<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> L’Europe rattrape son retard sur ses réserves de gaz

9 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Omera Spheres stockage gaz liquéfié D.R.
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L’Europe rattrape son retard sur ses réserves de gaz

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Avec un peu de chance, l’Europe devrait pouvoir éviter une pénurie de gaz cet hiver et même une envolée des prix du gaz et de l’électricité cet hiver contrairement à 2022-2023. Elle le doit aux nouvelles capacités de production américaines de GNL (Gaz naturel liquéfié), à la désindustrialisation qui se traduit par une baisse de la consommation de gaz et au fait que de nombreux pays d’Asie peuvent se passer de gaz en consommant plus de charbon. Elle ne le doit pas vraiment à sa capacité à se préparer aux crises…

Les bonnes nouvelles en matière d’énergie sont suffisamment rares depuis quelques mois pour les mettre en avant quand elles existent… Il y en a une et elle concerne l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et la destruction quelques mois plus tard des gazoducs NordStream reliant directement la Russie à l’Allemagne, l’Europe a dû s’approvisionner en gaz massivement via le marché mondial qui est celui du gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par des méthaniers. Les pays européens ont acheté de plus en plus de GNL aux Etats-Unis mais aussi au Qatar et même… à la Russie.

Le problème est que le marché mondial du gaz a été profondément déséquilibré depuis la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre la République d’Iran. Le blocage du détroit d’Ormuz a privé soudain le marché mondial de 20% de l’offre, celle qui provient du Qatar. Et contrairement au pétrole, il n’y a pas de voies de contournement et il n’est pas possible de prendre le risque de passer clandestinement par le détroit comme peuvent le faire certains tankers. Le pétrole brut est relativement inerte mais pas le GNL. Une attaque sur un méthanier peut le transformer rapidement en une torche flottante.

L’Europe prise en flagrant délit de désinvolture

Plus problématique encore, les installations de liquéfaction du Qatar ont été attaquées par l’Iran et 17% des capacités (deux trains de liquéfaction) on été détruits et il faudra des années pour les reconstruire…

Pour autant, les cours du gaz sont restés relativement stables car la saison est favorable. La consommation de gaz baisse dans l’hémisphère nord au printemps et en été et ne devrait pas augmenter avant l’automne et plus encore l’hiver. La question est donc de savoir s’il y aura assez de gaz à ce moment-là pour le chauffage et l’industrie et si les stocks de gaz des pays auront été suffisamment reconstitués. La question se pose d’autant plus que l’Europe a été très désinvolte l’année dernière et a laissé ses réserves de gaz descendre à des niveaux très bas voire même irresponsables pour certains pays. Elle risque d’en payer le prix. Mais elle pourrait peut-être échapper à un mauvais scénario.

Ce n’est pas la crise de 2022

Selon l’agence Bloomberg, « même si le remplissage saisonnier avance lentement, l’Europe va probablement stocker suffisamment de gaz pour éviter une flambée des prix du gaz et de l’électricité comme en 2022, et ainsi écarter toute crainte d’inflation ».

Traditionnellement, les dizaines de sites de stockage de gaz naturel européens se remplissent au printemps et en été quand la demande est faible et les prix bas. Il y a encore cinq ans, le niveau de ses stocks n’intéressait personne ou presque. La profonde crise énergétique de 2022 a changé la donne et la Commission européenne a imposé au 27 pays de l’Union un objectif de remplissage annuel de l’ordre de 90% pour le mois de novembre.

Il faut dire que l’Europe avait quelques raisons de prendre ses stocks de gaz au sérieux. Elle ne s’était pas souciée du fait que dès 2021 la Russie avait réduit ses livraisons de gaz à l’Europe sous différents prétextes pour la mettre en situation de totale dépendance avant l’invasion de l’Ukraine. Il s’en était suivie une crise majeure. Les gouvernements européens s’étaient précipités sur toutes les cargaisons de gaz disponibles et les avaient payé n’importe quel prix. Les prix du gaz sur le marché européen (Dutch TTF) étaient montés jusqu’à 345 euros par mégawattheure en juillet 2022, contre environ 25 euros par MWh avant la guerre. Et cela s’était répercuté sur les prix de l’électricité. L’inflation instantanée était montée au-delà de 10% et partout en Europe, de nombreux gouvernements avaient dû intervenir pour venir en aide aux familles et aux entreprises menacées de faillites. La France avec son fameux quoi qu’il en coûte se vantait même alors d’en faire plus que les autres sans en avoir les moyens… Elle n’a pas fini d’en payer les conséquences.

