<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> La face sombre du modèle énergétique chinois

25 août 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Mine de charbon de Dahaize dans la province du Shaanxi Wikimedia Commons
Abonnement Conflits
Abonnement Conflits

La face sombre du modèle énergétique chinois

par

Contrairement à un discours fréquent et étonnamment naïf, la Chine n’est pas le modèle de la transition énergétique et encore moins de la décarbonation. Sa seule logique est celle de la souveraineté et de la domination économique et technologique des filières industrielles liées à la transition. La preuve en est apportée par le rôle essentiel et même grandissant du charbon dans l’économie chinoise. La Chine a ainsi décidé de produire massivement du gaz avec du charbon pour être moins dépendante des importations de GNL (Gaz naturel liquéfié).

La Chine communiste bénéficie d’une mansuétude assez stupéfiante de la part de nombreuses organisations internationales et groupes militants qui réclament à cor et à cris une accélération de la transition énergétique. Au point d’en être devenue le modèle à suivre et même pour certains ayant des arrière-pensées politiques douteuses la preuve que les régimes autoritaires sont plus performants que les démocraties… Ce greenwashing (écoblanchiment) de la Chine est une imposture.

L’usine du monde domine certes presque toutes les filières de la transition énergétique, des panneaux solaires aux batteries en passant par les véhicules électriques, les composants pour éoliennes et le raffinage de la quasi-totalité des métaux et minéraux stratégiques. Elle est aussi en passe de devenir le numéro un mondial du nucléaire civil, mais au-delà des discours la décarbonation n’est pas vraiment sa priorité.

Une stratégie énergétique limpide dont la priorité absolue est la souveraineté

Si elle installe sur son sol chaque année plus de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes que le reste du monde, si son marché automobile passe massivement à l’électrique c’est pour répondre à ses besoins insatiables d’énergie, pour écouler les gigantesques surplus de son industrie et pour réduire la pollution atmosphérique qui avait rendu ses métropoles irrespirables. Si elle lance des projets tous azimuts allant d’un barrage hydroélectrique titanesque au Tibet et de développement de réacteurs nucléaires de nouvelles générations, c’est dans une logique de souveraineté énergétique et technologique. Le barrage de Motuo sera une catastrophe environnementale.

La Chine a une stratégie énergétique limpide et entend devenir et rester la puissance électrique mondiale dominante, ce qu’elle est déjà, car contrairement aux Etats-Unis et à la Russie, elle n’a pas les ressources en hydrocarbures pour être auto-suffisante, loin de là. Elle est le premier importateur mondial de pétrole.

Le charbon généra dans le monde cette année 77% d’électricité de plus que l’éolien et le solaire combinés

En revanche, la Chine possède dans son sol des ressources en charbon considérables et compte bien continuer à les exploiter massivement. Cela permet de mesurer la stratégie réelle de la Chine et l’aveuglement plus ou moins volontaire de ceux qui en ont fait un modèle. Le charbon, c’est la face sombre du modèle énergétique chinois.

Et le rôle essentiel du charbon dans l’économie chinoise n’est pas pour rien dans le poids toujours aussi essentiel et souvent ignoré de cette source d’énergie, la plus polluante qui soi, à l’échelle mondiale. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit ainsi que les centrales au charbon produiront 10.974 térawattheures (TWh) en 2026, soit près d’un tiers des 33.313 TWh d’électricité générés dans le monde. Le gaz naturel arrive loin derrière avec 6.976 TWh, suivi de l’hydroélectricité (4.536 TWh), du solaire (3.289 TWh), de l’éolien (2.898 TWh) et du nucléaire (2.871 TWh). En d’autres termes, le charbon générera cette année 77% d’électricité de plus que l’éolien et le solaire combinés. Ce n’est pas vraiment la recette de la transition énergétique telle qu’elle nous est vantée en permanence.

204 GW de centrales à charbon en cours de construction

Pour en revenir à la Chine, le charbon a fourni près de 56% de son électricité en 2025, indépendamment du fait que le pays continue de développer davantage de capacités éoliennes et solaires que le reste du monde réuni. Cela en dit long sur l’appétit chinois pour l’électricité et également de la réalité de la production d’électricité par les renouvelables intermittents. Les puissances installées n’ont pas une grande signification compte tenu justement de leur intermittence et de facteur de charges faibles, tout particulièrement pour le solaire.

Et le poids du charbon en Chine n’est pas prêt de diminuer.  Au premier semestre 2026, la production des centrales à charbon chinoises a augmenté de 3,4% par rapport au premier semestre de 2025 selon les chiffres du CREA (Centre for research on energy and clean air). Cela est la conséquence notamment de la crise énergétique liée à la guerre contre la République islamique d’Iran et à la mise en service dans le même temps de près de 30 GW de nouvelles centrales au charbon (+43% sur un an) tandis que seules 2,7 GW d’anciennes capacités étaient arrêtées. Et toujours selon le CREA, il y a près de 204 GW de centrales à charbon en cours de construction aujourd’hui en Chine…

Produire du gaz avec du charbon

En outre, la Chine entend aussi utiliser son charbon pour produire du gaz pour moins dépendre des importations maritimes de GNL (Gaz naturel liquéfié). Le pays développe la seule industrie au monde de conversion du charbon en gaz à grande échelle, afin de se constituer une réserve stratégique face aux chocs d’approvisionnement. Aucun autre pays ne produit de gaz de synthèse à partir de charbon à une échelle significative. Le 15e plan quinquennal chinois (2026-2030) renforce considérablement le rôle de cette technologie, marquant le passage de la phase de réflexion à celle de mise en œuvre concrète. Selon les estimations de Rystad Energy, la capacité chinoise de production de gaz à partir de charbon devrait atteindre 9,4 milliards de mètres cubes (Gm³) par an d’ici fin 2026 et passer à 28 Gm³ par an d’ici 2030.

La conversion du charbon en gaz « constitue l’un des nombreux moyens pour la Chine de se prémunir contre un monde où l’approvisionnement en GNL est limité et politiquement sensible », écrit Rystad Energy. « Avec un volume de 28 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030, il s’agit d’une source complémentaire et non d’un substitut aux importations. Toutefois, sa croissance constante implique que tout exportateur de GNL ciblant la Chine doit l’intégrer dans ses modèles comme un facteur structurel de modération de la demande, et non comme un simple détail négligeable ».

À propos de l’auteur

La rédaction

La rédaction

Newsletter

Voir aussi

Share This
.et_pb_column_1_4 { display:none !important; } .wp-image-13628 { display:none !important; }