<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Pour la République islamique d’Iran, l’accord avec les Etats-Unis ne pouvait tomber à un meilleur moment

22 juin 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Tanker iranien Wikimedia Commons
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Pour la République islamique d’Iran, l’accord avec les Etats-Unis ne pouvait tomber à un meilleur moment

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Le blocus américain des exportations iraniennes de pétrole, mis en place à partir du 13 avril, était plutôt efficace. Les revenus pétroliers « clandestins » de la République islamique, qui provenaient avant tout de Chine et ont maintenu le régime des mollahs en vie depuis des années, s’étaient effondrés en mai et depuis le début du mois de juin. L’accord avec les Etats-Unis s’est traduit par la levée immédiate, dès le 18 juin, du blocus des ports iraniens…

La République islamique d’Iran n’avait pas besoin d’un accord parce que sa marge de manœuvre militaire ou politique s’est réduite. Elle en avait impérativement besoin parce que l’arme du pétrole, la plus efficace à sa disposition, est à double tranchant.

Pendant des années, le régime des mollahs a pu survivre par une répression sanglante et parce qu’il a réussi à contourner les sanctions économiques et financières américaines et occidentales grâce à la Chine. Tout un système a été construit à partir de millions de barils vendus à prix réduit, d’une flotte « fantôme » de tankers, de transferts « clandestins » de navire à navire et d’une chaîne logistique parallèle s’étendant de l’île de Kharg à la Malaisie, à Singapour et aux raffineries chinoises soi-disant « indépendantes ». Certainement pas indépendantes du gouvernement chinois…

La réplique américaine au blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran, qui a consisté à partir du 13 avril à bloquer à son tour les navires transportant le brut iranien, a été assez efficace. Elle a frappé le seul élément que Téhéran ne pouvait pas facilement contourner : sa capacité à acheminer le brut hors du Golfe.

Chute spectaculaire des chargements en mai

Cela se reflète dans les données de chargement. Les exportations de brut iranien s’élevaient en moyenne à environ 1,5 million de barils par jour en avril, soit déjà 20% de moins qu’en mars. Cela représentait environ 120 millions de dollars par jour de recettes pour le régime compte tenu du prix avec remise du Iranian light crude.

Mais en mai, les chargements ont chuté de manière spectaculaire pour atteindre seulement 260.000 barils par jour. Le mois de juin s’annonçait encore plus sombre… avant l’accord et la levée du blocus américain sur les navires sortant des ports iraniens. La plupart des cargaisons chargées en juin n’avaient pas de destination attribuée et restaient dans le Golfe, et seules trois cargaisons de mai avaient réussi à franchir le détroit en juin.

Des stocks terrestres et flottants à saturation

L’autre problème créé par le blocus de la flotte américaine était le remplissage des stocks de pétrole terrestres iraniens. Selon les données du cabinet spécialisé Kpler, ils ont atteint leur plus haut niveau depuis le début de la pandémie de Covid-19, passant de 60,6 millions de barils à la mi-janvier 2026 à 72 millions de barils à la mi-juin. Ce chiffre n’a pratiquement pas évolué depuis mai, ce qui laisse penser à une situation de « réservoirs pleins ». Le stockage flottant total de l’Iran a lui diminué depuis la mi-mai, passant de 43 millions de barils à 33,5 millions de barils. Mais le stockage flottant bloqué dans le Golfe n’a cessé d’augmenter depuis la mi-avril et l’entrée en vigueur du blocus passant de 14 millions de barils à la mi-mai à environ 24 millions de barils à la mi-juin.

La baisse des stocks flottants près de Singapour et de la Chine suggère que l’Iran a monétisé des barils qui avaient déjà quitté le Golfe avant que le blocus américain ne ferme complètement la voie. L’augmentation des stocks flottants à l’intérieur du Golfe met en évidence le problème inverse : de nouveaux barils se sont retrouvés bloqués, avec peu d’espoir de traverser le blocus américain. Téhéran utilisait sa dernière réserve de liquidités à Singapour et dans ses environs tandis que du pétrole brut plus récent s’accumulait dans le Golfe, où il ne pouvait être vendu.

La Chine, la ligne de vie de la République islamique d’Iran

Il faut mettre en avant le rôle de la Chine dans la survie économique de la République islamique d’Iran. Avant la crise, Pékin absorbait la quasi-totalité des 1,5 à 2 millions de barils par jour d’exportations iraniennes, soit directement, soit via des points de transbordement situés près de Singapour et de la Malaisie.

Même si les importations chinoises de pétrole ont beaucoup baissé au cours des derniers mois, ce qui a permis de limiter le choc, car le pays a puisé dans ses abondantes réserves stratégiques, les barils iraniens sont restés une composante essentielle des importations du pays. Une façon de soutenir l’effort de guerre iranien. Ainsi, en mai les importations chinoises de brut par voie maritime sont tombées à 6,8 millions de barils par jour, contre 11,4 millions en février, mais les échanges directs de brut iranien se maintenaient à 1,4 million de barils par jour, très proche des niveaux d’avant la crise.

Une grande partie de ce pétrole n’était, toutefois, pas chargé en Iran après le blocus américain. Les barils arrivés en Chine en mai et juin provenaient en grande partie de stocks flottants situés près de Singapour ou des côtes chinoises. Les cinq navires qui ont été chargés directement sur l’île de Kharg puis ont déchargé en Chine en juin avaient quitté le Golfe avant la mi-avril.

Le risque lié à la fermeture de puits et à la difficulté de les remettre en service

Cela explique l’urgence pour Téhéran de conclure un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin au blocus. D’autant plus, que depuis début juin l’Iran, faute de débouchés, l’Iran a dû réduire, voire partiellement interrompre, sa production de pétrole. Cela a probablement commencé en mai. Le problème avec l’arrêt de la production d’un puit est que son redémarrage peut s’avérer techniquement et même économiquement difficile. Ce qui a commencé comme un problème d’exportation devenait progressivement un problème de production.

C’est pourquoi la levée du blocus américain était devenue urgente pour Téhéran, plus encore que le plan de reconstruction voire même le déblocage des fonds gelés. L’Iran a un besoin vital que son canal d’exportation soit rouvert avant que les contraintes de stockage n’imposent des réductions de production plus importantes et plus préjudiciables à terme pour sa seule source de revenus extérieurs.

Le moment ne pouvait guère être mieux choisi pour Téhéran pour obtenir un cessez-le-feu de 60 jours et la levée immédiate du blocus. L’accord intervient juste au moment où la pression était devenue suffisamment forte pour avoir un impact sur la production immédiate, mais avant que l’impossibilité d’exporter le brut hors du pays ne se traduise par une perte plus importante et plus durable financière et de capacité de production.

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