Les soubresauts répétés et violents des cours du pétrole depuis le 28 février et le début des hostilités contre la République islamique d’Iran ne font pas que des perdants, loin de là. Certains spéculateurs ont pu gagner des fortunes en faisant des paris réussis qui ne tiennent pas seulement à la chance ou à une analyse judicieuse de la situation. Il existe de très sérieux soupçons de délits d’initiés aux Etats-Unis…
Le mois dernier plus d’un milliard de dollars de paris effectués à des moments très judicieux, portant à la fois sur des contrats à terme sur le pétrole et les marchés de prédiction numériques, avaient anticipé avec une étonnante précision l’annonce d’un cessez-le feu entre d’un côté les Etats-Unis et Israël et de l’autre la République islamique d’Iran juste juste avant qu’elle soit publique. La suspicion de délit d’initié est d’autant plus grande que de nombreux comptes suspects ont été créés récemment et ne négocient que sur des événements spécifiques liés à l’Iran, avec un taux de réussite pouvant atteindre 93%… Ce qui est presque impossible.
Des paris colossaux quelques minutes avant des annonces faisant s’effondrer les cours du baril
Au fil du temps, l’ampleur du délit d’initié semble encore bien plus grande et porterait sur plusieurs transactions massives. Il est apparu dans un premier temps qu’elles pouvaient représenter non pas un milliard de dollars mais 2,6 milliards de dollars de contrats à terme sur le pétrole brut. Une analyse plus large menée par l’agence Reuters révèle que le montant total des paris suspects, sur le baril de Brent, sur le baril WTI (West Texas Intermediate), sur le diesel européen et sur les contrats à terme sur l’essence américaine, atteint 7 milliards de dollars. Ces paris colossaux ont été exécutés en gros blocs sur seulement quatre jours, souvent 15 à 20 minutes avant des annonces qui ont entraîné des baisses à deux chiffres des cours du pétrole…
La première transaction suspecte a été effectuée le 23 mars à 10 h 49–10 h 50 GMT, soit environ 15 minutes avant l’annonce faite à 11 h 05 GMT par le président Trump sur Truth Social, qui indiquait un report des frappes prévues contre les infrastructures électriques et énergétiques iraniennes. Selon les données du LSEG (London Stock Exchange Group), citées par Reuters, les traders ont pris des positions sur 20.000 lots de contrats à terme sur le Brent et le WTI, ainsi que sur des contrats à terme supplémentaires sur l’essence et le gazole, pour un montant total d’environ 2,2 milliards de dollars. L’annonce en question avait provoqué un effondrement des cours du pétrole, les contrats à terme sur le brut perdant jusqu’à 15% en quelques heures, ce qui constitue l’une des plus fortes baisses au cours d’une seule journée de transactions jamais enregistrée.
Des coups fumants
La deuxième transaction majeure a eu lieu le 7 avril. Des ordres de vente sur des contrats à terme sur le pétrole et l’essence, d’un montant total d’environ 2,12 milliards de dollars, ont été exécutés en une seule minute… juste avant l’annonce surprise d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Ces transactions ont eu lieu tandis que le marché se trouvait dans une phase de faible volume. Après la clôture, les contrats à terme sur le brut s’étaient effondrés d’environ 15% pour passer sous la barre des 100 dollars le baril dès l’ouverture de la séance suivante.
Un troisième coup fumant a été identifié le 17 avril avec près de 2 milliards de dollars de contrats à terme sur le pétrole. Environ 7.990 lots de Brent, de WTI et d’essence, ont été vendus entre 12 h 24 et 12 h 25 GMT, quelques minutes avant que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, n’annonce que le détroit d’Ormuz était « entièrement ouvert » au trafic commercial. Les cours du pétrole se sont alors effondrés, le Brent abandonnant 9% à 10% pour s’établir entre 88 et 90 dollars le baril, tandis que le WTI perdait jusqu’à 12% pour s’établir entre 82 et 83 dollars le baril.
Enfin, la dernière transaction « très anormale » a été exécutée le 21 avril et représentait environ 830 millions de dollars de barils vendus 15 minutes avant que Donald Trump n’annonce une prolongation du cessez-le-feu avec l’Iran. Les transactions ont eu lieu entre 19 h 54 et 19 h 56 GMT, peu avant l’annonce à 20 h 10 GMT. Comme lors des transactions précédentes, les ventes ont eu lieu après la clôture des marchés à un moment où la liquidité est généralement faible, ce qui rend une opération sur un tel volume inhabituelle. A la suite de cette annonce, les cours du pétrole ont fortement baissé.
Des fuites au sein du gouvernement américain ?
Les délits d’initiés autour de l’administration américaine vont beaucoup plus loin, pas seulement sur les marchés pétroliers. Il y a eu un afflux inhabituel de paris à partir de 150 comptes sur Polymarket totalisant plus de 855.000 dollars, prédisant avec justesse, dans la nuit du 27 février, que les États-Unis frapperaient l’Iran dans les 24 heures. La société d’analyse Bubblemaps a identifié que bon nombre de ces comptes avaient été créés en février et se concentraient spécifiquement sur la prédiction de frappes américaines contre l’Iran. Un utilisateur anonyme opérant sous le pseudonyme de « Magamyman » a transformé un investissement initial de 87.000 dollars en plus de 533.000 dollars en pariant sur la « destitution » de l’ayatollah Ali Khamenei, à peine 71 minutes avant que la nouvelle des frappes ne soit rendue publique.
Des analystes et des parlementaires, dont la sénatrice américaine Elizabeth Warren, estiment que ces transactions résultent très probablement de fuites d’informations au sein du gouvernement américain. Le ministère américain de la Justice et le gendarme américain des marchés de matières premières, la CFTC (Commodity Futures Trade Commission), enquêteraient pour déterminer comment des traders ont obtenu des informations non publiques relatives à des développements militaires et diplomatiques. Mais de nombreux observateurs doutent de la volonté politique d’aller très loin dans ses enquêtes…













