C’est une situation insolite et pénible que connait l’Alsace depuis quelques jours. Depuis le début du mois août, il devient de plus en plus difficile de trouver dans les stations-service du sans-plomb 95 et plus encore du sans-plomb 98. Il y a environ 10 à 25% des stations qui sont à sec d’essence dans le Bas-Rhin et 25 à 50% dans le Haut-Rhin et le Territoire de Belfort. Au niveau national, seules 3% des stations-services connaissent des ruptures temporaires d’approvisionnement. Cela n’a rien à voir avec un quelconque mouvement de grève ou l’insuffisance de production des raffineries dans le monde comme le diesel.
Mais cela a tout à voir avec les canicules et la sécheresse et le niveau historiquement bas du Rhin qui empêche les livraisons fluviales de se faire. Or le carburant alsacien est livré essentiellement dans les dépôts par bateaux qui viennent des raffineries ou des ports maritimes du nord de l’Europe. À cause de la sécheresse, le Rhin est quasiment coupé à hauteur de Kaub, dans l’ouest de l’Allemagne, où la hauteur d’eau dans le chenal navigable est tombée en début de semaine à 130 cm, un niveau jamais vu. Les bateaux sont donc forcés de réduire leur chargement : ceux qui transportent des hydrocarbures ne peuvent plus charger que 350 tonnes, contre plus de 1.500 tonnes en temps normal. Et évidemment, la ruée des automobilistes pour faire le plein de leurs réservoirs quand ils le peuvent n’améliore pas la situation.
S’approvisionner en région parisienne et en région lyonnaise
Pour tenter de limiter la pénurie, des flottes de camions citernes font des centaines de kilomètres pour aller s’approvisionner. « Depuis le 17 août, on va très loin pour chercher de l’essence. On va jusqu’en région parisienne et lyonnaise. C’est une nouveauté d’aller aussi loin pour aller chercher du carburant », explique à ICI.fr David Roemer, le président des Transports Riss et Hammes, une société spécialisée dans la livraison de carburants. « Sur certains produits, on commence à faire des livraisons partielles. On ne vide plus notre camion-citerne dans une station, mais on partage entre 6, 7, 8 ou 9 stations-service », ajoute-t-il.
Ce sont principalement les stations-service TotalEnergies qui sont concernées par les pénuries, alors les automobilistes se réfugient dans les stations dites indépendantes. Mais même là où il y a de l’essence, les prix s’envolent puisque la demande est bien supérieure à l’offre.
Même si le dernier épisode de canicule se termine et si des pluies sont attendues à partir du week-end et la semaine prochaine, cela ne signifie pas que le niveau du Rhin va remonter rapidement. Les livraisons de carburant s’annoncent compliquées encore plusieurs jours voire plusieurs semaines.












