<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Combien de pétrole sort réellement du Golfe Persique et du détroit d’Ormuz?

7 septembre 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Detroit Ormuz image Wikimedia Commons
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Combien de pétrole sort réellement du Golfe Persique et du détroit d’Ormuz?

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Entre les convois clandestins de pétroliers qui franchissent le détroit d’Ormuz sous protection américaine et les cargaisons qui contournent cet obstacle via les deux oléoducs saoudien et émirati, les estimations les plus sérieuses font état de 14 à 16 millions de barils qui sortent en moyenne chaque jour du Golfe Persique. Cela représente entre 60 et 70% du trafic existant avant la guerre entre les Etats-Unis et Israël d’un côté et la République islamique d’Iran de l’autre. Le déséquilibre du marché pétrolier mondial est une réalité qui perdure mais il est bien moins dramatique que l’annonçaient nombre d’experts et d’institutions internationales. En quelque sorte, un choc pétrolier à petites doses.

Les cours du baril du pétrole continuent leur yoyo habituel au gré des escarmouches, des menaces, des rumeurs de négociations et d’accords entre la République islamique d’Iran et les Etats-Unis. Après les affrontements sporadiques de la semaine dernière et les rodomontades habituelles des deux camps, ils se trouvaient  le 7 septembre en début de journée autour de 97 dollars pour le baril de qualité Brent. Mais la seule question qui vaille pour tous les acteurs du marché mondial du pétrole et pour les consommateurs de carburants est celle de la quantité exacte de pétrole qui échappe au blocage du détroit d’Ormuz imposé par la République d’Iran et à l’embargo sur les exportations iraniennes mis en place en réponse par les Etats-Unis.

Sur les 20 millions de barils de pétrole brut qui en moyenne passaient chaque jour par le détroit avant le conflit, entre 4 et 5 millions, peut-être un peu plus, passent par les voies de contournement à commencer par les deux oléoducs qui permettent d’éviter le détroit d’Ormuz, le saoudien Est-Ouest vers la mer Rouge et celui des Emirats arabes unis, Habshan-Fujairah vers la mer d’Oman. On peut y ajouter quelques dizaines ou centaines de milliers de barils qui quittent l’Irak par voie terrestre vers la Syrie avec des convois de camions citernes. Ces estimations sont imprécises mais relativement fiables.

Vérifier et confirmer les affirmations de l’administration Trump

Pour ce qui est des tankers qui passent clandestinement le détroit sous protection ou non de l’aviation et de la flotte américaine, il est beaucoup plus difficile évidemment de savoir ce qu’il se passe. Car on est dans le brouillard de la guerre et des deux côtés cela fait longtemps que les déclarations n’ont plus le moindre lien avec la réalité. L’arme énergétique étant de loin la plus efficace de l’arsenal iranien, à en croire Téhéran et les Gardiens de la révolution le blocage d’Ormuz est quasiment hermétique. En revanche, pour Washington et l’administration Trump le détroit est presque totalement ouvert à la navigation. Et comme les tankers qui passent débranchent leurs transpondeurs pour ne pas être repérés et attaqués, il est particulièrement difficile de faire la part du vrai dans tout cela.

Dernier exemple en date, Donald Trump a affirmé la semaine dernière que les États-Unis ont rouvert le détroit d’Ormuz et que quelques 18 millions de barils auraient transité par le détroit sous protection américaine mardi dernier, le 1erseptembre. Un volume très proche de ceux qui existaient avant le conflit. Sauf que personne n’est capable de vérifier et de confirmer.

Traffic en mode furtif

Le cabinet spécialisé Kpler a recensé 11 passages visibles de navires transportant des hydrocarbures le 1er septembre. L’assureur Lloyd’s et son service Lloyd’s List Intelligence ont enregistré 12 transits par jour entre le 26 août et le 1er septembre. Les données de l’armée américaine n’ont rien à voir. Elles indiquent que 44 navires ayant bénéficié d’une protection américaine ont traversé le détroit les 1er et 2 septembre, soit 22 par jour.

Le problème insoluble est qu’une grande partie du trafic à Ormuz s’effectue en mode « furtif », en débranchant le signal AIS (Automatic Identification System) qui est un message radio VHF automatisé transmettant la position, le cap, la vitesse et l’identité d’un navire. Les États-Unis disposent évidemment d’informations sur les convois provenant de leurs radars, de leurs satellites et des moyens de surveillance aérienne dont ils disposent. Les Iraniens c’est moins sûr car l’armée américaine a systématiquement frappé leurs radars et leurs moyens de surveillance au cours des derniers mois pour les rendre « aveugles ».

Entre 14 et 16 millions de barils par jour

Si on compare les chiffres de l’administration américaine et de Kpler et Lloyd’s List Intelligence, la situation n’a donc rien à voir. Dans un premier cas, le détroit est largement ouvert et dans l’autre encore fermé en grande partie. Mais le décompte des navires ne donne pas une image très précise de la situation. Un pétrolier géant transportant deux millions de barils et un petit navire-citerne n’ont pas le même impact sur le marché.

Il est plus pertinent de suivre les flux de pétrole eux-mêmes. Les données reconstituées sur les exportations situent le total des exportations de brut et de produits pétroliers du golfe Persique entre 14 et 16 millions de barils par jour environ. Ce chiffre marque une nette progression par rapport aux plus bas de mars, tout en restant inférieur de 7 à 8 millions de barils par jour aux niveaux d’avant-guerre (20 millions de barils de pétrole brut et 2-3 millions de barils de produits raffinés). Ce total inclut les barils acheminés via des itinéraires contournant le détroit d’Ormuz. Il ne peut donc servir d’indicateur du trafic transitant par le détroit lui-même.

Partiellement rouvert

Les données reconstituées par Kpler sont sans doute les plus précises. Elles calculent les volumes franchissant Ormuz plutôt que le recensement des navires visibles qui traversent de détroit. Cette approche combine les cargaisons dont le transit par Ormuz est avéré et le pétrole apparaissant ultérieurement… par miracle au-delà du détroit. Les traversées effectuées en mode clandestin sont ajoutées rétroactivement à mesure qu’elles sont identifiées. Cette mesure du transit furtif affiche une moyenne de 8,6 millions de barils par jour depuis la mi-juin. Elle n’inclut pas les quelque 4 à 5 millions de barils par jour supplémentaires chargés en août aux terminaux de Fujaïrah et Yanbu sur la mer Rouge au bout de l’oléoduc saoudien Est-Ouest.

Ce qu’on peut dire aujourd’hui est que clairement le détroit d’Ormuz est partiellement rouvert et que le trafic pétrolier qui sort du Golfe Persique d’une façon ou d’une autre représente entre 60 et 70% de ce qu’il était avant le conflit. Le déséquilibre du marché pétrolier mondial est une réalité qui perdure mais il est bien moins dramatique que l’annonçaient nombre d’experts et d’institutions internationales. En quelque sorte, un choc pétrolier à petites doses.

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