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Mercedes-Benz VISION EQS, IAA 2019

Pourquoi les prestations des véhicules électriques restent inférieures aux thermiques

Rien ne pourra plus arrêter la marche en avant du véhicule électrique, notamment en Europe. Il est un élément essentiel de l’électrification des transports. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’à l’usage il ait rattrapé son retard sur les voitures à moteur thermique. Voilà les neuf raisons pour lesquelles il offre toujours des prestations inférieures en dépit des progrès réalisés au cours des dernières années.

La cause est entendue, la voiture électrique est l’avenir de l’automobile. Difficile d’échapper aux campagnes publicitaires et médiatiques permanentes vantant ses mérites. De toute façon, les gouvernements ont décidé que les véhicules électriques, à batteries d’abord et vraisemblablement à terme à hydrogène et pile à combustible, vont supplanter les véhicules utilisant un moteur thermique. Ces derniers sont condamnés, du moins en Europe. Ils ne sera plus possible de les acheter neuf d’ici une à deux décennies selon les pays et les restrictions de circulation les concernant se multiplient, notamment dans les villes.

Si les véhicules électriques s’imposent, ils le doivent à la nécessaire électrification des transports pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pas à leurs qualités propres. Leurs performances, leurs prestations et leur facilité d’usage restent sensiblement inférieures à celles de leurs homologues à moteur thermique. Pour la première fois dans l’histoire de l’automobile, une technologie est imposée par les pouvoirs publics, pas par les constructeurs et pas par les consommateurs.

L’augmentation spectaculaire des ventes de véhicules électriques depuis plusieurs mois n’est donc pas la conséquence d’une soudaine prise de conscience environnementale par les conducteurs. Elle tient avant tout aux pressions exercées sur les constructeurs et les consommateurs. Les premiers sont menacés d’amendes considérables en Europe s’ils ne réduisent pas les émissions moyennes de CO2 par véhicule vendu et les seconds sont appâtés par les aides et autres subventions et inquiets des restrictions de circulation à venir.

Le niveau des ventes de véhicules électriques est en tout cas jusqu’à aujourd’hui étroitement corrélé à celui des subventions offertes à leurs acheteurs. Cela est vrai aussi bien en Chine qu’en Norvège, en France ou en Allemagne. Pour donner un ordre d’idée, la Norvège, le seul pays au monde où plus de la moitié des véhicules neufs vendus l’an dernier étaient électriques, offre la somme incroyable de 36.500 dollars d’avantages pour l’achat d’une Volkswagen ID4.

Une marque, Tesla, reste à part. Elle a réussi à créer un engouement particulier pour ses véhicules électriques de haut de gamme. Le constructeur américain a révolutionné l’offre avec des voitures longtemps plus performantes que la concurrence et a réussi à s’attacher le soutien inconditionnel de ses clients et même de certains médias. Ils sont devenus, les uns comme les autres, les principaux propagandistes de la marque qui n’a même pas besoin de faire de campagnes publicitaires… Les conducteurs de Tesla ont le sentiment, en grande partie irrationnel, d’être les agents du progrès, de faire partie d’une communauté et d’avoir une sorte de supériorité morale. Il s’agit du véritable tour de force réussi par Elon Musk, le patron de Tesla.

Mais dans les faits, les véhicules électriques offrent des possibilités d’usage encore inférieures à leurs homologues à moteur thermiques. Pour les 9 raisons suivantes.

1) -L’autonomie réelle

L’utilisation d’un véhicule 100% électrique est fondamentalement différente de celle d’un véhicule thermique. Elle doit prendre en compte une contrainte supplémentaire, celle de la planification de sa recharge en fonction de son autonomie et de son usage prévus. L’autonomie est variable et dépend des performances du véhicule et plus particulièrement de sa batterie mais aussi de son utilisation (ville, route, autoroutes, montagne…) et de la météorologie (grands froids, fortes chaleurs).

Alors bien sûr, la puissance des centaines de kilos de batteries embarquées a beaucoup augmenté au cours des dernières années et les trajets quotidiens ne présentent aucun problème. Il en va autrement, par exemple, des longues distances à allure soutenue sur autoroute.

