<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Les combustibles fossiles produisent encore 57% de l’électricité mondiale

10 août 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Train Charbon Chine Wikimedia Commons
Abonnement Conflits
Abonnement Conflits

Les combustibles fossiles produisent encore 57% de l’électricité mondiale

par

L’un des problèmes de fond de la transition énergétique et de l’électrification des économies est la course de vitesse dans le monde entre l’augmentation des capacités de production d’électricité et celle de la consommation. Même le solaire photovoltaïque, qui est pourtant rapide à construire et à mettre en service, ne parvient pas à combler le gap…. avec toutefois une faiblesse majeure, son intermittence. Il faut faire la distinction dans le mix énergétique entre les capacités de production théoriques et la production réelle. Le solaire et l’éolien ont des facteurs de charge faibles (entre 10-20% du temps pour le solaire et 20-40% pour l’éolien). Selon l'Energy Institute, c'est la raison pour laquelle le charbon et le gaz naturel occupent toujours une place prépondérante dans le mix mondial de production d'électricité. Ce sont des moyens de production d’électricité pilotables capables de répondre à la demande quand elle se manifeste.

Il y a deux constantes de la transition énergétique qui ne permettent pas de l’appréhender et de la mener de la façon la plus efficace, la plus réaliste et la plus rapide. La première, c’est l’importance démesurée prise par la communication politique et économique et ses annonces qui se veulent spectaculaires, ses slogans simplificateurs et ses engagements qui ne seront jamais tenus et ne peuvent pas l’être. Le tout communication donne à la fois le sentiment de faire du surplace et décrédibilise au fil du temps la parole des décideurs politiques et économiques. Le second point qui complique considérablement la transition est la difficulté à regarder la réalité des écosystèmes mondiaux de l’énergie et du temps, des efforts et des moyens financiers et humains à mettre en œuvre pour les transformer.

Une bonne façon de mesurer la réalité de la transition est de se pencher sur la réalité des systèmes électriques dans le monde. L’électrification des usages dans les transports, l’industrie, les bâtiments (chauffage, climatisation) est de très loin le moyen le plus efficace de décarboner les économies. Il y a un réel consensus sur cela. Mais, à condition de produire une électricité décarbonée (renouvelable et nucléaire). Les progrès existent et sont indéniables, mais ils sont lents… Ainsi, 57% de l’électricité produite l’an dernier dans le monde était encore fabriquée avec des combustibles fossiles, à savoir du charbon, du gaz naturel et du fioul.

De 65% en 2000 à 57% en 2025

Dans son rapport « Statistical Review of World Energy », publié il y a quelques semaines, l’Energy Institute montre que si les sources d’électricité renouvelables se développent, essentiellement le solaire et l’éolien, le monde continue de produire la majeure partie de son électricité à partir de combustibles fossiles. Très exactement 57% selon les calculs du Pew Research Center, qui a analysé les données d’Ember — une organisation œuvrant pour la neutralité carbone et partenaire de l’Energy Institute pour la rédaction de la « Statistical Review of World Energy ».

Si les 57% sont une proportion importante, elle est toutefois en recul par rapport aux 65% enregistrés en 2000. Ce sont des progrès, mais lents. Il ne faut pas perdre de vue que dans le même temps, en un quart de siècle, la production et la consommation d’électricité ont plus que doublé dans le monde. Et plus édifiant encore, le rapport de l’Energy Institute estime la part du charbon, du gaz naturel et du pétrole dans la consommation mondiale d’énergie primaire à 86%. Un chiffre qui est pratiquement inchangé depuis vingt ans !

Il illustre la difficulté de mener la transition énergétique, ce que l’humanité n’a jamais fait. Elle a au cours de son histoire additionné les sources d’énergie et jamais remplacée une par une autre. Ainsi, nous consommons aujourd’hui plus de biomasse traditionnelle (bois, tourbe…) qu’avant la révolution agricole, industrielle et énergétique d’il y a deux siècles. Et au passage, nous consommons toujours plus de charbon en dépit de la domination à partir de la moitié du XXème siècle des hydrocarbures (pétrole et gaz).

