La politique énergétique de l’Union Européenne (UE) est dans une impasse. Elle ne parvient plus à surmonter les contradictions accumulées au fil des années. Elle n’atteint pas des objectifs de décarbonation de plus en plus ambitieux et de plus en plus irréalistes. Elle n’a cessé d’appauvrir les pays de l’Union avec une envolée des prix de l’énergie qui pèse sur le pouvoir d’achat des populations et se traduit par une désindustrialisation accélérée.
C’est une politique à la fois incohérente et dogmatique. L’Europe est fortement dépendante des importations d’hydrocarbures, gaz et pétrole, pour environ 55% de ses besoins énergétiques. Mais elle n’entend pas, pour des raisons environnementales, en produire plus par elle-même tout en disposant de ressources abondantes dans son sous-sol, notamment de gaz et de pétrole de schiste. Elle affronte les crises énergétiques qui se succèdent dans un état total d’impréparation. Les réserves de gaz sont aujourd’hui, et pour cette période de l’année, à un niveau très bas. Il faut vraiment souhaiter que l’hiver ne soit pas trop rigoureux…
Une électrification menée en dépit du bon sens
Compte tenu des différentes contraintes qu’elle s’est imposée, l’Europe a donc fait le choix, logique cette fois, de l’électrification des usages, notamment dans les transports, l’industrie et le chauffage et la climatisation des bâtiments. Mais sans pour autant s’en donner vraiment les moyens et en rendant les choses presque impossibles. En faisant depuis dix ans des renouvelables intermittents une absolue priorité et en les subventionnant massivement, car ils ne sont pas compétitifs, et en leur donnant la priorité sur les réseaux, elle a fait s’envoler les prix de l’électricité. Il a fallu et il faut encore dépenser des centaines de milliards par les gouvernements et les consommateurs pour construire et exploiter les parcs éoliens et solaires, mais aussi pour stabiliser, renforcer et adapter les réseaux électriques. Et dans le même temps, se pose de plus en plus le problème du modèle économique des moyens de production pilotables (hydraulique, nucléaire, gaz) indispensables quand il n’y a pas de vent et de soleil. Mais qui sont appelés au gré des fluctuation météorologiques, l’ensoleillement et le niveau des vents.
Et cette situation n’est pas prête de changer car le facteur de charge des éoliennes et des panneaux photovoltaïques est faible, 22% à 25% en moyenne pour les éoliennes terrestres en France (moins de 16% au cours des trois derniers mois), 35% à 40% en moyenne pour les éoliennes marines et entre 13% et 15% pour les panneaux solaires… Cela signifie que quelle que soit les capacités installées éoliennes et solaires, elles sont soumises à la météorologie et ne produisent pas quand les conditions sont défavorables.
Maîtriser le prix de l’électricité
Autre évidence, on ne pourra pas électrifier rapidement et massivement les usages si l’électricité coûte trop cher. C’est une équation économique qui n’est pas vraiment difficile à comprendre, sauf pour les technocrates de la Commission européenne. Mais pour limiter l’impact de l’intermittence de l’éolien et du solaire, la Commission a décidé de limiter le problème en lançant un programme massif de stockage de l’électricité. Mais il ne réglera le problème de l’intermittence qu’à la marge, compte tenu de l’échelle des besoins en électricité d’une agglomération, d’une région ou d’un pays. Et il contribuera à augmenter encore fortement le coût et donc le prix de l’électricité. Il affaiblira aussi encore un peu plus la rentabilité des moyens pilotables qui resteront indispensables.
Et il ne contribuera pas, loin de là, à renforcer la stabilité des réseaux électriques. Cette dernière dépend notamment de l’inertie électromécanique des gigantesques turbines des centrales hydrauliques, nucléaires, thermiques qui permet de contrôler les variations de fréquence et de tension des réseaux. Cette inertie n’est pas assurée par les éoliennes, les panneaux solaires… et les batteries de stockage. Le blackout meurtrier du 28 avril 2025 en Espagne et au Portugal en a fait la démonstration.
Priorité européenne au stockage
Tout cela n’a pas empêché les dirigeants européens de faire du stockage de l’électricité la priorité pour assurer la sécurité énergétique et la stabilité géopolitique du continent. Rien que cela… Il y a trois mois, les ministres de l’Énergie ont signé un accord historique visant à tripler la capacité de stockage d’énergie de l’Union européenne, en commençant par l’ajout d’environ 30 à 35 gigawattheures (GWh) de nouvelles capacités d’ici 2028. Les capacités de stockage devraient alors permettre en théorie de couvrir environ 10% de la demande de pointe contre environ 5% en 2025. L’UE ne dispose que de 55 GW de capacité de stockage installée, un volume dérisoire comparé aux quelque 200 GW dont elle aura besoin d’ici 2030.
Mais avec quelles technologies ? Les batteries lithium-ion dominent le secteur du stockage d’énergie à l’échelle mondiale, après l’hydraulique. Mais elles présentent des inconvénients, notamment le fait qu’elles ne peuvent conserver l’énergie que pendant une durée relativement courte et qu’elles sont chères. L’équilibrage de l’offre et de la demande d’énergie nécessite des batteries avec d’autres technologies moins coûteuses et permettant le stockage à long terme, lesquelles sont encore au stade du développement…














