Renouvelables intermittents : la CRE fait de la politique et… de la désinformation

11 septembre 2026

Temps de lecture : 6 minutes
Photo : Emmanuelle Wargon au Sénat Copie d'écran
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Renouvelables intermittents : la CRE fait de la politique et… de la désinformation

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En mission à la veille de la campagne présidentielle pour tenter de faire taire les critiques contre la politique énergétique suivie par le pays depuis des années et plus particulièrement celle du gouvernement Lecornu, la CRE (Commission de régulation de l'énergie) et sa Présidente Emmanuelle Wargon se sont livrés à un exercice périlleux sous la forme d’un rapport intitulé « Economie du système électrique hexagonal ». Il véhicule un message, repris en cœur par la plupart des médias, selon lequel le développement massif des renouvelables intermittents est tout bénéfice pour le consommateur. Mais entre l’affirmer et le démontrer, il y a une marge. Cela se traduit dans le rapport, qu’il a fallu un an pour publier, par des contradictions, des incohérences et des raisonnements non étayés… Les données fondamentales utilisées sont justes, leur exploitation est biaisée. La CRE a produit une analyse politique, pas scientifique. La méthodologie comme les hypothèses retenues ont été choisies pour parvenir à la conclusion voulue. La réputation et la crédibilité de la CRE et de sa Présidente ne vont pas y gagner…

Cela n’aurait pas dû être une surprise. Mais on espère toujours un sursaut d’honnêteté quand il s’agit de défendre l’intérêt général. Cela n’a pas été vraiment le cas avec le dernier rapport de la CRE (Commission de régulation de l’énergie), une autorité administrative théoriquement indépendante. Il est intitulé « Economie du système électrique hexagonal ». Une question dont la CRE s’est auto saisie il y a un an et qui rend ses conclusions publiques à la veille de la campagne présidentielle. Il s’agissait soit disant de « démêler le vrai du faux », et surtout de tenter de faire taire les critiques de la politique énergétique du pays en général et de celle du gouvernement Lecornu en particulier.

Ce dernier, rappelons-le, est passé en force cette année pour promulguer par décret la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie) et pour lancer dans la précipitation cet été des appels d’offre pour 10 GW de parcs éoliens en mer (A.O.10) afin de rendre les choses irréversibles avant l’élection présidentielle.

Il s’agissait donc pour la CRE et pour sa Présidente Emmanuelle Wargon de légitimer la poursuite des investissements massifs dans les renouvelables intermittents financés par le contribuable via les subventions publiques et par le consommateur, via les accises et le TURPE (Tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité) qui figurent sur sa facture. La part du TURPE dans la facture d’électricité ne cesse d’augmenter et en représente un tiers aujourd’hui. Elle ne peut que continuer de croître avec ce que la PPE3 prévoit. Rappelons que ses investissements sont aujourd’hui inutiles pour un pays qui produit en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95% qui en exporte à tour de bras à n’importe quel prix et qui est contraint de moduler sans cesse la puissance de son parc nucléaire, ce qui pose de sérieux problèmes économiques et techniques, pour faire la place aux renouvelables intermittents prioritaires sur le réseau. EDF a publié en février un rapport sur le coût que représente la modulation nucléaire contrainte qui a été sérieusement caviardé sous la pression du gouvernement Lecornu… Et cette modulation ne cesse de devenir plus importante. Au cœur de l’été, un directeur de centrale nucléaire confiait qu’il devait ajuster la puissance de ses réacteurs toutes les 20 minutes… Ils ne sont pas du tout conçus pour cela.

Une analyse politique, pas scientifique

Pour en revenir à la CRE, elle s’est donc livrée à un exercice singulier. Il a consisté à utiliser la publication d’un rapport sur l’économie du système électrique du pays pour affirmer haut et fort que le développement massif des renouvelables intermittents est tout bénéfice pour le consommateur et ensuite… pour tenter laborieusement de le démontrer. Cela se traduit par des incohérences, des contradictions et des raisonnements non étayés.

