Tout comme le referendum en Islande qui a rejeté toute négociation pour entrer dans l’Union Européenne (UE), un autre camouflet a été infligé à l’UE, plus discrètement. La Norvège a décidé de passer outre à l’injonction de ne pas forer dans l’Arctique. Bruxelles a décidé d’imposer en 2021 un moratoire sur l’exploitation de gisements d’hydrocarbures en arctique. Avec les rejets islandais et norvégiens, l’UE doit sérieusement revoir à la baisse ses ambitions de jouer un rôle dans la bataille politique et économique pour le Grand Nord qui oppose la Russie, les Etats-Unis et la Chine.
Quant à la Norvège, elle entend bien poursuivre le développement de ses ressources pétrolières et gazières en mer de Barents (voir la carte ci-dessous) et a toutes les chances de gagner son bras de fer avec les institutions européennes qui ont toujours autant de mal avec les rapports de force économiques et géopolitiques. Car entre les préoccupations environnementales et la sécurité d’approvisionnement énergétique, le combat est inégal. Et même la Commission Européenne, en dépit de sa rigidité technocratique, est de plus en plus contrainte au pragmatisme… et à l’humilité.
La mer de Barents

La mer de Barents est une mer bordière de l’océan arctique située au nord de la Norvège et de la Russie occidentale.
La Norvège, un fournisseur indispensable de gaz et de pétrole
Tout simplement parce que depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la Norvège est devenue le premier fournisseur de gaz naturel de l’Europe, couvrant environ 30% des besoins de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Sa production gazière est restée proche des records l’an dernier, tandis que sa production pétrolière a atteint son plus haut niveau depuis 2009. Le pétrole norvégien représente 14% de la consommation de l’Europe et du Royaume-Uni. La Norvège et son gigantesque fonds souverain, le plus important au monde avec 1.858 milliards d’euros d’actifs à la fin de l’année dernière, sont parmi les principaux profiteurs de guerre des dernières années.
Problème, les gisements norvégiens s’épuisent rapidement et la production d’hydrocarbures devrait fortement baisser après 2030, à moins que de nouvelles ressources ne soient découvertes et exploitées. Ce que le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, a expliqué sans ambages à l’agence Reuters. Il est loin le temps où la Norvège donnait des leçons d’écologie aux autres pays. Il faut dire que les exportations d’hydrocarbures devraient rapporter à l’Etat norvégien plus de 63 milliards d’euros de recettes cette année (686 milliards de couronnes). Et pour que la Norvège puisse maintenir sa production et ses exportations de pétrole et de gaz à des niveaux proches de ceux d’aujourd’hui jusqu’en 2035 et au-delà, la mer de Barents est la clé.
Le droit souverain de la Norvège qui n’est pas membre de l’UE
« Dans le contexte géopolitique et sécuritaire actuel, et compte tenu de la situation en matière de ressources, je pense que la poursuite des activités en mer de Barents sert à la fois les intérêts norvégiens et européens », a affirmé Terje Aasland. « Si la Norvège doit rester un fournisseur de pétrole et de gaz à long terme pour l’Europe…, alors l’Arctique doit faire partie de cette discussion. »
Terje Aasland estime que les arguments de la Norvège sont bien compris à Bruxelles et que de toute façon il relève du droit souverain de son pays d’exploiter les ressources de la mer de Barents. La Norvège n’est pas membre de l’Union Européenne. « Nous développerons ces zones et il appartiendra ensuite à l’UE de décider si elle doit imposer un moratoire sur l’achat de ce gaz ou de ce pétrole ».
Même l’Agence internationale de l’énergie demande à l’UE de revenir sur sa décision
La Norvège ne prend pas beaucoup de risques. L’Union Européenne ne peut pas se passer de son gaz et de son pétrole. Et de toute façon, le pétrole de l’Arctique sera de toute façon vendu sur les marchés mondiaux et le gaz pourra être exporté dans le monde entier sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL).
Même Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, a exhorté l’UE à reconsidérer son opposition aux nouveaux projets pétroliers et gaziers en Arctique, faisant valoir que ses futurs approvisionnements seront indispensables pour garantir sa sécurité énergétique. « Le monde a besoin de chaque goutte de pétrole provenant de la Norvège », a déclaré Fatih Birol. Il y a cinq ans, l’AIE, qui n’est pas à l’abri des contradictions, demandait l’arrêt de tous les investissements dans le monde dans la recherche pétrolière et gazière…












