier lieu l’Europe. Parce que cette dernière a fait preuve pendant des années d’irresponsabilité et négligé la question essentielle de la sécurité d’approvisionnement énergétique. Elle a fait le choix de délocaliser les activités de raffinage polluantes et peu rentables. Résultat, pour une grande partie de son approvisionnement en diesel, en kérosène et dans une moindre mesure en essence, l’Europe a compté sur les raffineries russes et sur les raffineries du Moyen-Orient… Ce qui pose aujourd’hui un sérieux problème.

On n’en est pas encore aux pénuries, mais comme l’offre est inférieure à la demande, les prix s’envolent et le marché s’ajuste comme cela, au détriment des consommateurs et de l’activité économique. Voilà pourquoi les prix à la pompe pour le diesel notamment, mais aussi pour l’essence, atteignent des niveaux records même si ce n’est pas le cas pour ceux du baril de pétrole.

Le problème est tout aussi sérieux, peut-être même plus encore, pour ce qui est du gaz. Après l’invasion de l’Ukraine et la destruction des gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, l’Europe a décidé de se passer du gaz russe. Elle s’est rabattue sur le GNL qui est transporté par méthanier et pas par gazoduc. Elle en a acheté aux Etats-Unis, au Qatar et… encore à la Russie ce qu’elle s’est autorisée à faire jusqu’à la fin de l’année. Le problème, c’est que le marché mondial du GNL est aujourd’hui fortement déstabilisé parce que le Qatar qui assure environ 20% de l’offre n’exporte quasiment plus rien depuis six mois. S’il est possible de prendre des risques en faisant franchir le détroit d’Ormuz à un tanker, le pétrole brut est un produit relativement inerte, c’est totalement impossible avec du gaz liquéfié à –160 degrés Celsius. Un méthanier touché par un drone ou un missile devient une bombe.

Les prix de l’électricité vont suivre

Le problème de l’Europe, c’est qu’elle a fait preuve avec le GNL de la même irresponsabilité qu’avec le raffinage. Elle a commencé l’année 2025 avec des réserves de gaz extrêmement faibles, au plus bas depuis quinze ans. Et maintenant, selon la loi de l’offre et de la demande, les prix du gaz se sont envolés compte tenu du déficit d’offre. Non seulement, l’Europe a peu de gaz en réserve mais pour les reconstituer elle est obligée de payer très cher les cargaisons disponibles et d’être en concurrence directe avec les pays d’Asie pour les obtenir. Il va falloir vraiment croiser les doigts pour que la consommation de gaz en Europe ne soit pas trop importante cet hiver et donc que les températures soient clémentes. Sinon, nous pourrions grelotter.

Pour finir, la conséquence de l’envolée des cours du gaz en Europe est la hausse à venir des prix de l’électricité. Ce n’est pas encore flagrant mais cela va le devenir dans les prochaines semaines et les prochains mois avec la baisse de production mécanique des parcs solaires et le recours de plus en plus fréquents aux centrales à gaz. Le principe du fonctionnement du marché européen de l’électricité est celui dit de l’ordre de préséance économique ou « Merit Order ». Il consiste à faire appel d’abord aux moyens de production ayant les prix les plus bas et à les augmenter au fur et à mesure jusqu’à satisfaire la demande. Le prix de marché est celui offert par le dernier moyen de production sollicité qui permet d’atteindre le niveau requis par la demande. Dans la quasi-totalité des cas, c’est le prix de l’électricité produite par des centrales à gaz…

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La rédaction

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