<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> La calamité du DPE

18 août 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : rénovation énergetique wikimedia commons
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La calamité du DPE

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Depuis sa création en 2006, il y a deux décennies, l’Etat est incapable de mettre en place un diagnostic de performance énergétique (DPE) des logements, pertinent et fiable. Résultat, des milliards d’euros sont dépensés tous les ans dans la rénovation énergétique de logements avec des résultats incertains, sans parler des arnaques et autres fraudes en tous genres. Le DPE fait aussi l’impasse sur la capacité des logements à faire face aux canicules. La note attribuée mesure la capacité d'un bien à conserver la chaleur, pas à s'en protéger. Elle n’intègre pas le risque de voir un logement se transformer en bouilloire thermique. Il existe une vague indication dite confort d’été… mais elle n’est pas prise en compte dans la note finale et en plus est souvent fausse. Près de la moitié des biens auquel le DPE attribue un « bon » confort d'été auraient en réalité une résistance « moyenne » voire « insuffisante » à la chaleur selon un récent baromètre fondé sur l'étude de 11,2 millions de diagnostics réalisé par la plateforme d'analyse du DPE OneDpe. Et la climatisation ou tout système de refroidissement actif ne sont pas pris en compte dans l’indicateur confort d’été. De plus, comme la climatisation augmente la consommation d’énergie théorique calculée par le DPE, elle peut pénaliser la note…

La façon dont est menée en France la rénovation énergétique des logements est un cas d’école de tout ce qu’il ne faut pas faire. Les dispositifs clés sur lesquels elle s’appuie, MaPrimRénov’ et le trop fameux DPE (Diagnostic de performance énergétique), sont dysfonctionnels, sans cesse corrigés, bricolés et réformés depuis des années sans pour autant améliorer les choses. Ils sont complexes, coûteux, inefficaces et ont engendré une multiplication des fraudes et des arnaques. Et pour couronner le tout, leur impact est mal compris et mal évalué et les attributions des aides mal contrôlées. Tout le monde le sait depuis des années, mais l’argent continue à être dilapidé par milliards.

Le DPE est sans doute le meilleur résumé à lui seul de l’impéritie de l’administration et des agences publiques de ce pays. Depuis sa création en 2006, il y a maintenant deux décennies, l’Etat est incapable de mettre en place un diagnostic de performance énergétique des logements, pertinent et fiable. Les mises à jour et les révisions se succèdent et rien ne change. Les scandales se multiplient sans pour autant que l’administration, les gouvernements et l’Anah (Agence nationale de l’habitat) soient sanctionnés et se montrent plus efficaces et plus soucieux de l’argent public et de celui des Français qui rénovent leurs logements.

Pour le DPE, les canicules n’existent pas

Rappelons que faire réaliser un DPE est obligatoire lors de la mise en vente ou en location d’un bien immobilier. Le DPE classe les logements selon une échelle qui va de A – très économe – à G – gros consommateur d’énergie.

Mais le DPE fait l’impasse sur la capacité des logements à faire face aux canicules. La note attribuée à un logement ne prend pas en compte le risque qu’il se transforme en bouilloire thermique lors d’une vague de chaleur. Au contraire même, elle privilégie la capacité à conserver la chaleur et l’isolation. Le DPE a été conçu pour estimer la consommation énergétique d’un logement liée essentiellement au chauffage et à l’eau chaude sanitaire. Sa logique est purement hivernale. Il mesure donc la capacité d’un bien à conserver la chaleur, pas à l’évacuer et à s’en protéger quand cela est nécessaire.

« Effet Thermos »

Résultat, un logement bien isolé et étanche à l’air obtiendra une excellente note énergétique. Mais cette même isolation, si elle n’est pas associée à une bonne inertie des matériaux, à des protections solaires et à une ventilation efficace, peut piéger la chaleur accumulée pendant la journée. La situation dite de bouilloire thermique touche ainsi non nombre de logements rénovés ou neufs. Dans ce cas, on parle même d’« effet thermos ».

On se retrouve ainsi avec de vieilles maisons aux murs épais en pierre très mal notées au DPE qui sont souvent bien plus agréables à vivre en pleine canicule que des logements ayant obtenu la meilleure note, un A, au DPE. La présence de protections solaires aux fenêtres, l’existence de brasseurs d’air ou encore le caractère traversant du logement n’ont aucun impact sur la note.

Le « confort d’été » n’est pas pris en compte et son calcul souvent faux

Il existe bien, associé au DPE, une vague indication dite confort d’été… mais d’une part, elle n’est pas prise en compte dans la note finale et en outre, elle est souvent fausse ! Le confort d’été attribue au logement un qualificatif « bon », « moyen » ou « insuffisant » selon sa capacité à garder une température vivable en cas de fortes chaleurs. Mais de toute façon, le confort d’été, comme l’ensemble des évaluations du DPE depuis 20 ans, présente de nombreuses failles… Les failles en question sont documentées par un récent baromètre fondé sur l’étude de plus de 10 millions de diagnostics réalisé par la plateforme d’analyse du DPE OneDpe.

Première limite : l’indicateur « confort d’été » du DPE n’est pas renseigné pour tous les logements. Il n’est pas évalué lorsque le DPE d’un appartement est généré automatiquement à partir de celui de l’immeuble dans lequel il se trouve. Cela concerne 4,16 millions de diagnostics, soit 11% du parc selon OneDpe. Plus grave encore, lorsqu’elle est indiquée, la qualification du « confort d’été » est erronée dans 16,4% des cas. « Ces incohérences concernent majoritairement les logements classés ‘bons’ par le DPE », précise aux Echos Steven Annonziata, cofondateur de OneDpe. Pour ces derniers, le verdict n’est juste qu’un peu plus d’une fois sur deux ! Cela signifie que près de la moitié des biens auquel le DPE attribue un « bon » confort d’été ont en réalité une résistance moyenne voire insuffisante à la chaleur.

La climatisation n’est pas prise en compte et peut être pénalisante

Les failles du DPE viennent notamment de l’utilisation de critères inadéquats. Pour évaluer le confort d’été, il ne prend en compte que les caractéristiques du bâtiment, notamment la présence de protections solaires extérieures et l’isolation de la toiture. Il ne s’intéresse pas à sa localisation ni au climat alentour. Des facteurs qui sont pourtant déterminants pour évaluer le risque réel de surchauffe.

Enfin, il faut savoir que la climatisation ou tout système de refroidissement actif ne sont pas pris en compte dans l’indicateur confort d’été. Avec une climatisation, un logement peut être classé « moyen » ou « insuffisant » en confort d’été si les protections solaires, l’inertie ou la ventilation naturelle sont insuffisantes. De plus, la climatisation augmente la consommation d’énergie théorique calculée dans le DPE et peut donc pénaliser la note…

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