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Allemagne: l’abandon du nucléaire a coûté des dizaines de milliards et des centaines de vie

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L’Allemagne va-t-elle réussir à se passer enfin du charbon? Une étude de chercheurs de l’Université de Berkeley montre que la fameuse transition énergétique allemande, consistant à investir massivement dans l’éolien et le solaire et à abandonner en même temps le nucléaire, a eu des conséquences dramatiques. L’intermittence de production des renouvelables a été compensée par le recours au charbon, ce qui s’est traduit par des coûts plus élevés, plus de pollution et plus de problèmes sanitaires.

Les contradictions de la transition énergétique allemande, la fameuse Energiewende, semblent insurmontables. Selon une loi votée, non sans difficultés, le 3 juillet par le Bundestag, les centrales à charbon devraient disparaître du pays d’ici 2038 et seront remplacées par des centrales à gaz et, mieux, à hydrogène via des piles à combustible. Mais l’Allemagne vient de mettre en service, le 30 mai, une centrale à charbon flambant neuve près de Dortmund. Elle est aujourd’hui le principal consommateur de charbon en Europe.

Tout cela est notamment la conséquence de la nature même de l’Energiewende qui obéit depuis plus de 20 ans à une logique politique plus qu’économique et technologique. Elle s’est construite avant tout sur deux volets, le recours intensif aux renouvelables (éolien et solaire) et l’abandon dans le même temps de l’électricité nucléaire. Montré en exemple, notamment en France, ce modèle est très loin d’être une réussite. Notamment, parce que les renouvelables étant intermittents pas définition, il faut des sources de production d’électricité dites pilotables quand il n’y a pas de vent et de soleil et l’Allemagne a eu recours tout naturellement aux centrales à charbon particulièrement polluantes…

Le charbon quand il n’y a pas de vent et de soleil

En conséquence, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est loin de répondre aux objectifs et la pollution atmosphérique, aux particules fines notamment, reste problématique. Abandonner le nucléaire tout en lançant des investissements massifs dans l’éolien et le solaire est une stratégie non seulement contradictoire mais coûteuse à tous points de vue, économique et humain. C’est ce que montre avec fracas une étude intitulée «The Private and External Costs of Fermany’s Nuclear Phase-Out», publiée par le prestigieux National Bureau of Economic Research (NBER) américain et réalisée par les économistes Stephen Jarvis, Olivier Deschenes et Akshaya Jha de l’Université de Berkeley en Californie.

Le processus d’arrêt total du nucléaire, qui doit se terminer dans deux ans en 2022, a été lancé par le gouvernement Schröder quelques années après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986). Il a surtout été accéléré par le gouvernement Merkel en 2011, juste après l’autre catastrophe nucléaire de Fukushima.

Augmentation des prix, de la pollution et des atteintes à la santé des populations

Les trois chercheurs de Berkeley ont construit un modèle prédictif du fonctionnement de l’industrie énergétique allemande entre 2011 et 2017 si elle n’avait pas mis à l’arrêt dix de ces dix-sept réacteurs nucléaires. Ils  produisaient alors environ un quart de l’électricité du pays. En comparant ces estimations avec les chiffres réels, ils concluent que la baisse de la production nucléaire d’électricité a été compensée pour quatre cinquièmes par des énergies fossiles, avant tout le charbon, et pour un cinquième par des importations… notamment d’électricité nucléaire française.

L’abandon du nucléaire s’est traduit à la fois par une augmentation importante du prix de l’électricité pour le consommateur, par un coût environnemental élevé et par un coût sanitaire encore plus élevé! L’étude évalue à pas moins de 1.100 morts supplémentaires par an l’impact de l’augmentation de la pollution atmosphérique en comparaison du scénario sans arrêt de centrales nucléaires. Et au total, l’étude chiffre entre 10 et 12 milliards de dollars par an le coût estimé de l’abandon du nucléaire.

Les conséquences de la grande peur du nucléaire

Si on s’en tient à un strict calcul d’économistes et de coûts/avantages, la fin du nucléaire ne se justifie en Allemagne que si la probabilité d’une catastrophe de type Fukushima (dont le coût a été évalué entre 330 et 750 milliards de dollars sur quarante ans) est supérieure à 33%. Ce qui est aberrant.

L’étude a le mérite de mettre en lumière une fois encore la relation irrationnelle de l’opinion à l’énergie nucléaire et ses conséquences politiques néfastes. Les Allemands, dont une écrasante majorité est en faveur de la sortie du nucléaire, surestiment le risque d’un accident nucléaire et sous-estiment ou ne réalisent tout simplement pas les conséquences, y compris pour la santé des populations, de la pollution quotidienne. Cette grande peur du nucléaire dans l’opinion allemande est directement à l’origine de la décision opportuniste d’Angela Merkel en 2011.

L’Allemagne n’est pas un cas particulier et unique. Une autre étude publiée par l’Institut d’économie du travail (IZA) allemand estime que l’arrêt du nucléaire au Japon après Fukushima s’est traduite par une augmentation des prix de l’électricité, une baisse de la consommation énergétique et en conséquence un nombre de décès probablement supérieur à ceux causés par les radiations ou par l’évacuation massive de la région affectée par la catastrophe.

Enfin, en France, la mauvaise image du nucléaire se traduit dans les sondages d’opinion par une méconnaissance totale du fait qu’il s’agit de l’électricité produite en émettant le moins de gaz à effet de serre. Selon une étude remontant à l’été dernier, près de 70% des Français considèrent que le nucléaire contribue au réchauffement climatique

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