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Centrale nucléaire

Pour la Cour des comptes, la relance du nucléaire ne peut pas se faire en catimini et sans un débat «mieux éclairé»


Pour garantir à la France 50% de production d’électricité nucléaire décarbonée et non intermittente en 2050 et au-delà, il faudrait, selon les magistrats de la Cour des Comptes, construire entre 25 et 30 nouveaux réacteurs. Ni la filière industrielle nucléaire française, minée par les déboires répétés du prototype de l’EPR construit à Flamanville, ni le budget de l’Etat et encore moins les capacités financières d’EDF ne permettent d’envisager aujourd’hui un tel programme. Cette question, essentielle pour la transition énergétique et l’avenir du pays, doit faire l’objet d’un débat politique, pas d’une décision prise soudain par un Président de la République.

La Cour des comptes a alerté jeudi 18 novembre sur les «incertitudes» pesant sur la capacité à construire un nouveau parc nucléaire «dans des délais et à des coûts raisonnables». Elle manifeste ainsi sa surprise alors qu’Emmanuel Macron a soudain pris une décision jusqu’alors sans cesse reportée qui consiste a décidé du lancement d’un nouveau programme de construction de centrales et de réacteurs nucléaires à la fois pour remplacer les réacteurs vieillissants et aussi pour permettre à la France de faire face à des besoins croissants d’électricité. La transition énergétique passe inévitablement par un élargissement des usages de l’électricité dans les transports, la chaleur, l’industrie et pour la production d’hydrogène décarboné.

Le fait du prince

Cela signifie à la fois que les décisions sont urgentes, à force de les retarder, pour garantir au pays une production électrique suffisante pour faire face à ses besoins, mais qu’elles doivent aussi faire l’objet d’une planification réaliste et d’un débat indispensable. La construction de nouveaux moyens de production électrique «appelle des décisions à présent urgentes pour garantir notre approvisionnement à l’horizon de la décennie 2040», soulignent les magistrats. Le vieillissement d’un grand nombre de réacteurs nucléaires ne laisse pas vraiment le choix. Ainsi, 52 des 56 réacteurs en service ont été construits dans les années 1970-1980. Tous arriveront en fin de vie d’ici 2040.

Le problème mis en avant sans réellement le nommer par la Cour des Comptes est que des stratégies énergétiques qui engagent le pays et les finances publiques pour plusieurs décennies ne peuvent pas être décidée du jour au lendemain par le fait du prince, aussi pertinentes soient-elles. Et en l’occurrence, la décision de lancer un programme de construction de réacteurs de troisième génération améliorés dits EPR2 soulèvent de nombreuses questions sur les capacités de la filière nucléaire française. Car le prototype des EPR français, celui de Flamanville dans la Manche construit par EDF depuis 2007… n’est toujours pas terminé. Il a connu une succession incroyable de retards, de dépassements de budgets, de malfaçons et même de tentatives de dissimulation des erreurs commises. La Cour des Comptes a parlé dans le passé de débâcle industrielle. A Flamanville, les coûts ont été multipliés par 3,3 et les délais de construction par 3,5. L’EPR français devait selon le plan initial commencer à produire de l’électricité en 2012… Il devrait maintenant, si tout va bien, entrer en service en 2023. Toujours au sujet de Flamanville, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a fait part publiquement à plusieurs reprises de la perte de compétence de la filière nucléaire française.

Il faudra de 25 à 30 nouveaux réacteurs d’ici 2050

Rappelant «la dérive des délais de construction» de l’EPR de Flamanville, la Cour souligne «une incertitude en termes de capacité à construire un nouveau parc de réacteurs dans des délais et à des coûts raisonnables.» EDF a fait à l’État une proposition pour construire dans un premier temps 6 nouveaux modèles d’EPR (EPR2) pour un coût de construction estimé à 46 milliards d’euros. Mais les magistrats notent qu’il en faudrait beaucoup plus, de «25 à 30», pour maintenir une part de 50% de nucléaire dans la production électrique au-delà de 2050.

Cela nécessiterait «une mobilisation et un effort de redressement accélérés de notre industrie nucléaire» et poserait «la question du nombre de sites disponibles». Ils remarquent aussi qu’EDF ne pourra financer seul les nouvelles constructions et qu’un «partage des risques avec l’État» serait nécessaire. La Cour conclut en demandant  un débat «sur des bases mieux éclairées» alors qu’il existe en particulier «un risque important pour les finances publiques». «Il n’existe ni décision simple, ni solution à faible coût, ni risque zéro».

La rédaction

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