La gestion des déchets les plus radioactifs est le problème majeur lié à l’énergie nucléaire et plus particulièrement à la quasi-totalité des réacteurs actuels qui sont à fission d’uranium 235 et à neutrons lents. Il existe d’autres technologies, à neutrons rapides, au thorium, voire à fusion, qui promettent un jour de produire beaucoup d’énergie avec moins ou pas de déchets. Mais elles sont aujourd’hui expérimentales. Et la question est tellement épineuse que les mouvements écologistes n’ont cessé, notamment en France, de tout faire pour saboter le développement de réacteurs nucléaires dits de quatrième génération à neutrons rapides et surgénération qui permettent de « fermer le cycle du combustible ». C’est-à-dire qu’ils fonctionnent avec les déchets produits par les réacteurs des générations précédentes, notamment le plutonium et l’uranium appauvri.
Les écologistes y sont parvenus puisqu’en 1997 Lionel Jospin, alors Premier ministre, avait fait fermer le réacteur expérimental Superphénix après seulement trois ans de mise en service. Superphénix était la promesse d’un nucléaire durable, plus sûr et plus propre, une technologie dans laquelle la France était alors le numéro un mondial. Dominique Voynet, la ministre de l’Environnement, avait signé avec enthousiasme l’arrêté de fermeture du réacteur applaudie par ses prédécesseurs Ségolène Royal et Corinne Lepage. Plus près de nous, à l’été 2019, Emmanuel Macron a abandonné purement et simplement le projet Astrid qui était le successeur de Superphénix… Désabusés, les députés et les sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), avaient qualifié ainsi l’abandon d’Astrid : « l’exécutif jette aux oubliettes soixante années de recherche scientifique».
Le site finlandais baptisé Onkalo abritera des conteneurs de combustibles usés à plus de 400 mètres de profondeur
Pour en revenir aux déchets provenant des réacteurs classiques, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que près de 400.000 tonnes de combustibles nucléaires usés ont été produites à l’échelle mondiale entre les années 1950 et 2022. Sur ces 400.000 tonnes, environ un tiers (127.000 tonnes) a été recyclé et les deux tiers (265.000 tonnes) restent en stockage temporaire, soit dans des piscines de stockage sur site, soit dans des sites de stockage en conteneurs secs. Sur ce total, « plus de 98% du volume des déchets solides sont classés comme déchets de très faible ou de faible activité [radioactive], la majeure partie du reste étant constituée de déchets de moyenne activité », écrit l’AIEA.
Aucune des options de stockage actuelles n’est considérée comme une solution définitive, et la quantité mondiale de déchets nucléaires radioactifs continue d’augmenter tous les ans. Il est donc plus que temps de commencer à mettre en place les équipements d’enfouissement définitif des déchets les plus radioactifs. Et c’est ce que va faire la Finlande, une première dans le monde. Un site situé sur la côte ouest du pays sur l’île d’Olkiluoto, où se trouvent trois des cinq réacteurs nucléaires en activité du pays, devrait obtenir l’autorisation d’exploitation d’ici quelques mois après plus de deux décennies de construction. L’installation appelée Onkalo, qui signifie grotte en finlandais, abritera des conteneurs de combustible usé à plus de 400 mètres sous terre dans un socle rocheux de 1,9 milliard d’années résistant aux séismes.
Le projet Cigéo français avance très très lentement…
« La solution que nous proposons est la pièce manquante pour une utilisation durable de l’énergie nucléaire », explique Pasi Tuohimaa, responsable de la communication de Posiva, la société chargée de la supervision du projet. Ce projet a coûté 1 milliard d’euros et pourra accueillir 6.500 tonnes de combustible nucléaire usé. Posiva affirme que ses conteneurs spécialisés permettront de stocker ces déchets dangereux en toute sécurité « suffisamment longtemps pour que la radioactivité du combustible usé diminue jusqu’à un niveau inoffensif pour l’environnement ».
Il existe un projet similaire en France baptisé Cigéo (Centre industriel de stockage en couche géologique profonde), situé à Bure dans la Meuse, qui ne cesse de prendre du retard. Au point qu’on peut même se demander s’il se concrétisera un jour. Illustration parfaite du mal français, l’incapacité à faire les choses et le torpillage politique des projets…
A Cigéo doivent être enfouis les déchets nucléaires actifs de vie longue pour des milliers d’années dans une couche d’argile de 130 mètres. Les expertises techniques nécessaires pour obtenir l’autorisation de construction du centre par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASNR) ont été terminées l’an dernier. Il doit accueillir – dans près d’un millier d’alvéoles de stockage construites dans 270 kilomètres de galeries – les déchets nucléaires de haute et de moyenne activité de vie longue. Ils sont séparés des combustibles usés par les opérations de retraitement, puis conditionnés pour les premiers par vitrification dans des verres, et pour les seconds dans du bitume et du ciment. Les deux types sont placés ensuite dans des conteneurs en acier inoxydable. Le projet est mené par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra).
Le décret d’autorisation de création devrait pouvoir être signé fin 2026… Rien n’est moins sûr. Il était initialement prévu en 2020. En 2016, on estimait que la construction pourrait débuter en 2019 et l’exploitation en 2025. Mais l’approche de responsables tétanisés par les risques politiques et sociaux, réels et supposés, a repoussé le début de la construction en 2028 et l’arrivée des premiers colis en 2050…














