<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le blocage du détroit d’Ormuz aura eu bien moins d’impact sur le commerce pétrolier qu’annoncé

17 juin 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : pipeline East-West Aramco D.R.
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Le blocage du détroit d’Ormuz aura eu bien moins d’impact sur le commerce pétrolier qu’annoncé

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Pendant des semaines, les experts du marché pétrolier et de nombreuses institutions internationales dont l’Agence internationale de l’énergie ont annoncé une catastrophe en devenir sur le marché pétrolier mondial après la fermeture du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran. Pour autant, les cours du baril ne se sont jamais envolés vers les sommets annoncés de 150 dollars et plus. Et les pénuries ont été plutôt limitées. En fait, il semble aujourd’hui que le blocage du détroit d’Ormuz a eu bien moins d’impact qu’annoncé et que le marché pétrolier mondial a plutôt été privé de 5 à 6 millions de barils par jour plutôt que de 10 à 14 millions. Cela tient à la mise en place rapide de voies de contournement officielles (oléoducs) et officieuses (transports clandestins) du blocage du détroit d’Ormuz, à l’augmentation de leur production par d’autres pays pétroliers et à la baisse sensible de ses importations par la Chine. En fait, le marché pétrolier mondial s’est adapté plus rapidement et même plus facilement qu’attendu au choc.

Le brouillard de la guerre commençant à s’éclaircir dans le Golfe persique, même s’il convient de rester très prudent, on commence à mesurer plus précisément l’impact du blocage du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran sur le commerce mondial d’hydrocarbures. Et il a été bien moindre qu’anticipé par ceux qui annonçaient et prophétisaient la plus grande crise énergétique de tous les temps…

Cela explique d’ailleurs pourquoi les cours du baril ne se sont jamais envolés comme l’ont pronostiqué à plusieurs reprises analystes et institutions internationales. Ils sont passés de 70 dollars avant le 28 février et le début de la guerre à 115 dollars au maximum en avril avant ensuite de fluctuer autour de 100 dollars. Loin des sommets atteints au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et même dans les années 2000 avant la crise financière de 2008-2009.

Des voies de contournement officielles et officieuses

Après les premières frappes américaines et israéliennes contre la République islamique d’Iran et la fermeture par cette dernière du détroit d’Ormuz, la plupart des experts ont prévenu que les volumes d’approvisionnement en pétrole qui venaient de disparaître du marché étaient d’au moins de 10 millions de barils par jour. Cela représentait environ 10% de la consommation mondiale.

Mais rapidement des voies de contournement officielles et officieuses ont vu le jour.  Aujourd’hui, les opérateurs estiment que la perte d’approvisionnement pourrait être bien moindre que celle attendue. « Après une perturbation initiale au début du conflit, les flux se sont renforcés à mesure que les solutions logistiques alternatives se sont développées », a expliqué il y a quelques jours le cabinet spécialisé Kpler à l’agence Reuters.

Les catastrophistes et les autres

Ces « solutions logistiques alternatives » comprenaient le contournement par l’Arabie saoudite du détroit d’Ormuz par la mer Rouge via son oléoduc Est-Ouest et le même contournement par les Emirats arabes unis via la mer d’Oman par l’oléoduc Habshan-Fujairah. Selon plusieurs estimations, les exportations saoudiennes via le port de Yanbu sur la mer rouge ont représenté 4 à 5 millions de barils par jour depuis le mois de mars. Il faut y ajouter le recours apparemment assez important par d’autres pays producteurs du Golfe a des méthodes clandestines pour faire passer leurs pétroliers à travers le goulet d’étranglement d’Ormuz. Selon Kpler, au moins 136 millions de barils de pétrole brut non iranien ont transité par les voies d’exportation du détroit d’Ormuz et du golfe d’Oman entre début avril et le 10 juin, soit environ 1,9 million de barils par jour. Donald Trump a déclaré de son côté que la marine américaine aurait aidé à acheminer 100 millions de barils hors du détroit d’Ormuz. Impossible à vérifier et de toute façon personne ne prend plus les déclarations du Président des Etats-Unis pour argent comptant…

Pour autant, même Kpler s’est longtemps trompé qui faisait état d’une perte cumulée de 961 millions de barils pour la période allant du début de la guerre au 22 mai, ce qui correspond à plus de 11 millions de barils par jour. Et pourtant, Kpler figurait parmi les plus prudents en matière d’évaluation des pertes d’approvisionnement. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), bien plus catastrophiste comme à son habitude, chiffrait cette perte à 14 millions de barils par jour, mettant en garde contre de graves pénuries qui pouvaient survenir dès juillet. L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) évaluait elle la perte à plus de 11 millions de barils par jour.

Recul sensible de la demande

Selon Reuters, citant des « sources au sein de deux grandes sociétés de négoce », les pertes d’approvisionnement réelles en juin pourraient n’être que de 5 à 6 millions de barils par jour. D’autant plus, que certains producteurs ont augmenté leur production à l’image des Etats-Unis.

Du côté de la demande, le recul sensible de la consommation et des importations chinoises de brut a contribué à maintenir les prix sous contrôle. La Chine, le premier importateur mondial de pétrole, a vu ses importations de pétrole chuter considérablement en mai, atteignant leur plus bas niveau depuis huit ans. L’une des sources de Reuters va jusqu’à affirmer que si l’on prend en compte la baisse de la demande chinoise, le déséquilibre total du marché pétrolier pourrait n’avoir été que de 2 millions de barils par jour !

On peut aussi souligner la forte baisse, inattendue, de la demande de carburants en France à partir du mois de mai, du fait des hausses de tarifs à la pompe.

Envolée des exportations américaines de pétrole

Le marché pétrolier mondial s’est ainsi adapté à ce choc plus rapidement et plus facilement qu’attendu même si cela était provisoire. Les gouvernements asiatiques se sont montrés particulièrement rapides et efficaces en prenant des mesures d’adaptation en raison de leur grande dépendance au pétrole du Moyen-Orient. Cela a notamment consisté a instauré des plafonds de vente de carburant, à détruire une partie de la demande par les hausses de prix et à inciter et contraindre à économiser le plus possible le carburant. L’Asie a également eu recours, quand cela était possible, à de nouveaux fournisseurs comme les États-Unis, le Brésil et le Canada.

Les exportations américaines de pétrole brut ont grimpé en flèche pour compenser les barils manquant en provenance d’Irak, d’Iran, des Émirats arabes unis, du Koweït et du reste des États du Golfe, même si cela était forcément provisoire car les États-Unis ont dû puiser dans leurs propres stocks commerciaux et stratégiques pour répondre à cette demande. Cela a d’ailleurs entraîné une baisse de ces stocks à un niveau proche de ce que certains analystes ont qualifié de « zone de danger ».

Le Pdg de Chevron mettait en garde contre cette situation au début du mois, déclarant : « Les réserves et les amortisseurs s’épuisent progressivement, et la capacité du marché à absorber ce déséquilibre est aujourd’hui considérablement réduite par rapport à la situation initiale. Au cours des prochaines semaines, nous devrions voir ces pressions se répercuter plus directement sur les prix physiques, et je m’attends à une pression à la hausse plus forte à l’approche du mois de juin et, à coup sûr, en juillet ». Il est vraisemblable aujourd’hui que cette prévision ne se réalisera pas.

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La rédaction

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