Les conséquences de l’accord entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran

16 juin 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Detroit Ormuz image Wikimedia Commons
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Les conséquences de l’accord entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran

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Donald Trump l’a annoncé en fanfare sur son réseau Truth Social: « ships of the world, start your engines. Let the oil flow ! » (« navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! »). Si tout se passe comme prévu, il faut rester prudent, le détroit d’Ormuz sera réouvert à la fin de la semaine et les marchés pétrolier et gazier, des produits pétroliers raffinés et de certaines matières premières retrouveront peu à peu un fonctionnement normal et donc des prix moins élevés. Le processus sera loin d’être immédiat. Voilà pour les conséquences à court terme sur l’énergie du protocole d’accord conclu entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran. A moyen et long terme, les trois mois de guerre et de crise laisseront d’autres traces sur l’économie mondiale. Ils devraient accélérer les investissements dans l’électrification et la disparition du principe du « juste à temps » par celui de la constitution de stocks et de réserves « au cas où ». Ce sont les stocks commerciaux et les réserves stratégiques de pétrole, de gaz et de produits pétroliers qui ont limité l’ampleur du choc.

Il faut évidemment prendre des précautions sur la réalité des engagements pris par la République islamique d’Iran et les Etats-Unis dans le memorandum of understanding (protocole d’accord) qu’ils doivent officiellement signer le 19 juin. Et cela d’autant plus que du côté iranien et du côté américain, cela ne semble pas être vraiment le même texte à en croire les déclarations des uns et des autres. Il faut ajouter qu’il existe clairement des divergences sur la portée des engagements au sein même du groupe des dirigeants iraniens.

Bien sûr, d’ici vendredi, l’accord peut être mis par terre soit par des éléments radicaux au sein des gardiens de la révolution qui relanceraient des attaques contre les États du Golfe et/ou Israël, soit par une nouvelle intervention militaire d’Israël. Et le diable comme toujours se cache dans les détails d’un accord dont les contours restent flous et contradictoires selon les parties. Le détroit d’Ormuz sera-t-il totalement réouvert immédiatement ou progressivement ? Est-il miné? L’Iran a-t-il vraiment renoncé à faire payer un péage ? Cela dit, un accord de paix même bancal est désormais un scénario hautement probable. Donald Trump veut absolument en signer un quitte à remettre les questions qui fâchent, le nucléaire, les missiles, le hezbollah, le hamas… aux calendes grecques. En supposant donc que d’ici le week-end prochain, le détroit d’Ormuz soit à nouveau ouvert au trafic maritime et que les États du Golfe n’aient plus à craindre de frappes de drones ou de missiles, comment cela va-t-il se traduire pour les marchés de l’énergie ? Il y aura des conséquences à court et à moyen et long terme terme.

Des semaines et des mois pour un retour à la normale

Dans l’immédiat, la réouverture du détroit sera évidemment une excellente nouvelle pour les marchés du pétrole, du gaz, des produits pétroliers raffinés (surtout le kérosène et le diesel) et de certaines matières premières, notamment les engrais azotés, l’hélium et l’aluminium. Ce n’est pas pour rien si pour se vanter de l’accord Donald Trump a écrit sur son réseau Truth Social : « Ships of the world, start your engines. Let the oil flow ! » (« Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! »).

Cela prendra des semaines, des mois et même des années pour le GNL (Gaz naturel liquéfié) pour un retour à la normale, mais l’offre va augmenter petit à petit pour se retrouver au niveau de la demande et permettre peu à peu de reconstituer les stocks de fonctionnement, les stocks commerciaux et les réserves stratégiques. Cela prendra du temps, parce qu’il faudra remettre en service des puits de pétrole qui ont été fermés, ce qui est une opération délicate et lourde qui concerne environ 10 millions de barils par jour de capacités de production. Il faudra également réparer des terminaux, des pipelines et des raffineries endommagés par des drones et des missiles. Et il faudra que les assureurs soient suffisamment confiants pour accepter de couvrir les tankers et les méthaniers amenés à sortir et à entrer dans le Golfe persique.