Les stocks se reconstituent

Aujourd’hui le blocage du détroit d’Ormuz crée une nouvelle incertitude sur la possibilité de reconstituer les stocks de gaz cette année suffisamment rapidement et à des prix acceptables. Car l’Europe est sortie de l’hiver 2025-2026 avec des stocks de gaz épuisés, à leur plus bas niveau depuis quatre ans à seulement 27 % de leur capacité.

Cela dit, le processus de reconstitution se déroule plutôt bien en dépit du blocage du détroit d’Ormuz. Depuis le 1er avril, l’Europe a ajouté l’équivalent de 145 térawattheures de gaz à ses stocks, moins que les 166 térawattheures ajoutés au cours de la même période en 2025, mais plus que les 126 térawattheures de 2024. Problème, avec un niveau de départ aussi bas, il y a beaucoup de retard à rattraper. Au 1er juin, les sites de stockage n’étaient remplis qu’à 41%, contre une moyenne sur dix ans d’environ 53%.

Pour l’instant, les responsables européens ne s’inquiètent pas, ce qui ne veut pas dire grand-chose compte tenu de leur capacité récurrente à prendre leurs désirs pour la réalité… Plus sérieusement, les marchés non plus ne s’inquiètent pas. Les prix restent relativement bas ce qui est une bonne chose pour les consommateurs mais une moins bonne pour attirer des cargaisons tentées de partir en Asie et même pour modérer la demande industrielle. Bruxelles estime que les stocks de gaz pourraient se reconstituer à environ 80% de leur capacité avant le début de l’hiver prochain, selon le Groupe de coordination gazière de l’UE, un panel d’experts du secteur issus de la Commission européenne et des pays membres.

L’Asie peut remplacer le gaz par du charbon

Une prévision sans doute optimiste. D’autres experts estiment qu’au rythme actuel de remplissage, l’Europe n’atteindra que 70% de sa capacité d’ici l’hiver.  Si le détroit d’Ormuz rouvre dans les prochaines semaines, des livraisons supplémentaires de GNL disponibles sur le marché arriveront avant la fin de l’année, ce qui contribuera à remplir les réservoirs souterrains jusqu’à un niveau plus confortable, notamment en cas d’hiver rigoureux. Si l’Europe parvient à atteindre environ 75% de sa capacité, cela devrait suffire.

Et puis, le marché mondial du gaz se porte mieux qu’en 2021-2022, grâce à une vague de nouveaux équipements de production de GNL, notamment aux Etats-Unis, qui renforcent l’offre. La Chine, premier importateur du GNL qatari, et quelques autres acheteurs asiatiques peuvent ainsi aujourd’hui plus facilement amortir le choc que l’Europe il y a quatre ans. Et ils le font également en se tournant vers le charbon comme substitut au gaz.

La Chine absorbe environ 24% de l’ensemble des exportations de GNL qatari. L’Inde, le Pakistan et le Bangladesh en représentent ensemble 28% supplémentaires. Tous disposent d’importantes capacités de production à partir du charbon. Le Japon et la Corée du Sud se tournent également autant que possible vers le charbon, libérant ainsi davantage de cargaisons pour permettre aux Européens de reconstituer leurs stocks.

La production d’électricité européenne moins dépendante du gaz

L’Europe produit aussi aujourd’hui plus d’électricité à partir de l’énergie solaire et éolienne qu’il y a quatre ans, ce qui réduit la consommation de gaz quand il y a du vent et du soleil. La production nucléaire en France avait été limitée en 2022 et 2023 par le problème dit de corrosion sous contrainte. Il avait contraint à mettre à l’arrêt des dizaines de réacteurs pour maintenance mais a été surmonté et n’est plus qu’un souvenir. Enfin, les capacités de production hydroélectriques sont plus importantes qu’il y a quatre ans quand une sécheresse avait frappée l’Europe.

Si l’on rassemble tous ces éléments et à moins d’une reprise de la guerre en Iran, le pic des prix du gaz en Europe est sans doute déjà derrière nous. En mars dernier, les cours avaient brièvement atteint près de 75 euros par mégawattheure et les banques de Wall Street annonçaient que franchir le seuil des 100 euros par MWh était imminent. Il n’en a rien été. Les prix de référence du gaz ont oscillé depuis entre 50 et 40 euros le MWh.

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