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Greta Thunberg, une très mauvaise réponse à de bonnes questions

Greta Thunberg, une très mauvaise réponse à de bonnes questions

Les prophètes de l’apocalypse et les activistes de l’urgence climatique ont trouvé leur parfaite égérie. La Jeanne d’Arc du CO2. Inattaquable car insoupçonnable de ne pas être sincère quand elle accuse les adultes d’être irresponsables. Une enfant brillante de 16 ans, pétrie de certitudes et d’angoisses dont les problèmes psychiatriques ont été rendus publics par ses parents… Elle débite depuis des mois avec un visage angélique et une conviction inébranlable un discours accusateur, simpliste et répétitif.

Greta Thunberg croit sans doute sincèrement à la fin du monde en témoignent les propos tenus à l’Assemblée Nationale le 23 juillet et six mois plus tôt, le 25 janvier, devant le World Economic Forum: «Pourquoi étudier pour un futur qui bientôt n’existera plus?»

Elle est à la mode comme le sont les collapsologues de tous poils. Ils font peur. Ils font vendre. Ils sont issus d’une longue lignée dans l’histoire humaine qui nous promet à intervalles réguliers les flammes de l’enfer si nous ne nous lavons pas de nos péchés. La rationalité, les faits, la science, la compétence sont balayés par l’avalanche médiatique, le militantisme journalistique, les lâchetés et les petits calculs politiciens et le jeunisme pour qui l’âge vaut argument. Peu importe les absurdités proférées.

Répandre la panique

Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont «inventé» à eux seuls une nouvelle science, la collapsologie, et leur livre publié en 2015 Comment tout peut s’effondrer s’est vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires. Ils revendiquent d’associer la biologie et l’intuition, les préconisations scientifiques et l’imagination… La militante et auteure de polar Fred Vargas explique dans son dernier livre, L’Humanité en péril. Virons de bord, toute!, qu’avec 1,5 degré de température en plus, la moitié de l’humanité mourra du réchauffement climatique et avec 2 degrés en plus ce seront 6 milliards de personnes qui disparaitront. Elle avoue tenir un discours d’instinct… Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement, prédit lui simplement la disparition de l’homme. Il se déclare convaincu «qu’il y a une chance sur deux que l’humanité n’existe plus en 2050.» Il reconnait que «ce n’est pas une science exacte» et ajoute «si je me trompe, c’est tant mieux».

«Nous exigeons de diviser au minimum par quatre notre consommation énergétique d’ici à 2050, une transition vers 100% d’énergies renouvelables produites de manière décentralisée et la fin du nucléaire pour 2030». Telles sont les «exigences» de Greta Thunberg.  Pour éviter l’apocalypse, Greta Thunberg entend imposer une politique malthusienne de décroissance forcée qui se traduirait par la fin de l’économie de marché, par un effondrement économique, social et politique de l’Europe et… qui ne réglerait pas le problème climatique.

Elle prône l’abandon du nucléaire et la solution miracle des renouvelables… qui n’en est pas une. Les renouvelables font partie de la solution, mais ne sont pas «LA» solution. Le tout renouvelable sans nucléaire ne fonctionne pas, voir l’exemple allemand avec des émissions de CO2 qui ne baissent pas. Pour produire de l’électricité quand il n’y a ni vent ni soleil, il faut des centrales qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre quand elles utilisent du charbon ou du gaz. La stratégie simpliste de Greta Thunberg ne réduit pas, ou trop peu, les émissions. Et elle contribue à répandre la panique et à désinformer la jeunesse… Qui n’en avait pas vraiment besoin.

Ainsi, 86% des jeunes Français (18-34 ans) pensent que le nucléaire émet du CO2 et participe au réchauffement climatique, ce qui est faux. Inversement, les jeunes sont convaincus que les éoliennes et les panneaux solaires diminuent le CO2 et la pollution, ce qui est à relativiser compte tenu de leur mode de production, de leur faible efficacité énergétique et des centrales à l’énergie fossile qui démarrent la nuit ou quand il n’y a plus de vent. Les émissions de gaz à effet de serre des centrales nucléaires, qui posent d’autres problèmes, sont minimes. Elles correspondent à 12 grammes par kWh produit, l’équivalent de ce que rejettent dans l’atmosphère les éoliennes (11 grammes). Et compte tenu du mode de fabrication des panneaux photovoltaïques très coûteux en énergie, le solaire en produit quatre fois plus par kWh (45 grammes).

Pensée magique

Un système énergétique ne se change pas en quelques années avec de bonnes intentions. Il faut des décennies pour le faire évoluer. Les idées miraculeuses sont d’autant plus dangereuses qu’elles entretiennent l’illusion que les problèmes sont faciles à régler. Il suffirait de le vouloir. Les exemples de cette pensée magique abondent: des voitures autonomes à la route solaire de Ségolène Royal en passant par le tout renouvelable ou même le tout électrique.

Réduire les émissions de gaz à effet de serre est une nécessité. Mais cela sera lent et se fera par des stratégies complexes, dépendantes des évolutions technologiques et des moyens économiques qui peuvent être mobilisés. Il faut y associer les renouvelables, le stockage de l’électricité propre, le nucléaire, l’hydrogène, la séquestration du CO2, peut-être la géo-ingénierie… Et surtout, cela ne se fera pas contre les populations et par le diktat d’idéologues qui veulent faire du monde un immense «kolkhoze» vert. L’histoire a montré ce que les précédentes tentatives pour imposer une société «nouvelle» et un homme «nouveau», ont créé comme catastrophes et comme souffrances. Greta Thunberg est moins le symbole d’une génération sacrifiée que des excès de l’activisme climatique.

Les faits sont têtus. Les carburants fossiles représentent plus de 80% de la consommation d’énergie dans le monde aujourd’hui. Dans le meilleur des scénarios, ils en représenteront un peu plus de 60% en 2040. Les prophètes de l’apocalypse n’y changeront rien. L’avenir du climat se joue avant tout à Pékin, à Washington, à New Delhi et à Moscou. Flageller les sociétés européennes n’y changera rien.

Le mouvement des gilets jaunes aurait dû au moins servir de leçon. Quelles seraient les conséquences sociales et politiques d’un effondrement du pouvoir d’achat des classes populaires si étaient mises en oeuvre les mesures que Greta Thunberg et ses commanditaires réclament? Qui veut d’un changement de civilisation et d’un retour au mode de vie du XIXème siècle?

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