Avec une paix qui semble impossible avec la République islamique d’Iran et les drones ukrainiens qui continuent de pleuvoir sur les raffineries russes, une crise mondiale de l’approvisionnement en carburants se profile. D’autant plus, que les Houthis s’en prennent maintenant aux raffineries saoudiennes. La demande est appelée mécaniquement à augmenter dans les mois à venir en automne et plus encore en hiver, tout particulièrement pour le diesel. Ce carburant est un des moteurs de l’économie mondiale, indispensable dans tous les pays au monde à l’agriculture, à la construction, à l’industrie minière, au transport, à la distribution…
Et des pénuries de diesel, certes limitées, sont déjà devenues une réalité dans certaines régions du monde. En Asie du Sud-Est, comme l’a rapporté Reuters, les producteurs d’huile de palme sont confrontés à des ruptures d’approvisionnement en diesel et à une flambée des prix. Aux États-Unis, les exportations de diesel ont atteint un niveau record au cours de la première semaine d’août, avec une moyenne quotidienne de 1,9 million de barils. Parallèlement, la Russie, deuxième exportateur mondial de diesel, a interdit les exportations afin de faire face aux tensions sur son approvisionnement intérieur après les attaques répétées de drones ukrainiens contre ses raffineries.
30 raffineries ont fermé en Europe entre 2009 et 2024
La situation est d’autant plus difficile pour les grands importateurs de carburants comme l’Union européenne (UE), qu’elle doit désormais compter avec de nouveaux concurrents qui entendent mettre la main sur les barils disponibles tels que le Brésil et la Turquie. Des pays qui absorbaient auparavant d’importantes quantités de diesel russe et se retrouvent aujourd’hui en concurrence avec les barils américains. Ils ne peuvent plus, comme l’Europe, compter sur l’approvisionnement en provenance de l’autre grand pôle de raffinage — le Moyen-Orient —. Plus aucune cargaison de diesel ne peut franchir le détroit d’Ormuz et celles qui passent par la mer Rouge sont exposées aux attaques des Houthis.
Et le constat est toujours le même. L’UE a fait preuve une fois encore de légèreté, d’irresponsabilité et d’absence totale de pensée stratégique. Au sein de l’Union européenne, pas moins de 30 raffineries ont fermé leurs portes entre 2009 et 2024… Sans compter au cours des derniers mois et sous l’effet du durcissement des règles de réduction des émissions imposées par Bruxelles la disparition d’une capacité supplémentaire de 400.000 barils par jour.
Le pétrole est une matière première, le diesel est le carburant de l’économie
« L’Europe est confrontée à un problème majeur concernant le diesel », résume Eugene Lindell, responsable des produits raffinés au sein du cabinet de conseil FGE NexantECA cité par l’agence Bloomberg. « La situation risque de devenir critique, avec probablement des prix de base extrêmement élevés.
Un peu plus tôt, Joe DeLaura, expert en énergie de Rabobank déclarait au Wall Street Journal : « nous traversons actuellement une pénurie d’approvisionnement en diesel, car aucune des raffineries du golfe Persique ne parvient à exporter ses produits… Le pétrole brut n’est qu’une matière première, tandis que le diesel est le carburant de toute l’économie industrielle ».
Chute des stocks européens
Autre problème de plus en plus sérieux, les exportations record de diesel créent des problèmes aux États-Unis. Selon Bloomberg, elles se situent à 1,5 million de barils par jour et au-delà même depuis cinq semaines consécutives. Comme les raffineries américaines ne peuvent pas produire davantage de diesel pour l’instant, les distributeurs de carburant puisent dans leurs stocks. Résultat : ces derniers sont tombés à leur plus bas niveau depuis 1996 tandis que la période de pic de demande approche tout comme la saison de maintenance des raffineries.
Les prix constituent, comme toujours, un bon indicateur de la situation. En Europe, le prix du diesel a bondi de 40% depuis la mi-juin tandis que celui du pétrole brut (Brent) n’a augmenté que de 5% sur la même période. Selon Bloomberg, les stocks de ce carburant dans l’UE ont chuté de 30% depuis mars et l’Union Européenne a cessé d’importer les carburants russes mais aussi depuis peu ceux issus de pétrole brut russe raffiné dans des pays tiers.
Se préparer au pire
L’Europe est devenue ainsi très dépendante de l’offre américaine qui ne pourra pas se maintenir à des niveaux records selon plusieurs analystes. « Les raffineurs de la côte du Golfe [du Mexique aux Etats-Unis] ne peuvent pas continuer indéfiniment à exporter du diesel vers le nord-ouest de l’Europe. Ils ont d’autres priorités », affirme Zameer Yusof, responsable des produits pétroliers raffinés chez Kpler. L’Asie connaît aussi des propres problèmes d’approvisionnement en carburant et n’a aucune raison de partager son diesel avec les Européens.
L’Union Européenne n’est pas aujourd’hui même confrontée à une crise majeure d’approvisionnement en diesel. Elle subit « seulement » une hausse des prix très significative. Mais le risque grandit d’ici la fin de l’année de se trouver dans une situation très difficile. Les institutions européennes et les gouvernements devraient se préparer à y faire face plutôt que de compter sur la chance pour y échapper…












