La Norvège est sans doute le pays au monde le plus hypocrite en matière de politique énergétique et pas seulement. On peut y ajouter ses plaidoyers sans cesse exprimés en faveur de la paix dans le monde tandis qu’il bénéficie considérablement des conflits des dernières années et multiplie les investissements pour en tirer encore plus partie…
Le problème avec la Norvège, n’est pas que ce pays profite cyniquement de la situation internationale. Les Etats n’ont pas de sentiments, juste des intérêts. Mais qu’Oslo se veut aussi être un modèle énergétique et même moral et donne en permanence des leçons d’écologie et d’humanité.
Ce pays est la vitrine de la conversion vers les véhicules électriques. Ils ont représenté 95,9% des ventes de véhicules neufs l’an dernier! Notamment, grâce à des subventions et des aides sans équivalents dans le monde… financées par des exportations de pétrole et surtout de gaz naturel. A tel point qu’il est nettement plus avantageux financièrement en Norvège d’acheter une voiture électrique neuve qu’une voiture à moteur thermique, y compris hybride.
Le plus grand fonds souverain au monde
Pour autant, la consommation de carburants fossiles ne baisse pas beaucoup dans le pays tout comme les émissions de gaz à effet de serre. Un grand nombre de foyers ont en fait deux véhicules : un électrique pour les trajets courts et un autre à moteur thermique pour les longs trajets.
Cela est d’autant plus facile à financer que les recettes des exportations de pétrole et de gaz norvégiennes se sont envolées depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a quatre ans et depuis le blocage du détroit d’Ormuz il y a un peu plus de trois mois. Tout cela permet de gonfler encore un peu plus rapidement les ressources du plus grand fonds souverain au monde créé dans les années 1990 pour investir les excédents de recettes de l’industrie pétrolière et gazière norvégienne. A la fin de l’année dernière, les actifs gérés par ce fonds représentaient 2.200 milliards de dollars (plus de 390.000 dollars par habitant), plus de quatre fois le PIB du pays. Le fonds a engrangé l’an dernier 247 milliards de dollars.
Le fonds souverain norvégien surpasse de loin tous les autres fonds étatiques, y compris le fonds China Investment Corporation (CIC) de 1.332 milliards et l’Abu Dhabi Investment Authority (Adia) de 1.128 milliards, selon les données compilées par le Sovereign Wealth Fund Institute (SWFI).
Forer 250 puits d’exploration dans la prochaine décennie
Pas étonnant, si Oslo multiplie les investissements et les projets de développement de ses ressources en hydrocarbures utilisées presque exclusivement pour l’exportation. Car les considérables ressources hydroélectriques du pays lui permettent de produire 92% de l’électricité qu’il consomme tout en étant dans le même temps le 7èmeexportateur mondial de pétrole et le 4ème de gaz naturel. Comme le montre le graphique ci-dessous, la Norvège a fourni l’an dernier 28% des importations de gaz naturel de l’Union Européenne.
Importations de gaz naturel par l’Union Européenne de 2019 à 2025

En milliards de mètres cubes (BCM). Bleu : GNL (Gaz naturel liquéfié). Mauve : Russie. Jaune : Norvège. Bleu clair : Royaume-Uni. Vert : Afrique du Nord. Orange : Mer Caspienne. Source : ACER (Agence européenne de coopération des régulateurs de l’énergie).
La Norvège a aussi produit 2,31 millions de barils équivalent pétrole par jour au premier trimestre de l’année, soit près de 9% de plus qu’à la même période l’année dernière. À la mi-mai, le gouvernement norvégien a revu à la hausse ses prévisions de recettes pour la production de pétrole et de gaz cette année, passant de 60 milliards de dollars à 79 milliards de dollars, invoquant la hausse des prix mondiaux de l’énergie.
Et la stratégie de la Norvège est aujourd’hui parfaitement claire comme l’a expliqué il y a quelques jours son ministre de l’Énergie, Terje Aasland. « Nous allons développer, et non démanteler, l’activité sur notre plateau continental ». M. Aasland a annoncé son intention de rouvrir trois gisements de gaz – Albuskjell, Vest Ekofisk et Tommeliten Gamma – en mer du Nord, au large de la côte sud de la Norvège, d’ici fin 2028… près de trois décennies après leur fermeture. Cette remise en service demandera près de deux milliards d’euros d’investissements. Et ce n’est pas tout, Equinor, la compagnie pétrolière publique norvégienne, a pris la décision de forer pas moins de 250 puits d’exploration au cours de la prochaine décennie en mer du Nord.
Ola Morten Aanestad, porte-parole de Equinor, a ajouté que la société prévoyait d’investir 6 milliards de dollars par an jusqu’en 2035 dans la production de pétrole et de gaz. Il a mis en avant des projets visant « davantage de forages… de nombreux nouveaux développements, davantage de pipelines… peut-être l’exploitation de gisements plus petits, mais qui restent importants ».