2) -Le coût à l’achat

Même si sur l’ensemble de sa durée de vie, un véhicule électrique coûte aujourd’hui au total moins cher qu’un équivalent thermique, au moins en bas de gamme, et si les offres se sont considérablement élargies, le coût d’acquisition reste élevé et inaccessible aux ménages modestes. Par ailleurs, les véhicules électriques sont très peu nombreux sur le marché de l’occasion qui est de loin celui sur lequel les transactions sont les plus nombreuses.

3) -Le coût de fabrication du groupe moto propulseur

Le problème du coût élevé à l’achat et à la fabrication d’un véhicule électrique tient avant tout à celui de son groupe moto propulseur et plus particulièrement de sa batterie. Ainsi, pour une voiture à moteur thermique, le groupe moto propulseur représente 18% du coût de fabrication. Pour un électrique, cela représente 51%. Cela signifie que pour faire baisser le prix de vente d’une voiture électrique, il faudra réduire dans des proportions importantes le coût de fabrication des batteries et des moteurs électriques. Même si les capacités de production augmentent rapidement, l’envolée des coûts des matières premières depuis un an n’est pas de bonne augure.

4) -L’utilisation intensive de métaux stratégiques

Les véhicules électriques permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, quand on les recharge avec de l’électricité décarbonée comme en France, beaucoup moins en Chine avec de l’électricité provenant de centrales au charbon, mais leur fabrication laisse une empreinte carbone et environnementale très supérieure à celle d’un véhicule thermique. Cela tient aux matières premières et aux métaux nécessaires à la fabrication des batteries et des moteurs électriques. Ils nécessitent de grandes quantités de lithium, de nickel, de cobalt, de cuivre, de terres rares…

5) -Le temps de recharge

Il s’agit d’un élément très important dans la facilité d’usage d’un véhicule électrique. Les progrès réalisés au cours des dernières années sont importants et il est possible de recharger à près de 80% une batterie en 30 minutes avec un superchargeur ou un chargeur rapide. Mais cela fonctionne avant tout avec les modèles haut de gamme et il faut pouvoir accéder à ses chargeurs rapides. En outre, l’utilisation fréquente de recharges rapides réduit la durée de vie des batteries.

6) -Le manque d’infrastructures de recharge

Il s’agit d’un des points clés pour assurer la poursuite du développement des voitures électriques. La France comme l’Europe accumulent les retards par rapport aux promesses d’implantations de bornes. Sans parler d’une jungle de réglementations et de normes pour pouvoir y accéder et les faire fonctionner. Par ailleurs, l’installation de bornes rapides et donc puissantes nécessite des réseaux électriques adaptés, ce qui est loin d’être le cas.

7) -La dépréciation rapide et la durée de vie des batteries

La dépréciation de la valeur des véhicules électriques est rapide. Cela tient évidemment avant tout aux batteries qui sont une pièce d’usure. Elles se dégradent et ont une espérance de vie de l’ordre de 10 ans en fonction de leur utilisation et de leur qualité, notamment le refroidissement. L’espérance de vie d’un véhicule thermique est bien plus grande.

8) -Des progrès technologiques rapides à double tranchant

Il s’agit d’un paradoxe, mais la vitesse avec laquelle se succèdent les lancements de nouveaux modèles plus performants est à la fois une bonne et mauvaise nouvelle pour les acheteurs. Cela signifie que leurs véhicules électriques offrent des prestations améliorées mais qu’ils risquent d’être dépassés et obsolètes en quelques années. Il sera ainsi difficile de le revendre. Les véhicules thermiques sont construits eux sur une technologie plus mature… qui a plus d’un siècle.

9) -Affecté par les températures extrêmes

Les véhicules électriques n’aiment pas les grands froids et les vagues de chaleur. Dans le premier cas, outre la consommation électrique importante pour chauffer l’habitacle, les performances même des batteries sont sensiblement réduites. On le constate aisément avec la batterie lithium-ion d’un smartphone exposée au froid. Pour ce qui est des fortes chaleurs, les batteries souffrent moins, mais c’est la nécessité de faire fonctionner la climatisation de l’habitacle qui réduit l’autonomie.

La rédaction

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