<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Pourquoi la souveraineté est devenue le meilleur argument en faveur de la transition

25 juin 2026

Temps de lecture : 6 minutes
Photo : Navires d'attaques des Gardiens de la Révolution Détroit d'Ormuz Wikimedia Commons
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Pourquoi la souveraineté est devenue le meilleur argument en faveur de la transition

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Le mouvement climatique construit sur le catastrophisme annoncé et la mondialisation des solutions a échoué. Mais dans un monde qui a beaucoup changé depuis l’Accord de Paris de 2015, électrifier les économies et réduire leur dépendance aux hydrocarbures importés est plus une question évidente d’intérêt national qu’un acte d’idéalisme. Par Léon Thau. Article paru dans le numéro 29 du magazine Transitions & Energies.

Vous souvenez vous de l’enthousiasme qui avait salué il y a un peu plus de dix ans le fameux Accord de Paris. Il était présenté comme une avancée majeure dans le combat contre le changement climatique. La France se glorifiait d’un immense succès diplomatique. Presque tous les pays s’étaient engagés à prendre des mesures drastiques pour limiter à 1,5 degrés ou au pire 2 degrés Celsius l’augmentation des températures d’ici la fin du siècle par rapport aux niveaux pré-industriels.

Les politiques occidentaux, les activistes, les médias étaient presque unanimes. Si les émissions de carbone n’étaient pas réduites considérablement d’ici 2030, cela aurait des conséquences apocalyptiques, l’existence même de l’humanité était en jeu.

La question du climat était devenue centrale et essentielle. Des termes comme Net Zéro émissions, empreinte carbone, croissance verte, renouvelables intermittents, électrification, décroissance… sont entrés dans le langage courant. Ils ont justifié une multitude de décisions, de financements, de subventions, de réglementations, de taxes, de contraintes, d’interdictions, de projets de développements de filières industrielles et de technologies. Greta Thunberg, à l’échelle planétaire, et Nicolas Hulot, à l’échelle française, ont incarné la grande peur climatique et environnementale et la mauvaise conscience. Souvenez-vous de la mode de la « honte de prendre l’avion » venue de Suède.

Le monde a beaucoup changé

Et puis très vite, la crise climatique est passée au second plan. Ce qu’illustre parfaitement la célèbre citation de Lénine : « Il y a des décennies où rien ne se passe ; et il y a des semaines où des décennies se succèdent. » En France, dès novembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes est venu rappeler que la « fin du mois » pouvait prendre le pas sur la « fin du monde ». On ne ferait pas la transition en rendant l’énergie de moins en moins abondante et de moins en moins abordable pour les populations. En 2020, la pandémie de Covid-19 a fait passer la priorité à sauver des vies plutôt que de sauver la planète. Moins de deux années plus tard, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué une crise énergétique majeure. Soudain, la panique s’est emparée des gouvernements et des institutions supranationales, notamment européennes. La nécessité de se procurer à n’importe quel prix et par n’importe quel moyen du gaz et de l’électricité pour faire tourner l’économie et se chauffer est devenue la priorité absolue.

La souveraineté énergétique et la sécurité d’approvisionnement qui étaient devenues des gros mots sont redevenues soudain des questions majeures. À tel point que le second retrait des États-Unis de l’Accord de Paris après la réélection de Donald Trump a été un non-événement accueilli dans une totale indifférence. Tout comme d’ailleurs, l’appel l’an dernier de la COP30 au Brésil à se passer des combustibles fossiles.

Entretemps, le 7 octobre 2023, la guerre d’Israël contre le Hamas, le Hezbollah, la République islamique d’Iran et la guerre commerciale tous azimuts de l’administration Trump ont illustré la fin des illusions sur un monde pacifié et uni dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le dernier coup, fatal, a été celui cette année de la reprise de la guerre contre l’Iran des mollahs avec cette fois l’engagement total des États-Unis et l’utilisation par Téhéran, avec une grande efficacité, de l’arme énergétique et du blocage du détroit d’Ormuz.