Pour résumer, les données fondamentales utilisées par le rapport sont justes, leur exploitation est biaisée. La méthodologie et les hypothèses ont été choisies délibérément pour parvenir à la conclusion voulue. Les biais sont nombreux. Ils concernent notamment les périmètres retenus pour évaluer les coûts (ce qui est compté / ce qui ne l’est pas), les multiples hypothèses (exportations d’électricité, disponibilités des équipements, coûts complets) et même les modèles utilisés (ACV, Antarès, facture « théorique »). La CRE a produit une analyse politique, certainement pas scientifique.

Flagrant délit de désinformation

Mais le message politique est bien passé comme le montre, par exemple, Le Figaro qui reprend sans sourciller les chiffres du rapport de la CRE sans même s’interroger sur leur cohérence et l’oubli de nombreux coûts associés au développement des renouvelables intermittents. La citation d’Emmanuelle Wargon reprise dans le titre d’un article publié par la Tribune en date du 10 septembre est encore plus incroyable : « Plus on installe d’énergies renouvelables, plus on rend du pouvoir d’achat aux consommateurs ». Ce qui est tout simplement faux.

On peut vraiment parler de désinformation. Il existe une corrélation, démontrée en France, entre le développement des renouvelables intermittents et l’augmentation depuis 15 ans des factures d’électricité, pas du prix moyen de l’électricité qui ne sont pas la même chose. Tout simplement, parce que payé par le contribuable et le consommateur, le véritable coût complet (tout compris) de l’électricité produite par les parcs éoliens et solaires est très sensiblement supérieur à celui de l’électricité produite par des centrales nucléaire et hydraulique amorties depuis de nombreuses années. Illustration, une simulation effectuée par Selectra montre que la facture annuelle d’électricité payée par un pavillon de 4 personnes qui se chauffe à l’électricité et a le tarif bleu d’EDF a augmenté de 27% entre 2020 et 2026.

Le rapport n’arrive pas à masquer toutes ses contradictions

Ce ne sont évidemment pas les conclusions du rapport de la CRE. « La CRE estime que le développement du parc entre 2020 et 2025 a permis de diminuer les prix de marché d’environ 20 €/MWh comparativement à 2020, au bénéfice des consommateurs, mais au détriment des producteurs non soutenus et du budget de l’Etat. D’autre part, ce développement a engendré une augmentation des coûts complets du système, dans une proportion limitée, à hauteur de 5%, au travers notamment de la hausse des coûts complets des EnR, majoritairement supportée par l’Etat et d’un accroissement des coûts de réseaux », peut-on lire dans le communiqué de l’institution. Une « estimation » qui n’est pas vraiment justifiée. Mais elle n’a qu’une seule vocation, être reprise par les médias et tenter de clore le débat sur les renouvelables intermittents (EnR). Rappelons que pour le seul appel d’offre pour 10 GW de parcs éoliens marins, la Commission européenne a évalué son coût pour l’Etat français à un maximum de 63 milliards d’euros sur 25 ans. Il est évalué à 30 milliards d’euros par la PPE3

Cela dit, le rapport n’arrive pas à masquer toutes les contradictions. Il laisse transparaître parfois le caractère inutile et coûteux des EnR. Ainsi, page 49 : « Le système électrique actuel est donc plus coûteux pour la collectivité à consommation identique qu’un parc sans les EnR développées ces cinq dernières années ». Plus flagrant encore dans le communiqué : « Ainsi, à long terme, une augmentation du parc EnR au-delà de 50% de la puissance installée, en ordre de grandeur, à fin 2025, accompagnée d’une stagnation de la consommation sur plusieurs années, ne serait probablement pas soutenable ». Cela pose un léger problème… La PPE3 nous emmène largement au-dessus des 50% de puissance installée par les renouvelables intermittents. La CRE milite-t-elle pour un abandon de la PPE3 ou un moratoire sur le développement des EnR ?

