<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Nationalisation d’EDF, le réquisitoire de la Cour des comptes

29 mai 2026

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Nationalisation d’EDF, le réquisitoire de la Cour des comptes

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Une fois de plus la Cour des comptes dénonce dans un énième apport les errements de la politique énergétique du pays. Cette fois, elle s’interroge sur la nationalisation à 100% en 2022 d’EDF qui était auparavant déjà contrôlé à 83,7% par l’Etat. Les 9,7 milliards d’euros engloutis dans l’opération par le gouvernement d’Elisabeth Borne n’ont apporté aucun moyen supplémentaire à l’entreprise publique et aucun levier supplémentaire à l’Etat sur la politique énergétique du pays. Il s’agit pourtant de la plus importante opération menée par l’Agence des participations de l’Etat (APE), depuis sa création en 2004. La nationalisation devait permettre, soi-disant, d’accélérer la relance du nucléaire. Quatre ans après, la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 n’a toujours pas commencé…

A quoi a servi en 2022 la nationalisation à 100% d’EDF par l’Etat près de 18 ans après l’ouverture de son capital ? Les 9,7 milliards d’euros dépensés n’auraient-ils pas été mieux utilisés pour permettre à l’entreprise publique d’investir et de se renforcer ? Telles sont en substance les questions que se pose la Cour des comptes dans un rapport publié le 28 mai qui pointe, une énième fois, les errements de la politique énergétique du pays. Elle avait ainsi déjà alerté en septembre 2025 sur le modèle économique d’EDF considéré comme intenable. Notamment, face à un mur d’investissements évalué à 460 milliards d’euros d’ici 2040 par la Cour des comptes.

Pour en revenir à la prise de contrôle de la totalité du capital de l’entreprise publique, détenu déjà auparavant à 83,7% par l’Etat, l’opération menée par le gouvernement d’Elisabeth Borne a apporté des avantages « difficilement identifiables ». La Cour précise que la « nécessité » de l’opération « n’est pas démontrée à ce stade ». Il s’agit pourtant de la plus importante opération menée par l’Agence des participations de l’Etat (APE), depuis sa création en 2004…

Le gouvernement avait contraint EDF à financer le bouclier tarifaire

Cette nationalisation totale s’est faite « dans un contexte particulièrement tendu » pour le groupe EDF, confronté à de grandes difficultés financières et opérationnelles, créées notamment… par le gouvernement qui l’avait contraint à financer une bonne partie du bouclier tarifaire sur les prix de l’électricité. EDF était alors confronté directement à la crise énergétique ayant suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie et dans le même temps à l’épisode dit de corrosion sous contrainte qui avait nécessité des opérations de maintenance en urgence sur une partie de son parc nucléaire. Cela s’était traduit pour EDF par une perte catastrophique de 18 milliards d’euros en 2022… Pourtant, « ni les impératifs de souveraineté et d’indépendance énergétiques, ni les besoins de financement du groupe ou la volonté de renforcer son pilotage opérationnel n’imposaient une détention à 100% de la société EDF par l’État », résume la Cour des comptes.

L’institution s’interroge également sur le prix retenu pour l’OPA (Offre publique d’achat) lancée par l’Etat, soit 12 euros par action, qui était significativement supérieur au coût moyen de l’action observé en Bourse au semestre précédent (8,27 euros). La prime aurait pu être « plus faible ». « Par exemple, un niveau de prime de l’ordre de 30% et non de 45% par rapport au cours moyen pondéré de l’action sur le semestre précédent aurait permis d’économiser environ 1 milliard d’euros… ». Mais, « La prise de contrôle de l’État est intervenue dans un contexte de perte de confiance progressive des marchés dans EDF, illustrée par le recul du cours de son action, et d’enlisement des projets de restructuration, envisagés entre 2019 et 2022 ».

Toujours 72,8 milliards d’euros à financer pour lancer la construction de six EPR2

Et puis, « le coût de l’opération a été renchéri par l’augmentation de capital de 3,2 milliards d’euros réalisée par la société en mars 2022, trois mois seulement avant l’annonce de la prise de contrôle à 100%. L’État a en effet dû racheter aux minoritaires, à un prix nettement supérieur, les nouvelles actions qu’ils avaient acquises à l’occasion de cette augmentation de capital, ce qui a occasionné un surcoût budgétaire de 454 millions d’euros ».

Avant cette prise de contrôle totale, les pouvoirs publics exerçaient déjà un contrôle presque total des décisions de politique énergétique et de régulation du marché de l’énergie. L’« effort » budgétaire requis pour la nationalisation totale a été « d’autant plus important » qu’il est intervenu dans un contexte de « dégradation des finances publiques », ajoutent les magistrats.

Et cela ne changera rien au fait que l’État devra « contribuer aux besoins d’investissements massifs » d’EDF, notamment « 72,8 milliards d’euros » prévus pour la construction annoncée il y a plus de quatre ans et toujours pas lancée de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2.

Les boniments d’Elisabeth Borne

Au moment de la nationalisation à 100% d’EDF, le gouvernement Borne avait justifié l’opération en expliquant qu’elle permettrait à l’entreprise d’agir plus vite et de « mener dans les meilleurs délais » la relance du nucléaire annoncée en fanfare en février 2022 par Emmanuel Macron. Elle devait aussi donner de meilleures « marges financières » à l’entreprise publique selon les propres mots de la Première ministre de l’époque, Elisabeth Borne. On attend toujours… L’endettement d’EDF était encore de 51,5 milliards d’euros à la fin de l’année dernière.

Quatre ans après la nationalisation, « les avantages réels retirés par l’Etat de la prise de contrôle à 100% sont difficilement identifiables, malgré l’ampleur des moyens mobilisés », résume la Cour des comptes.

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