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La crise énergétique balaye définitivement les mythes sur l’Energiewende allemande


Il est plus que temps de voir la réalité en face sur la révolution énergétique allemande, la fameuse Energiewende, et sa priorité donnée envers et contre tout à la production d’électricité renouvelable et à l’abandon dans le même temps du nucléaire. Une stratégie prônée par les écologistes de tous poils et les fonctionnaires européens et français. Elle est pourtant totalement irrationnelle et inefficace ce qui ne l’a pas empêché d’être imposée pour des raisons uniquement politiques par les institutions européennes. Et pourtant, c’est un échec total. En dépit d’investissements considérables, elle a fait très peu diminuer les émissions de gaz à effet de serre et renchérit considérablement le prix de l’électricité. Car quand il n’y a pas de vent et pas de soleil, la seule solution consiste à faire tourner à plein régimes les centrales au charbon et au gaz… russe. Et pour passer un hiver qui s’annonce difficile, le gouvernement allemand vient même d’annoncer maintenir en veille jusqu’au printemps prochain deux réacteurs nucléaires qui auraient dû être fermés définitivement à la fin de l’année.

L’Europe de l’énergie a longtemps vécu sur les mythes du succès de la révolution énergétique allemande, l’Energiewende. Ce qui n’est pas pour rien dans les stratégies énergétiques désastreuses menées par la Commission européenne depuis 15 ans. La révolution énergétique allemande, reprise et imposée par les institutions européennes, a été construite sur une stratégie irrationnelle consistant en même temps à promouvoir par tous les moyens la production d’électricité renouvelable, éolienne et solaire et à abandonner le nucléaire. Et tout cela avec l’objectif proclamé de décarboner la production d’électricité. Ce qui a échoué. Car les renouvelables ne peuvent à eux seuls assurer la stabilité d’un réseau électrique du fait de leur intermittence. Et donc l’Allemagne a produit l’électricité nécessaire quand il n’y avait pas de vent et pas de soleil, non plus avec du nucléaire décarboné, mais des centrales au charbon qui sont celles émettant le plus de CO2 !. Conséquence, en 20 ans d’Energiewende et avec plus de 565 milliards d’euros d’investissements, la consommation de carburants fossiles dans le total énergétique allemand est passée de 82% à 76%.

Et pour faire face à la crise actuelle, Berlin vient même de décider de maintenir en veille jusqu’au printemps 2023 deux réacteurs nucléaires au lieu de les fermer définitivement à la fin de l’année. Isar 2 (près de Munich) et Neckarwestheim 2 (Bade-Wurtemberg, sud-ouest) resteront ainsi opérationnels pour faire face à toute situation d’urgence énergétique. Mais si le gouvernement allemand se dédie, il ne se renie pas totalement. Il prolonge juste  la vie opérationnelle des deux réacteurs de seulement quelques mois. Difficile d’admettre deux décennies d’erreurs. «Il est certes très improbable que le système électrique connaisse des situations de crise pendant quelques heures au cours de l’hiver mais ça ne peut pas être totalement exclu actueDllement», a justifié le ministre écologiste de l’Economie, Robert Habeck. Il a ajouté que «de nouveaux éléments combustibles ne seront pas chargés à la mi-avril 2023…».

Berlin comme les institutions européennes ont longtemps nié la réalité et continuent à le faire. Ils ont refusé d’admettre l’impossibilité de construire un réseau électrique viable sans nucléaire et avec une part grandissante d’électricité produite de façon aléatoire et intermittente sans recourir massivement à des centrales thermiques, au charbon et au gaz. Autre erreur majeure, ils se sont consacrés uniquement à la décarbonation de la production d’électricité, oubliant que cette dernière représente entre un quart et un cinquième de la consommation d’énergie totale.

Quatre mythes

Premier mythe à abattre, la production d’électricité renouvelable en augmentant rapidement, ce qui est vrai, a fortement réduit celle provenant de centrales thermiques. Pas vraiment. L’utilisation du charbon et du lignite a diminué en Allemagne de seulement un tiers depuis 2011, date pivot qui a marqué l’abandon progressif du nucléaire après l’accident de Fukushima.

En fait, le charbon et le lignite ont servi à la fois de production électrique de base et de production pilotable afin de gérer sur le réseau l’intermittence d’activité des éoliennes et des panneaux solaires. Avant 2011, le nucléaire produisait un peu moins de la moitié de l’électricité provenant des centrales au charbon. Si la production nucléaire n’avait pas diminué de façon drastique, l’électricité provenant du charbon aurait presque disparu aujourd’hui en Allemagne et les émissions de gaz à effet de serre auraient diminué considérablement.

Deuxième mythe, le nucléaire est très coûteux et les renouvelables sont devenus le moyen le plus économique de produire de l’électricité. Comment expliquer alors que le prix de l’électricité en Allemagne, avant la crise récente, était environ 50% plus élevé que celui en France. En fait, les démonstrations sont biaisées car elles sont construites sur le coût, élevé, des nouveaux projets nucléaires, et la forte baisse, au cours des dernières années et avant la crise des matières premières, des coûts de fabrication des équipements renouvelables. Mais il faut prendre dans un cas comme dans l’autre les coûts de l’ensemble du parc, pas des derniers équipements.

Troisième mythe, l’Allemagne a fait un choix rationnel en pariant sur le gaz naturel russe bon marché. Un pari qui a échoué, mais qui pouvait prévoir l’invasion de l’Ukraine? En fait, le gaz russe n’a jamais été bon marché. Il a été vendu au prix du marché en Europe à un niveau proche de celui du pétrole compte tenu de la façon dont sont construits les contrats. Et les prix européens du gaz ont presque toujours été supérieurs à ceux des Etats-Unis, par exemple, parce que le marché était entre les mains essentiellement de trois fournisseurs, la Russie, la Norvège et l’Algérie.

Quatrième mythe, le nucléaire est une énergie dangereuse. L’opposition viscérale à l’énergie nucléaire est construite en Allemagne sur des peurs en grande partie totalement irrationnelles. Ce n’est pas le gigantesque tremblement de terre qui en 2011 a forcé la centrale de Fukushima à s’arrêter en catastrophe. C’est le tsunami qui a suivi. L’Allemagne n’est pas un pays exposé à des tremblements de terre de grande ampleur et encore moins à des tsunamis. Des études scientifiques très sérieuses ont montré que l’énergie nucléaire, en remplaçant les centrales à charbon, a en fait sauvé des dizaines de milliers de vie par an notamment du fait de la diminution de la pollution atmosphérique.

La rédaction

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