Transitions & Energies

La transition en Allemagne selon Der Spiegel: «Un travail bousillé»

ransition Allemagne Gab Dessin

Article paru dans le N°2 du magazine Transitions & Energies.

Depuis plus d’une décennie, la stratégie de transition énergétique menée par l’Allemagne en investissant massivement dans les renouvelables et en pariant sur l’électrification, la Energiewende, est le modèle à suivre. Journalistes, écologistes, ONG, l’ONU, la Banque mondiale… ont tous adopté, salué et promu ce modèle. Des centaines de milliards d’euros ont été investis dans les renouvelables que ce soit l’éolien, le solaire et l’hydroélectrique. Les renouvelables allaient se substituer aux centrales nucléaires et au charbon et l’économie du pays allait massivement s’électrifier.

Et puis l’an dernier, soudain, l’Allemagne a admis qu’elle devait retarder la fermeture de ses centrales à charbon et qu’elle n’atteindrait pas en 2020 ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Non seulement l’Allemagne n’atteindra pas les objectifs qu’elle s’est fixée, mais depuis 2009 ses émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué. Le charbon et le lignite assuraient encore en 2018 près de 36 % de la production d’électricité…

Les coûts d’installation augmentent

Le modèle du tout renouvelable est-il efficace et est-il réaliste? C’est la question que se posait en une au printemps le plus grand magazine allemand, Der Spiegel, avec le titre suivant : « Un travail bousillé en Allemagne » (« Murks in Germany »). La une montre des éoliennes cassées, démontées et au loin la ville de Berlin. « L’Energiewende, le plus grand projet politique allemand depuis la réunification, pourrait bien échouer», écrit Der Spiegel.

L’Energiewende coûte 32 milliards d’euros par an et au total les dépenses devraient se monter à 485 milliards d’ici à 2025. Dans le même temps, l’opposition aux renouvelables ne cesse de grandir. « Les politiciens font face à une résistance des citoyens… Il n’y a pas un projet d’éolienne qui ne soit combattu », explique Der Spiegel.  Du coup, de nombreuses lignes électriques sont maintenant enterrées ce qui est nettement plus coûteux et ralentit considérablement le déploiement des infrastructures. Seulement 743 éoliennes ont été installées en2018, moitié moins qu’en 2017.

Contrairement à ce qu’expliquent certains commentateurs, la baisse des prix des panneaux solaires et des turbines pour éoliennes ne réduit pas les coûts des installations d’énergies renouvelables. ils ont même tendance à augmenter… Selon une estimation récente, citée toujours par Der Spiegel, il coûterait à l’Allemagne 3 400 milliards d’euros, sept fois plus que les dépenses de 2000 à 2025, pour accroître de trois à cinq fois la production d’électricité issue du soleil et du vent d’ici 2050 et pour parvenir théoriquement au modèle du tout renouvelable. Qui est l’objectif à atteindre.

La fin du boom de l’éolien Entre 2000 et 2019, les énergies renouvelables sont passées en Allemagne de 7 à plus de 35 % de l’électricité produite. Mais la part de cette électricité renouvelable provenant de la biomasse (7 %), considérée comme polluante, est presque aussi importante que celle provenant du solaire (7,2 %). Tout aussi problématique, sur les 7 700 kilomètres de nouvelles lignes électriques prévues, seules 8 % ont été construites. « Une grande partie de l’énergie produite est perdue », souligne Der Spiegel. Enfin, les subventions massives garanties pendant vingt ans depuis 2000 pour développer les éoliennes, les panneaux solaires et le biogaz issu de la biomasse doivent cesser l’an prochain. « Le boom de l’éolien est terminé », prévient Der Spiegel.

Si les énergies renouvelables ne répondent pas aux attentes dans un pays aussi riche et aussi avancé technologiquement que l’Allemagne, comment vont-elles y parvenir ailleurs ? Lar éponse est sans doute que les renouvelables ne peuvent être qu’une partie de l’équation qui permettra de se passer des énergies fossiles et certainement pas la solution miracle, simpliste, présentée souvent.

Les lois immuables de la physique

Les renouvelables ont longtemps appartenu, jusque dans les années 2000, à un certain folklore. Celui du retour à une civilisation préindustrielle, à un mode de vie ancestral mythifié. il y a vingt ans, les renouvelables ont incarné les avancées et les percées technologiques. On nous a promis un avenir radieux fait de panneaux solaires omniprésents et bon marché alimentant des voitures électriques toujours plus performantes. Les turbines, les cellules photovoltaïques et les batteries de nouvelles générations allaient révolutionner le monde de l’énergie. il suffisait d’investir. Les gouvernements et les investisseurs privés ont suivi et mis 2 000 milliards de dollars dans les renouvelables donnant l’illusion à coup de subventions qu’elles étaient rentables.

Mais les lois de la physique sont immuables. Les renouvelables consomment beaucoup de ressources et de territoire pour une intensité énergétique faible. Comme le souligne Michael Shellenberger dans le magazine Forbes, les renouvelables ne pourront pas à eux seuls fournir l’énergie d’une civilisation avancée « parce qu’ils n’ont pas été conçu pour cela. Et il ajoute : Les populations, aussi romantiques soient-elles, ne veulent pas revenir à un mode de vie prémoderne.» Le modèle à adopter aujourd’hui est plutôt le suédois que l’allemand. La Suède figure parmi les dix pays les plus consommateurs d’électricité par habitant au monde. C’est un pays moderne, industrialisé et urbanisé, avec des hivers très froids. Les Suédois consomment un tiers d’énergie en plus par personne que les Allemands. Mais l’Allemagne émet deux fois plus de carbone par habitant que la Suède.

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