<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> La Belgique n’a plus le choix et va racheter les centrales nucléaires d’Engie

1 mai 2026

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Centrale nucléaire de Doel Belgique Wikimedia Commons
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La Belgique n’a plus le choix et va racheter les centrales nucléaires d’Engie

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La politique énergétique menée depuis des années par la Belgique est sans doute la plus caricaturale et la plus incohérente de toutes celles suivies en Europe. Elle a consisté à adopter aveuglément le modèle allemand, imposé par la Commission européenne, du tout renouvelables et du rejet du nucléaire. Mais à être incapable de réellement le mettre en place, de construire des centrales à gaz et de fermer les réacteurs dans le calendrier prévu. Puis la Belgique a fini par s’apercevoir que continuer à faire fonctionner des réacteurs nucléaires amortis permet de produire une électricité décarbonée à des coûts maîtrisés et de ne pas être dépendant des fluctuations des prix et de l’approvisionnement en gaz. Problème, Engie qui a hérité par les hasards de son histoire capitalistique des centrales nucléaires belges n’en veut pas. La stratégie d’Engie consiste à promouvoir par tous les moyens, y compris en France, le modèle allemand du tout renouvelables… adossé aux centrales à gaz quand il n’y a pas de vent et de soleil. Dans l’histoire capitalistique d’Engie, il y a aussi Gaz de France… Le gouvernement belge n’avait donc plus vraiment le choix. Il va racheter les sept réacteurs nucléaires d’Engie et mettre fin immédiatement à toutes les opérations de démantèlement prévues de longue date. C’est ce qu’on appelle l’ironie de l’histoire !

En matière de politique énergétique, il y a peu de pays en Europe qui ont pris des décisions aussi incohérentes, irresponsables et contraires à l’intérêt national que la France depuis deux décennies. Il y a évidemment l’Allemagne avec l’échec cuisant et retentissant de sa révolution énergétique (Energiewende) qui a consisté à donner la priorité absolue aux renouvelables intermittents et a abandonner le nucléaire. Elle a coûté au pays plus de 600 milliards d’euros avec comme résultat les prix de l’électricité les plus élevés d’Europe et une production d’électricité parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre. Quand il n’y a pas de vent et de soleil, ce sont les centrales à charbon qui sont sollicitées… Même le gouvernement allemand a fini par reconnaître au début de l’année, par la voix du chancelier Friedrich Merz, que c’était « une grave erreur stratégique ».

Mais il y a encore plus fort que l’Allemagne : la Belgique. Le pays a réussi le tour de force de suivre fidèlement le modèle allemand imposé par la Commission européenne du tout renouvelables et d’abandon du nucléaire mais de façon tellement chaotique qu’elle n’a jamais lancé la construction de centrales à gaz qui étaient sensées remplacer un jour les réacteurs nucléaires que le pays avait décidé de fermer…

Une contradiction insurmontable avec la stratégie d’Engie

S’en est suivi des années d’incertitudes et d’atermoiements au grand déplaisir d’Engie qui par les hasards de son histoire capitalistique et de son héritage de la Générale de Belgique et plus particulièrement de sa filiale Electrabel se retrouvait à gérer les centrales nucléaires belges. Une contradiction insurmontable avec la stratégie de Engie qui a consisté à promouvoir depuis des années le modèle combinant des renouvelables intermittents, éolien et solaire, adossé à des centrales à gaz quand il n’y a pas de vent et de soleil. Engie est fondamentalement anti-nucléaire et encore aujourd’hui, y compris en France fait un lobbying intense en faveur du fameux modèle allemand dont même l’Allemagne ne veut plus… Il ne faut pas oublier qu’Engie est né en 2008 de la fusion de Suez et Gaz de France.

Pour en revenir à la Belgique, elle a fini par s’apercevoir que continuer à faire fonctionner des réacteurs nucléaires amortis permet de produire une électricité décarbonée à des coûts maîtrisés et de ne pas être dépendant des fluctuations des prix et de l’approvisionnement en gaz. Ce qui ne présente que des avantages pour les consommateurs et les finances publiques. Mais Engie ne veut plus rester d’une façon ou d’une autre dans le nucléaire. La solution vient d’être trouvée.

Des décisions qui n’en sont pas vraiment

Le gouvernement belge et Engie ont annoncé la signature d’une lettre d’intention visant au rachat des activités nucléaires par l’Etat belge. Les sept réacteurs répartis sur les sites de Doel près d’Anvers, au nord du pays, et de Tihange dans la région de Liège, à l’est, sont concernés et les filiales spécialisées d’Engie qui participent à la maintenance et à l’approvisionnement des centrales. Cela représente environ 2000 salariés qui travaillent dans les activités nucléaires d’Engie en Belgique. Par ailleurs, les opérations de démantèlement de certains réacteurs lancées par Engie sont immédiatement interrompues. Sachant que trois des sept réacteurs ont été déconnectés du réseau en 2022. L’objectif annoncé est de parvenir à un protocole d’accord d’ici au 1er octobre 2026.

En 2003, le gouvernement belge avait adopté une loi sur la sortie progressive du nucléaire d’ici 2025 qui devait commencer par des premières fermetures de réacteurs dès 2015. Puis un autre gouvernement a décidé en 2014 de prolonger la durée de vie des réacteurs de dix ans. Enfin, en mai dernier le Parlement belge a abrogé la loi de 2003 et donc renoncé à la sortie du nucléaire.

Cela de dix ans qu’Engie préparait la fermeture de ses réacteurs, des opérations sans cesse repoussées et des actifs qui ne sont pas rentables et dont l’entreprise française ne veut plus. Elle avait même dû provisionner 1,9 milliard d’euros en 2020 pour financer la fermeture des réacteurs ce qui avait contraint le groupe à afficher des pertes.

Révolution copernicienne

« Cette initiative reflète la décision stratégique du gouvernement belge d’assumer la propriété directe des actifs nucléaires du pays, conformément à son ambition de prolonger l’exploitation des réacteurs nucléaires existants et de développer de nouvelles capacités nucléaires en Belgique », expliquent Engie et l’Etat belge dans un communiqué commun. « Ce gouvernement fait le choix d’une énergie sûre, abordable et durable, avec moins de dépendance aux importations fossiles et plus de contrôle sur notre propre approvisionnement », a précisé Bart De Wever, le Premier ministre belge.

Une révolution copernicienne puisque la Belgique va se retrouver à la tête d’un écosystème nucléaire complet après avoir combattu de façon virulente depuis deux décennies cette source d’énergie dans toutes les instances européennes… A peine arrivé au pouvoir, Bart De Wever avait annoncé son intention de prolonger la durée du parc existant pour au moins 4 gigawatts ce qui correspond à la capacité de quatre réacteurs sur sept et de construire des nouveaux réacteurs pour 4 gigawatts supplémentaires. Ce dont ne voulait pas entendre parler Engie.

Maintenant, le communiqué commun entre la Belgique et Engie précise que la lettre d’intention « ne constitue pas un engagement ferme de conclure la transaction ». Avec la politique énergétique belge, il faut rester prudent jusqu’au bout.

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