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Réaliser la transition énergétique d’ici 2050: «un exercice de pensée magique»

Réaliser la transition énergétique d’ici 2050: «un exercice de pensée magique»

L’expert en énergie du Manhattan Institute, Mark P. Mills, vient de publier une étude qui affirme tout simplement qu’il sera impossible de se passer des énergies fossiles d’ici 2050, un horizon pourtant fixé par des décisions politiques. Son étude s’intitule: «The New Energy Economy: An Exercise in Magical Thinking» (La nouvelle économie de l’énergie: un exercice de pensée magique).

Mark Mills explique, chiffres à l’appui, pourquoi il est économiquement, financièrement et technologiquement impossible, selon lui, de se passer des énergies fossiles dans le monde avant la fin du siècle en l’état actuel de nos moyens et de nos capacités techniques. Les énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) représentent aujourd’hui plus de 80% de l’énergie consommée dans le monde. Les énergies renouvelables «récentes», éolien et solaire, représentent environ 2% de l’énergie utilisée dans le monde. Pour Mark Mills, il a fallu investir 2000 milliards de dollars depuis deux décennies pour passer de presque rien à 2%. La somme nécessaire pour remplacer les 80% restant par des renouvelables n’est même pas calculable et imaginable, d’autant que la demande en énergie d’un grand nombre de pays dans le monde et notamment les plus peuplés va continuer à augmenter rapidement. Depuis 1995, la consommation d’énergie dans le monde a progressé de 50%.

Pour remplacer les fossiles par des renouvelables d’ici 2050 et électrifier massivement notre mode d’utilisation de l’énergie afin de remplacer les fossiles dans le transport et la chaleur, il faudrait selon Mark Mills faire progresser les capacités de production des éoliennes et des panneaux solaires par 90… en 30 ans. Indépendamment des questions d’investissements, de surfaces disponibles pour installer les équipements, d’émissions de CO2 pendant leur fabrication, les ressources en matériaux et en terres rares de la planète n’y suffiraient pas et la multiplication des mines aurait un coût environnemental démesuré. Il faut retirer 50 kilos de matériaux du sol pour fabriquer un kilo de batterie.

Car il faudrait aussi développer massivement des capacités de stockage de l’électricité «propre», qui est intermittente. Mark Mills prend l’exemple de la «gigafactory» de Tesla et Panasonic dans le Nevada, qui a coûté 5 milliards de dollars, et produit, non sans difficultés parfois, les batteries pour cette marque de voitures électrique. Pour stocker seulement deux journées de consommation d’électricité aux Etats-Unis, il faudrait 1000 années de production de cette usine géante, la plus grande au monde…

Mark Mills estime que les progrès technologiques attendus dans le solaire, l’éolien et les batteries sont très exagérés et qu’il ne s’agit pas de technologies récentes mais déjà assez matures. Aucune percée spectaculaire n’a eu lieu dans les batteries au cours des dernières années en dépit de promesses répétées et l’efficacité des éoliennes et des panneaux solaires a des limites physiques infranchissables.

Reste le nucléaire. Là encore, Mark Mills n’est pas particulièrement encourageant. Il met en avant le fait que le nucléaire ne représente aujourd’hui que 4% de l’énergie finale utilisée dans le monde. Même si le nucléaire était développé massivement, ce qui est loin d’être le cas, il ne pourrait prendre qu’une part relativement marginale de la consommation d’énergie mondiale.

La conclusion de l’étude est sans appel. Il faut investir massivement dans la recherche fondamentale pour parvenir à une vraie rupture technologique qui permettra de se passer des énergies fossiles et il faut que les décideurs politiques arrêtent de suivre les modes et de prendre leurs désirs pour des réalités. Jeter des milliards dans la transition énergétique ne changera pas les réalités technologiques, économiques et physiques.

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