<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Automobile: le déclin du moteur thermique est une réalité

11 juin 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Epaves de voitures wikimedia commons
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Automobile: le déclin du moteur thermique est une réalité

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Cela fait près de dix ans, depuis 2017, que les ventes dans le monde de véhicules à moteur à combustion interne sont en recul. Les ruptures technologiques se déroulent rarement de façon continue. Pendant des années, elles semblent lentes, incertaines et les évolutions contradictoires. Et puis, passé un point de bascule, elles semblent inévitables et imparables.

En suivant les marchés de l’énergie, il est facile de penser le pétrole reste aussi indispensable que jamais. Chaque crise géopolitique semble renforcer ce discours. Les pétroliers tentant de traverser le détroit d’Ormuz font la une des journaux, les analystes se focalisent sur les évolutions des cours du brut et les responsables politiques sont contraint d’envisager la question de la sécurité énergétique via l’approvisionnement en pétrole et en gaz. Et les combustibles fossiles dans leur ensemble (pétrole, gaz et charbon) représentent encore 80% de la consommation mondiale d’énergie primaire.

Derrière cette réalité incontestable, une tectonique des plaques est à l’œuvre. Comme le montrent les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les ventes mondiales de véhicules à moteur à combustion interne ont atteint un pic en 2017. Depuis lors, en dépit de la croissance démographique et économique dans le monde et de l’augmentation de la demande de mobilité individuelle, les ventes de voitures à essence et diesel n’ont jamais retrouvé leurs niveaux antérieurs. Parallèlement, les ventes de véhicules électriques progressent année après année, même si elles se heurtent toujours aux réticences d’une partie importante des automobilistes.

Point de bascule

Mais il s’est produit au cours de la dernière décennie une évolution majeure. L’abandon du pétrole dans le transport individuel n’est plus un scénario de fiction. Il est tout simplement en train de se réaliser. Ce point de bascule n’a pas été atteint parce que les véhicules électriques ont atteint une certaine part de marché, ni parce que les gouvernements et les institutions européennes ont annoncé l’interdiction des ventes des véhicules neufs à moteurs thermiques d’ici 2035. Le point de bascule a eu lieu lorsque les ventes de véhicules thermiques ont commencé à régresser. Ce que montre clairement le graphique ci-dessous.

Ventes de véhicules neufs dans le monde par motorisations

En millions. ICEV (moteur à combustion interne) en rouge. HEV (véhicule hybride) en orange. PHEV (véhicule hybride rechargeable) en bleu clair. BEV (véhicule électrique à batteries) en bleu moyen. FCEV (véhicule à piles à combustible) en gris. Source : Agence internationale de l’énergie.

En fait, les ruptures technologiques se déroulent rarement de façon continue. Pendant des années, elles semblent lentes, incertaines et les évolutions contradictoires. Et puis, soudain, elles semblent inévitables et imparables. Au passage, il faut bien mesurer la taille du marché automobile mondial (voir l’infographie ci-dessous). Une rupture technologique dans un marché aussi large ne peut être qu’un processus de longue haleine. Les ventes mondiales totales de véhicules se sont remises des perturbations liées à la pandémie de Covid 19, mais la quasi-totalité de la croissance est désormais captée par les véhicules électriques. Et les ventes de véhicules conventionnels restent bien en deçà de leur sommet de 2017.

Taille du marché automobile

En milliards de dollars en 2024. Automobile (bleu clair). Pétrole (bleu moyen). Vert clair (acier). Vert moyen (téléphones mobiles). Source : Agence internationale de l’énergie.

La question consistant à savoir quand les véhicules électriques remplaceront les voitures traditionnelles n’est plus vraiment pertinente. Et si dans de très nombreux marchés, le succès des véhicules électriques est toujours corrélé aux subventions et autres soutiens des pouvoirs publics, un retour en arrière semble aujourd’hui impossible. La technologie des motorisations électriques à batteries a toujours des faiblesses, en dépit de ses progrès indéniables. L’autonomie réelle, la contrainte de la recharge, l’équipement en bornes, le coût des véhicules, leur obsolescence rapide sont des réalités. Mais ses faiblesses s’amenuisent tandis que les contraintes liées à la nécessité de produire et souvent d’importer de grandes quantités de pétrole et de le raffiner ont plutôt tendance à grandir.

Le blocage du détroit d’Ormuz plaide pour les véhicules électriques

Les véhicules électriques introduisent un modèle fondamentalement différent en termes d’usage et plus encore en termes d’éco système énergétique. Contrairement à l’essence ou au diesel, l’électricité décarbonée est produite la plupart du temps sur le territoire national d’un pays par ses centrales hydroélectriques, ses réacteurs nucléaires, ses parcs solaires et éoliens… Bien sûr, si on parle de la France et de l’Europe, il faut importer l’uranium pour le nucléaire et les panneaux photovoltaïques et la plupart des composants des éoliennes. Mais cela n’a rien de comparable avec la dépendance au pétrole…

Ainsi, chaque véhicule électrique alimenté par de l’électricité décarbonée produite localement réduit l’exposition aux marchés pétroliers et atténue les inquiétudes liées aux perturbations géopolitiques survenant à des milliers de kilomètres.

La transition vers la mobilité électrique n’est donc plus seulement une stratégie climatique. C’est aussi une stratégie de sécurité énergétique. Le blocage du détroit d’Ormuz plaide en faveur des véhicules électriques. Chaque nouvelle crise met en évidence les avantages d’une réduction planétaire de la dépendance au pétrole.

Les transitions technologiques s’accélèrent brutalement

Et puis pour l’automobiliste, la hausse des prix des carburants rend les véhicules électriques plus attractifs. Elle augmente la valeur de l’énergie produite localement. Les inquiétudes concernant les ruptures d’approvisionnement renforcent l’attrait des systèmes de transport qui s’appuient sur l’électricité locale plutôt que sur le pétrole importé.

De nombreuses prévisions partent encore du principe que les moteurs à combustion interne resteront dominants jusqu’au milieu des années 2040. Mais il convient d’être prudent. Les ruptures technologiques ont tendance à s’accélérer subitement dès lors que des arguments économiques et techniques convaincants font basculer les consommateurs. Les véhicules électriques approchent de ce seuil sur de nombreux marchés. Le coût des batteries continue de baisser, les progrès en matière d’autonomie sont réels, les infrastructures de recharge se développent et surtout les prix des véhicules sont moins élevés… surtout pour ceux fabriqués en Chine.

Le moteur à combustion interne a transformé la civilisation moderne et sillonnera les routes pendant encore des décennies. Mais sa phase de croissance et même de développement technique est terminée, à l’exception éventuellement de quelques niches possibles comme celle des carburants synthétiques. L’avenir de la mobilité individuelle est clairement à l’électrique. Avec le recul, les historiens pourront peut-être conclure que le moment décisif de cette évolution s’est produit en 2017. Cette année-là, les ventes de voitures à essence et à diesel ont atteint leur sommet historique. Nous venons juste de nous en apercevoir.

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