Il existe aujourd’hui pas moins de cinq projets en cours dans le monde pour tester la faisabilité d’une technologie consistant à récupérer la chaleur de volcans sous-marins pour la transformer en électricité. Le dernier en date est mené par une startup de Seattle, Endurance Energy. En septembre, elle va déployer un générateur géothermique de 100 kilowatts sur un fond marin au large des côtes de l’Oregon, où se trouve un évent hydrothermal qui atteint des températures allant jusqu’à 400 degrés Celsius.
La géothermie suscite, et c’est heureux, une attention renouvelée un peu partout dans le monde depuis plusieurs années parce que les calories qui se trouvent sous nos pieds sont une source d’énergie inépuisable, renouvelable, décarbonée, non intermittente et capable en théorie de répondre à tous les besoins de l’humanité. Mais faut-il encore aller les chercher et dans des conditions technologies et économiques acceptables.
Géothermie de surface et géothermie de grande profondeur
Pour ce qui est de la géothermie de surface avec des sondes géothermiques et de la géothermie de moyenne profondeur avec des doublets permettant d’alimenter des réseaux de chaleur urbains et industriels, cela fonctionne depuis des décennies. Les technologies sont éprouvées et les modèles économiques testés. Les calories du sous-sol permettent de chauffer et de refroidir (via des pompes à chaleur) des bâtiments et des logements et de répondre à des besoins industriels ou agricoles. Ils se heurtent néanmoins à deux écueils. L’investissement initial est important même si la rentabilité est toujours au rendez-vous après quelques années. Et surtout, la géothermie ne bénéficie pas de la puissance des lobby des producteurs d’électricité et des fournisseurs de gaz.
En contrepartie, la géothermie bénéficie d’un avantage rare. C’est l’une des rares formes d’énergie décarbonée qui bénéficie d’un large soutien politique et de l’opinion, ce qui peut la rendre attractive pour les investisseurs qui, autrement, pourraient s’inquiéter de la pérennité de leurs investissements.
Maintenant, il existe aussi une autre géothermie plus ambitieuse. C’est la géothermie dite de grande profondeur qui consiste à fabriquer de l’électricité en grande quantité en allant chercher des températures élevées dans le sous-sol, dans des réservoirs d’eau ou à proximité de volcans et d’activités volcanique. Dans ce dernier cas, on est souvent aujourd’hui dans le domaine de l’utopie.
Regain d’intérêt et afflux de capitaux
L’une de ses utopies consiste à utiliser l’énergie colossale dégagée par les volcans, que ce soit sur terre (il y a un projet en Islande) et donc dans les océans. Et cette idée bénéficie de l’intérêt de chercheurs et aussi d’investisseurs.
Le problème est que, historiquement, la géothermie permettant de produire de l’électricité n’a été viable que dans des zones géographiques restreintes où la chaleur du noyau terrestre remonte à la surface, comme au niveau des geysers ou de certaines failles géologiques. Ce n’est pas une idée nouvelle — d’autres entreprises et chercheurs à travers le monde étudient cette possibilité depuis des années —, mais un regain d’intérêt et un afflux de capitaux pourraient faire basculer cette technologie du stade de la recherche scientifique à celui de réalité commerciale.
Le secteur privé, porté par les géants de la technologie, s’intéresse ainsi à la géothermie pour couvrir ses propres besoins énergétiques. La montée en flèche des prévisions de demande d’énergie, stimulée par l’essor de l’intelligence artificielle, dope les investissements en provenance de Wall Street et, surtout, de la Silicon Valley. Selon un rapport récent du Rhodium Group — cabinet de recherche et groupe de réflexion basé à New York —, la géothermie pourrait à elle seule répondre, en théorie, à près de 64 % de la croissance attendue de la demande énergétique des centres de données dès le début des années 2030, à condition que le secteur connaisse une montée en puissance rapide.
Géothermie sous-marine et géothermie « améliorée »
Pour ce qui est du développement de la géothermie sous-marine, il restera, dans la quasi-totalité des cas, plus coûteux qu’un développement terrestre. Mais il offre certains avantages liés à son éloignement des zones habitées. La concurrence pour l’usage des sols et les oppositions locales ne devraient pas exister. Ce sont aujourd’hui des obstacles majeurs aux projets de construction d’’équipements énergétiques, quels qu’ils soient. Cela dit, si l’énergie issue des volcans sous-marins pourrait un jour fournir des ressources énergétiques décarbonées aux villes et aux industries côtières, cette possibilité reste géographiquement limitée.
Maintenant, la géothermie profonde a un autre axe de développement. Utiliser les techniques de forage avancées empruntées à l’industrie des combustibles fossiles. Elle permet aux entreprises de géothermie de forer profondément dans le sol pour exploiter la chaleur rayonnant du noyau terrestre presque partout à la surface de la planète. Ces projets de « géothermie améliorée » se multiplient même s’il reste encore beaucoup de chemin avant qu’ils ne deviennent commercialement compétitifs.
Aux Etats-Unis, l’administration Trump, convaincue par les groupes pétroliers, apporte un soutien majeur aux projets géothermiques. Le département de l’Énergie des États-Unis estime que les technologies de géothermie améliorée pourraient alimenter 65 millions de foyers à travers le pays d’ici le milieu du siècle.