Recul de la part relative du nucléaire

Pour en revenir à l’électricité et trouver quelques motifs de satisfaction, l’étude du Pew Research Center montre que l’éolien et le solaire ont représenté ensemble 17% de la production mondiale d’électricité l’année dernière, tandis qu’il y a dix ans, ces deux sources combinées couvraient moins de 5% de la demande. Le rapport note qu’en y ajoutant la géothermie, l’hydroélectricité et l’énergie marémotrice, les renouvelables représentent une part plus importante de la production mondiale d’électricité que les hydrocarbures (gaz et pétrole). Ce constat n’a rien d’étonnant compte tenu de l’importante capacité de production hydroélectrique mondiale construite massivement au XXème siècle.

L’un des constats préoccupants du rapport du Pew Research Center est le recul relatif de la production d’électricité d’origine nucléaire. Cette dernière est tombée à 9% de la production totale l’année dernière, contre 17% en 2000. Cela tient au décalage entre le rythme de croissance de la demande d’électricité et celui des capacités de production nucléaires comme le montre l’Energy Institute dans son rapport. Le monde a cessé d’investir dans le nucléaire pendant des décennies, à l’exception de la Chine, et recommence juste à le faire en se rendant compte tardivement qu’il s’agit de la source d’énergie qui produit l’électricité la plus décarbonée qui soit et que les centrales nucléaires sont des équipements construits pour 80 ans, ce qui n’est pas le cas, du tout, des parcs éoliens et solaires.

Le problème de fond est bien la course de vitesse entre l’augmentation des capacités de production d’électricité et celle de la demande. Ce qui est le cas même pour le solaire photovoltaïque qui est pourtant rapide à construire et à mettre en service… avec toutefois une faiblesse majeure, son intermittence. L’Energy Institute explique que c’est la raison pour laquelle le charbon et le gaz occupent toujours une place prépondérante dans le mix mondial de production d’électricité. Ce sont des moyens de production d’électricité pilotables capables de répondre à la demande quand elle se manifeste sans dépendre de la météorologie ou du fait que la nuit est tombée.

Distinguer capacités de production théoriques et production réelle

Le Pew Research Center met en avant la croissance dans le monde plus rapide de la demande d’électricité par rapport à l’offre et son corollaire l’augmentation presque inévitable de la consommation d’énergie fossile en valeur absolue même si leur part dans le total diminue. Ce paradoxe est le mieux illustré par la Chine, de loin le pays qui est le plus grand consommateur d’énergie au monde. Il est celui qui a le mieux réussi à s’éloigner des combustibles fossiles en investissant massivement dans les renouvelables et le nucléaire et bat des records tous les ans de consommation de charbon…

Il faut absolument faire la distinction dans le mix énergétique entre les capacités de production théoriques et la production réelle. Le solaire et l’éolien ont des facteurs de charge faibles (entre 10-20% du temps pour le solaire et 20-40% pour l’éolien). Ainsi, la Chine construit sur son sol depuis plusieurs années plus de capacités nouvelles éoliennes et solaires que le reste du monde et est également et toujours aussi le plus grand consommateur de charbon et le principal bâtisseur de nouvelles centrales au charbon.

L’Union Européenne (UE) est en quelque sorte un contre-exemple. Elle a produit l’an dernier plus d’électricité à partir de sources d’énergies autres que les fossiles qu’à partir de ces derniers. Elle s’élevait à 48% pour les renouvelables et le nucléaire tandis que 29% du total provenait de centrales au gaz et au charbon. Mais le corollaire de cela est que l’UE paye son électricité bien plus chère que le reste du monde et que sa désindustrialisation s’accélère.

À propos de l’auteur

La rédaction

La rédaction

Newsletter

Voir aussi

Share This
.et_pb_column_1_4 { display:none !important; } .wp-image-13628 { display:none !important; }