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Pot d'échappement

A partir du 1er juin, des millions d’automobilistes vont découvrir les restrictions de circulation

L’histoire est-elle un éternel recommencement? Ayant déjà oublié le mouvement des gilets jaunes, né d’une révolte de la France périphérique contre la taxation des carburants, les pouvoirs publics mettent en place à partir du 1er juin la première étape d’une succession de restrictions de circulation des véhicules les plus «anciens». Pas moins de 40% des voitures en circulation aujourd’hui seront chassés progressivement des métropoles et des communes alentours. La mesure aura un impact sur la pollution atmosphérique, mais bien plus limité qu’on l’affirme. Les confinements en ont fait la démonstration. Et surtout, il s’agit à nouveau d’une mesure qui a toutes les chances d’aliéner les populations les plus modestes à la transition pour des bénéfices faibles. Les Français vont ainsi découvrir dans quelques jours les ZFE (zones à faibles émissions) dont pour la plupart ils ne connaissent même pas l’existence.

Les politiques de ce pays ont la mémoire courte. Ils semblent avoir déjà oublié le mouvement des gilets jaunes et son origine, la taxation écologique des carburants et notamment du diesel. Les restrictions de circulation qui entrent en vigueur le 1er juin sur les véhicules les plus anciens et vont se succéder en rafale ensuite au fil des années ne pourront être perçues que comme punitives. Elles vont contribuer de fait à creuser encore un peu plus la fracture entre la France des métropoles et la France périphérique.

Et tout cela pour des gains en terme de pollutions atmosphériques bien plus modestes qu’on voudrait le faire croire. Pour preuve, sur les trois alertes aux particules fines enregistrées l’an dernier dans l’agglomération parisienne, deux se sont produites pendant des périodes de confinement marquées par de fortes baisses de la circulation automobile. Tout aussi préoccupant, aucune pédagogie, aucunes explications, aucunes solutions alternatives ne sont réellement proposées à ceux, les propriétaires modestes de «vieilles» voitures, dont la liberté de circulation va être soudain entravée. Il leur faudra investir des dizaines de milliers d’euros pour acquérir d’autres véhicules souvent moins polyvalents et moins pratiques.

Des sanctions immédiates à Paris et à partir de 2022 ailleurs

Ainsi, à partir du mardi 1er juin, la ZFE (zone à faible émission) du Grand Paris chasse les véhicules les plus anciens. Ceux ayant la vignette Crit’Air 4 ne pourront plus circuler dans cette zone délimitée par l’A86 de 8h à 20h en semaine. Il s’agit des voitures et utilitaires diesel immatriculés avant 2006, mais aussi les deux roues motorisés immatriculés avant le 1er juillet 2004 et les poids lourds, autobus et autocar d’avant 2010. Une interdiction qui ne devrait pas se traduire tout de suite, avant la fin de l’année, par des verbalisations, à l’exception de la ville de Paris. L’Etat devrait déployer un système de contrôle d’ici fin 2021. Des sanctions sont déjà en place à Paris où des interdictions permanentes de circuler existent depuis 2017 avec le système Crit’Air, à commencer par les «sans vignettes» (les voitures dont la première immatriculation a eu lieu avant 1997). Une interdiction élargie depuis aux Crit’Air 5 (diesel d’avant 2001) et depuis 2019 aux Crit’Air 4 (diesel d’avant 2006).

Les ZFE ne concernent pas seulement les centres villes des grandes agglomérations mais des portions entières de territoires. Pour le «Grand Paris», cela concerne 79 communes, 11 pour la métropole lilloise, 26 à Grenoble, 4 à Lyon… Ces zones seront rapidement élargies: 131 communes autour de Paris vers 2025, 58 autour de Lyon, 71 communes autour de Rouen… Sans compter la création de nouvelles ZFE à Strasbourg, Toulouse, Montpellier, Marseille-Aix-en-Provence, Toulon, Nice… La loi climat et résilience, votée en première lecture à l’Assemblée le 4 mai, rend obligatoire l’instauration de ZFE d’ici à 2025 dans toutes les agglomérations de plus de 150.000 habitants. Des proportions importantes du territoire seront ainsi progressivement interdites aux véhicules dits anciens.

A terme 16 millions de voitures dont 12 millions de diesels chassées des agglomérations

Car le 1er juin, il s’agit seulement d’une première étape. Les restrictions de circulation seront étendues rapidement. Dès juillet 2022, s’ajouteront les véhicules classés Crit’Air 3, les voitures essences immatriculées avant 2006 et les diesels avant 2011. En janvier 2024, ce sera au tour des Crit’Air 2, les voitures essences immatriculées avant 2011 et toutes les voitures diesels sans exception. Il s’agit d’un programme calqué sur celui d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, qui entend interdire en 2024 la circulation de tous les véhicules diesel et en 2030 celle de tous les véhicules à moteur thermique. Et évidemment aucune étude sérieuse sur l’impact, les bénéfices et les coûts de telles décisions n’a été réalisée. Quant aux mesures d’accompagnements, elles sont à peu près inexistantes. Au total, 16 millions de véhicules vont être concernés à terme. Cela représente pas moins de 40% des voitures en circulation aujourd’hui en France dont une grande majorité de diesels (12 millions).

L’Etat et la Métropole du Grand Paris mettent en avant le fait que les aides à l’achat d’une voiture neuve peuvent atteindre en cumulé jusqu’à 19.000 euros. Mais les critères pour obtenir une telle somme sont tels, notamment les conditions de revenus, qu’elle concernera un nombre très limité de personnes. Dans la réalité, le reste à charge pour les revenus modestes les empêchera d’acquérir un véhicule neuf et l’achat d’une occasion récente ne fera que retarder les effets du rouleau compresseur de la ZFE.

Une absence totale de pédagogie

A partir du 1er juin, de nombreux automobilistes vont déjà tout simplement tomber des nues. Selon un sondage de l’institut Harris Interactive, 60% des Français ignorent l’existence des ZFE et plus encore l’étendue des territoires où seront appliquées les interdictions de circulation. «Ces chiffres montrent que des millions d’automobilistes ne sont aujourd’hui ni conscients ni informés de l’obsolescence prochaine de leur véhicule du fait des restrictions de circulation envisagées. Il apparait primordial de faire un travail d’information et de pédagogie autour des ZFE, d’autant que les véhicules classés Crit’Air 3 à 5, qui seront progressivement exclus des centre villes, représentent actuellement 60% du parc en circulation», souligne le CNPA (Conseil national des professions de l’automobile).

Une chose est sûre. La nouvelle réglementation illustre le danger majeur pour la transition d’être rejetée par une grande partie de la population. Elle revient en l’état à creuser les inégalités sociales et à éloigner, au sens propre et au sens figuré, de plus en plus les habitants des grandes villes et ceux de la France périphérique. Nier cette réalité revient à prendre des risques considérables, sociaux et politiques.

La rédaction

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