En conséquence, les cours vont continuer à baisser, du pétrole notamment, mais plus de façon brutale et erratique, progressivement et sans doute lentement. On ne se remet pas en quelques jours de ce que Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a qualifié avec emphase de « plus grande crise énergétique de l’histoire ». Fin mai, l’AIE estimait que les pertes d’approvisionnement cumulées des pays producteurs du Golfe dépassaient un milliard de barils « avec plus de 14 millions de barils de pétrole par jour actuellement indisponibles » pour une demande mondiale d’un peu plus de 100 millions de barils par jour. Quant aux cours du pétrole, ils étaient passé de 70 dollars le baril avant le début du conflit le 28 février dernier jusqu’à 115 dollars début avril pour fluctuer ensuite autour du seuil de 100 dollars. Le 16 juin au matin, les cours du baril de qualité Brent se négociaient autour de 83 dollars.

Bouffée d’oxygène pour l’économie mondiale

Le retour à la normale, même lent, sera une bouffée d’oxygène pour l’économie mondiale, réduisant la pression inflationniste, la baisse de pouvoir d’achat des consommateurs et la pression négative sur la croissance. La réouverture du détroit d’Ormuz va profiter aux grands pays importateurs de pétrole, tels que la Chine, le Japon, la Corée du sud et les pays européens, moins aux pays exportateurs situés en-dehors du Golfe persique. Elle sera aussi immédiatement bénéficiaire aux pays d’Asie du Sud et aux pays pauvres en général. L’Inde, le Pakistan, le Bangladesh ou le Sri Lanka dépendent fortement du Golfe pour leurs importations de pétrole, bien sûr, mais aussi d’engrais et de gaz naturel.

Les transferts de fonds constituent un autre élément essentiel et négligé, l’Inde compte à elle seule quelque 10 millions de travailleurs dans le Golfe, employés aussi bien dans des emplois de construction que dans des professions plus qualifiées telles que médecins et comptables. Vient ensuite le soutien financier que des pays comme l’Arabie saoudite ont historiquement apporté à des pays comme le Pakistan.

Electrification et stocks stratégiques

Voilà pour l’immédiat. A moyen et long terme, les investissements dans les réseaux électriques devraient monter en flèche. Les décideurs politiques du monde entier tireront probablement des trois derniers mois la leçon suivante : en matière d’électricité et de production d’énergie, les incantations et la dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient ne constituent pas vraiment une stratégie. Les capitaux devraient donc affluer vers une accélération de l’électrification, qu’il s’agisse de panneaux solaires, d’énergie nucléaire voire même de centrales à charbon et hydraulique et évidemment de renforcement et de modernisation des réseaux électriques.

Toujours d’une façon générale, le fonctionnement de l’économie mondiale sera affecté.  Le principe du « au cas où » va supplanter celui du « juste à temps ». L’économie mondiale a pu résister au choc provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz grâce à d’importantes réserves dans le secteur énergétique, de pétrole comme de gaz et même de produits pétroliers raffinés. Ces réserves devront désormais être reconstituées et élargies à d’autres matières premières et semi-transformées.

Demande mondiale de capitaux

La plupart des entreprises et des pays ressentiront désormais le besoin de constituer des stocks de précaution plus importants. Si cette analyse est juste, alors la correction des prix des matières premières liée à la réouverture du détroit d’Ormuz devrait prendre encore plus de temps…

Enfin, la demande de capitaux dans le monde sera considérable. Si l’on additionne les fonds nécessaires aux investissements dans les réseaux électriques et l’électrification, à la reconstitution des stocks de matières premières, à l’armement, aux centres de données et aux introductions en Bourse colossales, l’addition est énorme. On parle de centaines de milliards, voire de milliers de milliards ! Cela signifie que les taux d’intérêt resteront à des niveaux relativement élevés et que les investissements les plus solides seront logiquement privilégiés, y compris dans l’énergie. Les projets énergétiques technologiquement et économiquement incertains auront du mal à trouver des financements.

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