Le 19 août, les stations-service de Moscou ont rétabli des limitations sur les achats d’essence en raison de pénuries de carburant à travers le pays. Ces pénuries sont la conséquence directe de la multiplication depuis des mois des attaques de drones ukrainiens contre les raffineries et les dépôts de pétrole et de carburant. Les restrictions sur la vente d’essence et de diesel limitent les quantités entre 30 et 60 litres par véhicule. L’agence Reuters rapporte que de longues files d’attente sont signalées dans certaines stations-service de Moscou et de sa périphérie.
Pour donner une idée de l’ampleur de la crise, dans tout le pays il ne restait de l’essence le 19 août que dans 28% des stations-service selon des médias pro-Kremlin qui utilisent les données de l’application de suivi « Gdebenz » (qu’on peut traduire comme « Ouyadujus »). Selon ses données, une semaine auparavant ce chiffre s’élevait à 41%. D’après le site Benzinma, qui surveille le prix des carburants, au 15 août des mesures de restrictions étaient en vigueur dans 76 des 86 régions de la Fédération de Russie.
Il y a une dizaine de jours l’Ukraine a frappé une nouvelle raffinerie dans la région russe du Bachkortostan (Oural) lors d’une attaque de drones. Kiev continue de pilonner sans cesse les infrastructures énergétiques russes. L’Ukraine mène des attaques quasi quotidiennes de drones contre des raffineries russes, cherchant à paralyser l’approvisionnement en carburant du pays et à contraindre Vladimir Poutine à accepter des négociations de paix. Apparemment, il n’en a pas vraiment l’intention. En tout cas, l’Ukraine a intensifié ses frappes de drones contre les infrastructures énergétiques russes — ciblant raffineries, pétroliers liés à la Russie en mer Noire et en mer d’Azov, ainsi que les voies d’approvisionnement. Il y a deux semaines, l’Ukraine a frappé Oust-Louga, le principal port russe d’exportation de pétrole, de carburants, de charbon, d’engrais et de céréales sur la mer Baltique.
Les exportations de carburants se sont effondrées
Les exportations russes de diesel et de gazole se sont effondrées au cours des sept premiers jours d’août, tombant à seulement 80.000 barils par jour — un niveau historiquement bas depuis plusieurs années — tandis que Moscou prolongeait les restrictions sur les exportations de diesel. La Russie souffre de pénuries de carburants depuis maintenant plus de trois mois.
L’industrie pétrolière russe semble être de moins en moins capable d’encaisser les coups. Le cabinet Rystad Energy vient d’abaisser ses prévisions de production de pétrole brut russe pour 2026 à 8,95 millions de barils par jour et à 8,6 millions de barils par jour en 2027. Le volume de pétrole traité dans les raffineries russes devrait s’établir en moyenne à seulement 4 millions de barils par jour au second semestre 2026, un niveau inférieur de près de 30% à la moyenne saisonnière de la période 2016-2023 (environ 5,7 millions de barils par jour).
Toute l’industrie pétrolière est visée par l’Ukraine
Le pays dispose d’une marge de manœuvre de plus en plus limitée pour absorber de nouvelles perturbations de l’approvisionnement. Les stocks de brut à terre se trouvent à des niveaux très élevés rendant de plus en plus difficile d’éviter des réductions de production durables. Même en cas d’assouplissement des contraintes opérationnelles, une reprise significative de la production semble peu probable.
Les perspectives de production du pays touchées aussi par les sanctions occidentales sont de plus en plus limitées : des puits vieillissants qui restent à l’arrêt plus longtemps et l’absence de projets de développement d’envergure de nouveaux gisements restreignent la capacité à compenser le déclin des champs matures après 2027.
La fréquence et l’efficacité croissantes des attaques de drones contre les infrastructures pétrolières et gazières russes ne touchent plus seulement les raffineries mais aussi le secteur de l’amont de la production, du stockage et du transport de pétrole. Les volumes de raffinage enregistrés en juin et juillet ont été parmi les plus bas des deux dernières décennies. Chaque baril non traité par une raffinerie doit soit être exporté, soit être stocké, soit être retiré de la production…