Apocalypse ou souveraineté ?

On peut légitimement se demander, dix ans plus tard, si l’Accord de Paris a servi à quoi que ce soit. Les émissions mondiales de CO₂ issues des fossiles sont aujourd’hui d’environ 5 % plus élevées qu’au moment de la signature de l’accord. Les plans nationaux existants de réduction des émissions ne devraient permettre de les réduire de plus de 12 % d’ici 2035… si tout se passe bien. Une réalité qu’on peut nuancer en considérant que le rythme de croissance des émissions a bien ralenti. L’amélioration de l’efficacité énergétique, les renouvelables, les véhicules électriques peuvent l’expliquer. Mais les émissions continuent tout de même à augmenter.

En face, les discours catastrophistes des activistes passent de moins en moins bien au-delà de la base militante. En fait, ils ont attiré l’attention dans un premier temps mais fondamentalement incitent plus au fatalisme qu’à l’action. Si la catastrophe est inévitable, l’attitude rationnelle consiste à cesser de se donner du mal. L’escalade permanente du langage apocalyptique écologiste a fini par lui nuire.

Ce n’est pas ou plus l’argument le plus pertinent pour sensibiliser et mobiliser à la transition. Celui de la souveraineté et de la sécurité d’approvisionnement l’est bien plus. Pour les pays qui n’ont pas de ressources abondantes de combustibles fossiles, réduire leur dépendance aux hydrocarbures importés n’est pas un acte d’idéalisme, mais une question évidente d’intérêt national.

L’impact de l’invasion de l’Ukraine et de la fermeture du détroit d’Ormuz sur l’Europe et la volatilité générale des marchés énergétiques mondiaux ces dernières années illustrent le coût d’un modèle industriel construit sur les combustibles fossiles importés.

Catastrophisme et mondialisme

L’une des raisons pour laquelle le programme climatique a largement échoué tient à la façon dont il a été orchestré dès le début. Lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992, la COP a été définie par le catastrophisme et le mondialisme.

Le catastrophisme n’a rien de nouveau sous le soleil. Il est ancré dans nos traditions religieuses millénaires apocalyptiques et a resurgi avec force et vigueur avec la naissance du mouvement écologiste politique au début des années 1970. La thèse récente simple voire simpliste a indéniablement une dimension quasi religieuse. Pour elle, le véritable ennemi de l’humanité, c’est l’humanité elle-même et ses péchés, notamment le capitalisme et la croissance économique et démographique sans frein. Mais si exiger des sacrifices pour sauver l’humanité et la planète peut être séduisant, notamment pour une jeunesse en mal d’idéal, cela se traduit difficilement dans la réalité et n’emporte pas l’adhésion d’une grande majorité des populations.

La mondialisation du mouvement climatique s’est révélée tout aussi problématique. Car si le réchauffement est bien un problème planétaire, vouloir l’aborder via une nouvelle gouvernance mondiale n’ayant aucune légitimité et proximité l’éloigne encore plus des populations. Les militants qui ont investi les organisations climatiques sont pour la plupart fondamentalement hostiles aux États-nations.

Une bureaucratie hors-sol

L’architecture institutionnelle qui a été construite est une calamité. Un vaste système bureaucratique – agences onusiennes, multiples directions de l’UE, ONG, cabinets de conseil, groupes de réflexion – s’est constitué avec comme logique première, celle de perpétuer et dramatiser « l’urgence climatique » pour justifier son existence. Il est venu faire la leçon tous les ans aux dirigeants de ce monde en leur expliquant ce qu’ils doivent faire impérativement et urgemment… Tout en ayant des compétences économiques, financières, technologiques et sociales limitées.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée en 1992, a ainsi mis en place un appareil de négociation permanent dont l’utilité est proche de zéro. Chaque année, des milliers de diplomates, de fonctionnaires et de représentants d’ONG se réunissent pour « évaluer les progrès », sermonner et propager la bonne parole.