Une construction théorique avec un retraitement systématique des données réelles

La CRE a chiffré le coût complet du système électrique. Toujours avec de sérieuses interrogations sur la méthodologie, il s’établirait à 55,9 milliards d’euros, dont 21,5 milliards pour le nucléaire et 12,6 milliards pour les énergies renouvelables. « Il s’agit des charges nécessaires à l’existence et au maintien de ces énergies : les coûts d’investissement, les coûts de financement, les coûts d’exploitation – RH, matières premières, démantèlement – et non des coûts annexes comme les coûts de commercialisation », explique Emmanuelle Wargon.

Sauf que la CRE explique elle-même que les coûts complets sont construits à partir de briques hétérogènes, retraitées pour correspondre à son propre cadre méthodologique. Elle précise que : « Certains postes de charges et de recettes sont retraités […] afin de représenter les coûts complets et non le revenu autorisé des gestionnaires de réseaux. » Ainsi, « les recettes de raccordement et subvention […] sont retraitées. » De la même façon, la CRE reconnaît que sa modélisation de la facture du consommateur est : « une modélisation théorique […] qui ne reflète pas exactement la facture réelle des consommateurs. » C’est une sérieuse faille quand on clame que le consommateur est le grand bénéficiaire des renouvelables intermittents. En résumé, c’est un rapport qui ne modélise pas les coûts complets réels, qui ne reflète pas les comportements réels des acteurs et qui ne prend pas en compte les limites physiques du système électrique.

Tour de passe-passe

Et tout cela pour parvenir au chiffre de 20 €/MWh d’économie réalisé par les consommateurs grâce aux EnR dont on mesure rapidement qu’il s’agit d’un tour de passe-passe. Le prix moyen de l’électricité en France a bien baissé au cours des six dernières années. C’est un fait. Mais sa traduction dans la facture payée par les consommateurs existe plus dans le modèle théorique de la CRE que dans la réalité. Les 20 euros par MWh en question représentent, pour une consommation annuelle de 450 TWh, un total de l’ordre de 9 milliards d’euros par an. Admettons qu’ils existent. Ils ne seraient donc pas payés par les consommateurs mais ils le sont bien par quelqu’un… Il s’agit d’ailleurs exactement du coût pour le budget de l’Etat du développement des EnR à raison de la CSPE, 6,2 Mds d’euros et du surcoût de 5% calculé par la CRE (5% du coût complet de 55,9 Mds €, soit 2,795 Mds €).

On pourrait conclure, qu’il s’agit finalement d’un jeu à somme nulle et que le contribuable finance le consommateur. Ce qui est faux quand on prend en compte le véritable coût complet des EnR. Car il faut alors comptabiliser le développement et la modernisation du réseau, le coût pour EDF de la modulation de son parc nucléaire et l’impact de l’augmentation exponentielle du nombre d’heures avec des prix négatif ou nul sur le marché de gros de l’électricité du fait de l’avalanche en été, notamment en milieu de journée, d’une production solaire incontrôlable.

Sur ce dernier point et contrairement à ce que pensent les esprits simples, le consommateur n’en profite pas du tout. Ses épisodes n’ont aucun impact sur sa facture car quand il n’y a plus de soleil et pas de vent, les prix s’envolent. Et il faut alors redémarrer en urgence des centrales pilotables, hydrauliques, nucléaires et à gaz. Les centaines d’heures à prix négatifs ou nuls de l’électricité sur le marché de gros pèsent justement sur la rentabilité de tous les équipements qui ne sont pas EnR et lourdement sur le budget de l’Etat qui finance les prix garantis aux exploitants d’EnR quelles que soient les conditions de marché et le niveau de la demande… Rappelons qu’EDF qui détient presque la totalité des moyens de production pilotables est une entreprise publique à 100% et que la grande majorité des exploitants de parcs éoliens et solaires sont privés. La politique énergétique du gouvernement revient donc à privatiser la production d’électricité à coups de subventions et à privatiser les bénéfices et nationaliser les pertes… Mais à en croire Emmanuelle Wargon, le consommateur ne peut que s’en féliciter.

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