Par stupidité, la France risque de perdre TotalEnergies. On peut, non sans raisons, avoir de sérieux griefs envers les compagnies pétrolières en général et TotalEnergies en particulier. Envers leur cynisme, leur capacité à travailler avec des régimes très problématiques, leur souci de l’environnement uniquement quand la pression politique et médiatique est forte. On peut aussi s’interroger sur la localisation des profits et donc des impôts payés par TotalEnergies. Et cela même s’il est évident que la compagnie, comme la plupart des multinationales françaises, ne réalise par ses bénéfices sur le territoire national. Pour les mêmes raisons, réglementaires et fiscales, qui font que la France est presque aujourd’hui l’un des pays les plus désindustrialisés d’Europe…
Mais tout cela ne justifie en aucun cas le « Total bashing » devenu un réflexe facile pour une partie du spectre politique relayé en permanence par les médias et les réseaux sociaux. Désigner un bouc émissaire à la hausse des prix de l’énergie et à la dépendance française (et planétaire) aux hydrocarbures est une vieille recette qui permet de mettre en avant sa vertu écologique. Mais cela ne règle aucun problème, n’apporte aucune solution et pourrait bien coûter très cher. Détruire l’ancienne économie avant d’avoir construit la nouvelle ne mène nulle part.
Le bal des hypocrites
Ceux qui jouent le théâtre du camp du bien contre le camp du mal et réclament pour demain la disparition du gaz et du pétrole vivent dans un monde qui n’existe pas. Ils font de la transition énergétique un bal des hypocrites. D’un côté, il y a la communication et les discours sur le verdissement des stratégies et des investissements, les normes et exigences des institutions européennes et des gouvernements, et de l’autre la réalité du monde énergétique qui fait qu’il est impossible de renoncer d’un coup de baguette magique aux énergies fossiles. Elles sont indispensables… à la transition. La production, le transport et l’installation des équipements indispensables à cette transition, panneaux solaires, batteries, éoliennes, électrolyseurs, pile à combustibles… ne peut pas se faire sans carburants fossiles.
Les énergies fossiles représentent encore aujourd’hui 80% de l’énergie primaire consommée dans le monde (60% en France) et vraisemblablement encore autour de 60% en 2050… si tout se passe bien. Les militants, les dirigeants politiques ne savent pas comment fonctionne le monde réel et ne veulent pas vraiment le savoir. Il ne peut se passer, par exemple, de ciment, de fer, de plastique et d’ammoniac… qui sont fabriqués avec des énergies fossiles. Sinon, plus de construction et d’infrastructures, plus de moyens de transport, plus de produits médicaux, plus d’engrais, plus d’alimentation…
Faire ce que le gouvernement ne fait pas
On peut aussi, pour une fois, faire preuve de lucidité et mesurer les avantages d’avoir en France une compagnie pétrolière parmi les plus puissantes au monde qui garantit au pays un approvisionnement stable en pétrole et en gaz et qui va même jusqu’à faire ce que le gouvernement est incapable de faire, réduire en cas de crise le prix des carburants à la pompe pour les Français. Elle permet aussi aux élus et aux gouvernements de combler les trous de leur gestion irresponsable du pays en ponctionnant une partie de ses super profits.
TotalEnergies fait partie du petit nombre des « supermajors », les cinq ou six groupes pétroliers et gaziers intégrés qui comprennent notamment ExxonMobil, Shell, BP et Chevron. Contrairement aux grandes compagnies nationales comme Saudi Aramco, Sinopec ou China National Petroleum, ils contrôlent à la fois l’extraction, le raffinage, la distribution et la vente d’énergie à l’échelle mondiale. TotalEnergies opère des champs en Angola, au Nigeria, en Irak, au Kazakhstan, au Qatar, en Arabie saoudite, en Australie, aux États-Unis, au Brésil. Il exploite plus de 15.000 stations-service dans le monde et est un acteur majeur du marché mondial du GNL (Gaz naturel liquéfié).
Les investisseurs français détiennent à peine 15% du capital
Le problème, c’est que la France risque sérieusement de perdre TotalEnergies après avoir perdu au cours des dernières décennies un nombre considérable de champions industriels à la grande joie des crypto marxistes qui continuent à pulluler dans les partis de gauche et dans les médias. Le résultat a été un appauvrissement du pays et des Français et la perte d’emplois qualifiés et bien rémunérés, de filières entières et de savoir-faire. Des pertes qui sont aujourd’hui irrattrapables. C’est ce qui se profile à l’horizon avec TotalEnergies.
D’abord, parce le capital de TotalEnergies est en train de se faire grignoter par les investisseurs américains… Les investisseurs institutionnels américains contrôlent aujourd’hui la majorité du capital (52%) de la compagnie et les investisseurs français en détiennent à peine 15%. Patrick Pouyanné, le Pdg de la société, a beau alerter depuis des années, cela se passe dans l’indifférence générale.
Les Américains et les Chinois ne sont pas prêts de brader leurs champions pétroliers
Il y a deux ans, Patrick Pouyanné avait provoqué un tollé et même une réaction publique outragée d’Emmanuel Macron en expliquant réfléchir à une cotation principale de TotalEnergies à la Bourse de New York et en évoquant la montée en puissance de son actionnariat institutionnel nord-américain moins contraint que les investisseurs européens par les règles de l’investissement durable et socialement responsable. Dans un entretien donné à l’agence Bloomberg, Patrick Pouyanné avait précisé alors que le siège social de la compagnie resterait à Paris.
Force est de constater que le constat fait il y a deux ans est toujours le même. Les investisseurs institutionnels européens et Français se désengagent du capital de TotalEnergies parce que les lois européennes votées sur les fonds ESG les ont détourné du secteur des hydrocarbures. Nos grands concurrents américains et chinois ne sont pas prêts eux à brader leurs fleurons énergétiques aux investisseurs étrangers… Nous faisons de la morale et en sommes fiers tandis qu’ils font de la géopolitique et de l’économie.
Patrick Pouyanné soulignait le 15 juin dernier dans le Figaro que « le débat politique quand il nous concerne est parfois exacerbé et outrancier. C’est dommage. Ce qui me choque le plus, et je parle au nom de nos 35.000 salariés français, c’est quand j’entends que nos bénéfices tombent du ciel, que nous n’avons rien à faire pour les encaisser. C’est ne rien connaître à notre métier et aux efforts faits par nos 100.000 collaborateurs… ». On ne peut pas vraiment lui donner tort.













