L’article du 31 mars 2026 publié par le Canard enchaîné et intitulé : « Des mini réacteurs déjà bien plombés » contient à la fois des informations tout à fait pertinentes et d’autres qui le sont beaucoup moins… Ce journal relaye depuis longtemps des campagnes contre la technologie nucléaire sans pour autant en mesurer toujours le bien-fondé ni la pertinence. Il est ainsi exact que des « start-up » se sont lancées dans la relance d’une industrie nucléaire pratiquement détruite par des campagnes de dénigrement savamment orchestrées sous la protection de politiciens qui ont une connaissance lacunaire en matière de production d’énergie et de voraces importateurs de matériels chinois, matériels dont nous constaterons très prochainement les effets délétères
En 2012, nous avons fondé au CERN, iThEC (international Thoriun Energy Committee) une association principalement composée de scientifiques et de personnalités désirant démontrer qu’il était possible de produire de l’énergie nucléaire propre et sûre tout en transformant en énergie ce qui est convenu d’appeler des déchets et aussi en utilisant un combustible abondant 140 fois plus énergétique que l’uranium naturel, le thorium. Loin des « savants de plateaux télé » les expériences FEAT (Fast Energy Amplifier Test) et TARC (Transition by Adiabatic Resonance Crossing) dont les comptes rendus ont été publiés par la Commission Européenne, ont démontré qu’il y avait là, une solution à regarder avec sérieux.
Le sodium ou le plomb liquides pour refroidir les réacteurs à neutrons rapides
Il semble qu’aujourd’hui encore, les mentalités ne soient pas en état d’admettre que les choix des trente dernières années en matière de production d’énergie étaient catastrophiques. La décision de démanteler Superphénix, élément essentiel dans la mise au point de réacteurs à neutrons rapides seuls en mesure de détruire les déchets, fut décidée sur un coin de table par des hommes politiques uniquement intéressés par le vote de Madame Michu. Certes, le liquide caloporteur de Superphénix était du sodium, mais l’usage de ce dernier était totalement maîtrisé. Il convient de savoir que les deux meilleurs réacteurs russes sont de ce type. De son côté, conscient de la validité de la solution, le Japon relance la construction d’un réacteur à neutrons rapides et l’Inde vient de mettre en service son premier réacteur à neutrons rapides… avec une technologie française.
Pour faire face aux critiques concernant l’usage du plomb (comme métal liquide pour refroidir un réacteur à neutrons rapides), il est faux de dire que ce caloporteur a été depuis longtemps abandonné par les Russes. Ces derniers utilisaient, non du plomb pur, mais un eutectic plomb-bismuth, liquide à 120 degrés Celsius et non à 330 degrés. La raison du renoncement à cet alliage est que le bismuth se transmute en polonium qui comme vous devez le savoir, n’est pas très sympathique. Si on utilise le plomb pur vers 400 degrés, on bénéficie de plusieurs effets extrêmement bénéfiques, une excellente radioprotection, un rendement thermique très supérieur, un coefficient d’expansion négatif et un effet neutronique admirable, l’effet TARC. Il a été découvert au CERN dans les années 1990 par le prix Nobel de physique Carlo Rubbia.
On ne peut pas affirmer que les problèmes non résolus aujourd’hui ne le seront pas demain
C’est la raison pour laquelle plusieurs start-up du nucléaire se préparent à utiliser le plomb comme matériau de refroidissement. Mais chaque médaille ayant son revers, le plomb devient corrosif pour les alliages connus, à ce niveau de température. Le défi est donc la mise au point d’un alliage capable de résister dans ces conditions de température et dans le flux de neutrons envisagé. Indépendamment des autres choix des dirigeants de Newcleo, il faut leur reconnaitre qu’ils ont initié le programme Othello en Italie où les différents matériaux candidats seront testés.
Avant le démantèlement de ses boucles de refroidissement par métaux liquides, le Centre du CEA de Fontenay-aux-Roses dans les années 1990 disposait de toutes les compétences pour trouver la solution à ce problème purement technologique. Il semble que les Russes y soient parvenus pour leurs réacteurs Brest.
Il est faux de croire que les problèmes qui ne sont pas résolus aujourd’hui, ne le seront pas demain. C’est cela la science… L’association Global Chance serait bien inspirée de comptabiliser les découvertes dont la recherche pure a fait bénéficier au monde. Certes de nombreuses start-up se lancent aujourd’hui, tête baissée dans le nucléaire, peu atteindront leur but, pour cela les raisons en sont multiples. iThEC dont plusieurs de ses membres sont personnellement impliqués dans d’importantes expériences de physique pure, loin de dénigrer les diverses tentatives initiées dans le monde, s’est donné pour buts directs :
- D’avoir à disposition un panel de scientifiques, de décideurs politiques et d’industriels pour imaginer l’industrie nucléaire du futur, sûre, efficace et avec une gestion rationnelle des déchets nucléaires ;
- D’identifier les lacunes techniques en vue de rendre les technologies du thorium opérationnelles ;
- D’initier et piloter un cursus thorium dans les universités et écoles d’ingénieurs ;
- De constituer un organisme de veille et d’initiative technologique pour suivre les développements au niveau global ;
- D’identifier et promouvoir les acteurs d’applications industrielles futures des technologies du thorium ;
- Envisager une collaboration européenne à l’image du CERN.
Les effets indirects et plus généraux de ces initiatives sont nombreux et bénéfiques. Ils s’agit de :
- Promouvoir l’enseignement, la recherche, le développement et l’industrialisation du nucléaire pour contribuer à une politique énergétique en phase avec les besoins futurs ;
- Au travers des médias, sensibiliser les populations à la nécessité de développer le nucléaire sous toutes ses formes ;
- Préparer des documents pour diffuser largement l’état des connaissances dans le domaine.
- Faire un état permanent des connaissances en physique nucléaire ;
- Posséder un inventaire sur les perspectives d’extraction des combustibles, uranium, thorium. Etat des stocks : yellow cake, uranium appauvri, plutonium ;
- Etat des moyens de fabrication des combustibles : Uranium enrichi, MOX (Mixed Oxyde, mélange d’uranium naturel et de plutonium), Uranium 233 (diffusion, centrifugation, procédé SILVA) ;
- Etat des connaissances en matière de composants des réacteurs (matériaux, liquides de refroidissement, instruments de mesure, sécurité,…) ;
- Réaliser des conférences à thème : production d’énergie, applications industrielles, applications médicales et autres ;
- Promouvoir les mesures nucléaires, support à n-ToF (neutron Time-of-Flight facility) ;
- Promouvoir l’étude et le développement des cyclotrons en vue de leur utilisation dans la filière Thorium et leurs applications médicales ;
- Collaboration avec les sociétés telles que la SFEN (Société Française d’Energie Nucléaire) en France et les équivalents ailleurs ;
- Se rapprocher de l’industrie nucléaire soit directement soit au travers de leurs organismes de liaison ;
- Entretenir les relations les plus étroites avec le CERN et les divers instituts de recherche, encourager les jeunes physiciens à nous rejoindre ;
- Entretenir les contacts les plus étroits possible avec l’industrie et la presse spécialisée.
C’est ainsi qu’iThEC entend encourager les entrepreneurs européens et éviter que l’Europe se retrouve satellisée malgré sa force scientifique et devienne par manque d’initiatives dépendante des avancées de la Chine qui se profile comme un leader planétaire des technologies nucléaires civiles. La Chine est, par exemple, très en avance dans le développement d’un réacteur au Thorium…














