L’annonce par le Premier ministre Sébastien Lecornu d’un effondrement, de 30%, de la consommation de carburants en France, lors des dix premiers jours du mois de mai a fait l’effet d’un choc. Elle illustre l’impact démesuré sur le pouvoir d’achat des Français et l’activité économique d’une augmentation de l’ordre de 35%, depuis le 28 février, des prix des carburants. Et encore pas dans les stations du groupe pétrolier qui a décidé de plafonner les prix (TotalEnergies) où la hausse est plutôt de l’ordre de 25%.
La raison de cet impact disproportionné est expliquée de façon assez convaincante par Philippe Charlez, expert en questions énergétiques associé à Le Millénaire, sur Linkedin. Le prix des carburants en France ne se trouve pas aujourd’hui à des niveaux si élevés que cela d’un point de vue historique. En comparaison avec les prix de 1960 (hors inflation), il n’a augmenté que d’environ 6% pour le litre d’essence. Mais les Français sont incapables d’y faire face compte tenu de la situation calamiteuse de l’économie française et du pouvoir d’achat réel de la population. Car en comparant toujours avec 1960 (hors inflation), les prix de l’immobilier à Paris ont augmenté de 870%, ceux d’un journal de 660%, le SMIC horaire de 442%, les cigarettes de 423% le loyer moyen de 110% et la baguette de pain de 100%.
« La classe moyenne, c’est quand il y a de l’espoir »
Pour résumer et en dépit d’une forte augmentation des taxes, le litre de carburant a à peine progressé par rapport à l’inflation tandis que le pain a progressé 2 fois plus vitre, les cigarettes et le SMIC 4 fois plus vite, les journaux 6 fois plus vite et le mètre carré parisien dix fois plus vite.
Et il faut ajouter à cela l’augmentation constante de ce qu’on appelle les dépenses contraintes à savoir les impôts et les taxes, les communications, les abonnements, les assurances, les transports, la santé restante à charge. Le pouvoir d’achat a augmenté de façon considérable, en théorie, tout comme l’accès au confort, à des biens inimaginables en 1960 de communication et culturels, et à une médecine bien plus performante. Mais le ressenti est celui d’une contrainte toujours plus grande et d’une impossibilité d’y échapper. Une situation paradoxale parfaitement résumée par Deng Xiao Ping, le père, entre autres, du renouveau économique chinois après le désastre humain et économique de la Révolution culturelle. Il expliquait : « la classe moyenne, c’est quand il y a de l’espoir ».
La France ne produit plus ce qu’elle consomme
Pour en revenir à la démonstration de Philippe Charlez, il montre que lors du fameux premier choc pétrolier d’octobre 1973 à la suite de la guerre de Kippour, quand l’Egypte et la Syrie avaient attaqué Israël par surprise, le prix du pétrole était passé – en dollars courants – de 14 dollars en 1972 à 134 dollars en 1980 (+860%). L’année 1974 a d’ailleurs la dernière en France avec un budget de l’Etat à l’équilibre…
Mais si on fait une comparaison avec le choc pétrolier actuel, il est d’une ampleur qui n’a absolument rien de comparable, même si les périodes de temps sont différentes. Le baril est passé de 72 dollars (pour le Brent) le 28 février à 106 dollars le 15 mai en début de journée (+47%).
En 1973, « le chômage était proche de 2%, le déficit public était nul, la dette gravitait autour de 15% du PIB, le modèle était « producto-consumériste » : on consommait ce qu’on produisait, l’industrie pesait 27% du PIB et l’agriculture 5%, un seul point noir : une inflation supérieure 5% par an ».
Aujourd’hui, « le chômage avoisine les 8%, le déficit public frôle les 6% du PIB, la dette est de 115% du PIB, le modèle est « étato-consumériste » : nous consommons ce que nous importons avec un pouvoir d’achat soutenu par la dépense publique, l’industrie et agriculture représentent, ensemble, 10% du PIB ».
Philippe Charlez conclut que « le vent de panique et d’indignation n’est que le révélateur brutal d’une société en profond désarroi. Incapable d’assurer ses propres dérives elle se contente de désigner des boucs émissaires : Israël, Trump, l’extrême droite ou encore TotalEnergies. Comme si désigner un coupable permettait d’effacer des décennies de renoncements économiques, d’endettement chronique et d’affaiblissement productif ».