L’Union européenne, le modèle à ne pas suivre

L’exemple donné par l’Union européenne (UE) est édifiant. Au cours des dix dernières années, les institutions européennes, à commencer par la Commission, ont mené la charge mondiale pour atteindre le fameux « zéro émission nette » d’ici 2050. L’UE se voulait être le modèle que le monde allait suivre selon les propres mots d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission.

L’Europe a bien réussi à augmenter la part des renouvelables dans sa consommation d’énergie primaire : de 17 % en 2014 à environ 25 % aujourd’hui. Mais cette évolution s’est accompagnée d’une dépendance croissante aux combustibles fossiles importés… La production de gaz et de pétrole en mer du Nord a diminué ; la capacité nucléaire a été progressivement réduite, notamment totalement en Allemagne ; le gaz naturel a été considéré comme le combustible « de transition » indispensable pour tenter d’équilibrer des réseaux alimentés par les renouvelables intermittents éoliens et solaires.

Résultat, la dépendance de l’UE aux importations d’énergie a augmenté, passant d’environ 54 % de l’énergie brute disponible en 2014 à 58 % aujourd’hui, avec un pic à 63 % en 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et tout cela en dépit d’une baisse sensible de la consommation d’énergie résultant de progrès en matière d’efficacité énergétique mais surtout de la désindustrialisation et de la stagnation de l’activité économique.

La Chine ne veut pas « sauver la planète », seulement défendre son intérêt national

Pas étonnant si la question de la transition énergétique est devenue secondaire dans les programmes politiques. Il n’est plus possible de défendre une politique aussi déconnectée des intérêts stratégiques de l’Europe et de ceux immédiats des populations. Le problème est que les institutions européennes ne sont pas outillées pour penser de manière stratégique et géopolitique. Au contraire, par exemple, de la Chine qui a adopté depuis des années l’approche alternative la plus cohérente à celle de l’Europe.

Les investissements de la République populaire dans les renouvelables ont dépassé de loin ceux de tous les autres pays. En 2024, elle a dépensé plus de 800 milliards de dollars pour sa transition énergétique, plus du double de n’importe quelle autre économie et l’équivalent de 31 % du total mondial des investissements dans les énergies bas-carbone. Cette année-là seulement, plus d’éoliennes et de panneaux solaires ont été installés en Chine que dans le reste du monde réuni. Elle l’a fait sans grandes déclarations moralisantes. Elle ne l’a pas fait pour « sauver la planète », mais parce que cela est dans son intérêt national.

L’électrification est le moyen de la souveraineté énergétique chinoise et de la réduction de la dépendance à des chaînes d’approvisionnement fossiles incontrôlées et incontrôlables. Pékin se protège des chocs extérieurs sur les marchés du pétrole et du gaz avec l’électrification via les renouvelables, éolien, solaire mais aussi hydraulique, et avec le nucléaire et… le charbon qui existe en abondance dans son sous-sol.

En dépit d’une augmentation massive de sa consommation d’énergie au cours de la dernière décennie, la dépendance de la Chine aux importations d’énergie est restée stable à environ 20 %. Une performance.

Savoir tirer les leçons de l’échec

L’Accord de Paris montre ce qu’il ne faut surtout pas faire pour réussir la transition. Elle n’a pas besoin d’être motivée par le catastrophisme et l’idéalisme climatique. Elle est une nécessité pour tout pays soucieux de son indépendance, de sa souveraineté, de sa sécurité, de sa résilience économique et de la prospérité de sa population. La dépendance aux importations de combustibles fossiles est devenue ingérable dans un monde où les rapports de force, notamment militaires, ont pris totalement le pas sur l’ordre hérité de la Seconde Guerre mondiale.

Reste à savoir si les gouvernements occidentaux et plus particulièrement européens seront capables de se défaire du fatras idéologique des COP, des discours grandiloquents et creux et de promouvoir une approche de la transition énergétique motivée tout simplement par l’intérêt national bien compris. Pour l’instant, les signes ne sont pas encourageants, surtout en France…

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