<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Industrie automobile chinoise, la fuite en avant

23 juillet 2026

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Industrie automobile chinoise, la fuite en avant

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Le marché automobile chinois, le premier au monde, traverse une crise sérieuse. A tel point que pour la première fois les ventes de véhicules électriques pourraient baisser cette année. En dépit de cette situation, il n’y a pas de consolidation industrielle. L’offre est pléthorique et de multiples constructeurs se font une concurrence farouche. Pour survivre, ils sont contraints d’exporter massivement. Ce qu’ils font… Lors des six premiers mois de l’année, les ventes à l’étranger de véhicules électriques chinois sont presque équivalentes à celles de l’ensemble de l’année 2025. En face, l’Europe, comme d’habitude, tarde à réagir et à prendre la mesure du danger. C’est la survie même d’une partie de son industrie automobile qui est en jeu.

Cela peut sembler contre-intuitif. L’industrie automobile chinoise écrase tout sur son passage. Elle est devenue la première exportatrice au monde loin devant ses concurrents japonais et allemand et domine de la tête et des épaules la motorisation électrique à l’exception de Tesla qui continue à lui résister. Mais l’industrie automobile chinoise se trouve aujourd’hui sur son propre marché, le premier mondial, dans une situation périlleuse et pour y échapper exporte à tour de bras. En face, l’Europe tergiverse et multiplie les demi-mesures. Ce faisant, elle condamne très certainement une bonne partie de son industrie automobile

C’est ce que montre en pointillé une étude de grande qualité de la société de conseil en investissements Gavekal. L’étude s’intitule « EVs’ Year Of Living Dangerously » (Une année périlleuse pour les véhicules électriques). Le constat est le suivant : « Le marché chinois des voitures particulières connaît une année 2026 catastrophique, et pour une fois, les véhicules électriques ne font pas exception. Les ventes nationales de véhicules électriques devraient reculer de 7% cette année, ce qui constituerait leur toute première baisse annuelle. Les prix et les marges sont sous pression. Pourtant, malgré tout cela, le marché ne connaît pas de consolidation, bien au contraire… ».

Les exportations maintiennent un équilibre très précaire

BYD et Tesla, les leaders historiques du marché chinois, perdent des parts de marché au profit d’une demi-douzaine de concurrents dotés de technologies de pointe aussi performantes et de chaînes d’approvisionnement intégrées qui les rendent tout aussi compétitifs. Ce sont les exportations qui rendent pour l’instant tout cela possible. Jusqu’à quand ? Elles représentent désormais un tiers des ventes des constructeurs chinois de véhicules électriques. Soit le double du chiffre de 2025 ! La question est de savoir pendant combien de temps les marchés internationaux accepteront d’absorber un flux croissant d’importations chinoises qui détruisent leurs industries nationales.

Car sur le marché intérieur chinois, l’hyper-concurrence règne. Si les guerres des prix de 2024-2025 se sont apparemment apaisées sous la pression du gouvernement chinois, la tendance reste à la baisse des prix et à la réduction des marges, mais cette fois dans un marché qui se rétrécit. Si l’on en croit les tendances actuelles, les ventes de voitures particulières neuves devraient enregistrer cette année une baisse de 14% en glissement annuel, et tous les types de motorisation verront leurs ventes reculer. Les véhicules électriques à batterie devraient enregistrer une baisse de 7%, contre 25% pour les hybrides rechargeables et 13% pour les voitures à essence traditionnelles.

Une crise industrielle inéluctable

Cela ne change rien à la tendance de fond vers l’électrification. Le parc automobile chinois s’oriente inexorablement vers une ère de domination des véhicules électriques, même si la durée exacte de cette transition reste sujette à débat. Les ventes de voitures neuves sont désormais majoritairement électriques : la part des véhicules électriques à batterie dépasse désormais les 40%, tandis que les voitures à moteur à combustion interne ne représentent plus que 30% des ventes de véhicules neufs, contre 90% il y a seulement cinq ans. Les 30% restants du marché sont occupés par divers types de véhicules hybrides.

Mais cela n’évitera pas une crise industrielle majeure qui se profile à l’horizon. On peut parler de fuite en avant car rien n’indique une consolidation industrielle. Au contraire, le marché se fragmente davantage. Les leaders historiques que sont BYD et Tesla ont cédé des parts de marché à une multitude de nouveaux venus tandis que la plupart des constructeurs continuent d’élargir leur portefeuille de marques et de modèles.

11 constructeurs différents détiennent au moins 4% du marché

Jusqu’en 2024, la moitié ou plus des ventes de véhicules électriques provenait des trois principaux acteurs : BYD, Tesla et Shanghai Automotive. Leur emprise a commencé à s’effriter en 2025, et au cours des quatre premiers mois de 2026, leur part cumulée du marché est tombée à 36%. Leurs six principaux concurrents, allant de l’entreprise publique Dongfeng à des start-ups à la pointe de la technologie comme Xiaomi et Leapmotor, détiennent désormais une part cumulée de 40% du march. Pas moins de onze constructeurs de véhicules électriques détiennent désormais au moins 4% du marché, contre seulement six en 2024.

Et bien que le nombre de constructeurs n’augmente pas, la multiplication des marques se poursuit. Les 16 principaux constructeurs automobiles gèrent désormais 85 sous-marques contre 71 il y a trois ans. Tout cela signifie que les prix et les marges continueront de subir une pression à la baisse.

L’apathie européenne

Le portefeuille de marques de BYD s’avère trop lourd à gérer et Tesla est confronté au problème inverse : l’entreprise continue de s’appuyer sur deux modèles qui n’ont guère évolué au cours des cinq dernières années. Plusieurs start-ups spécialisées dans les véhicules électriques proposent désormais une autonomie, une vitesse de recharge, des systèmes d’aide à la conduite et une technologie d’habitacle similaires voire meilleures que celles de Tesla.

La conjonction d’une expertise technologique croissante et d’un marché intérieur en recul et ultra-concurrentiel ne laisse planer aucun doute. Les exportations chinoises de véhicules électriques vont augmenter, et de manière significative, à moins que cela ne soit entravé par des réactions protectionnistes. Au premier semestre 2026, les constructeurs chinois de véhicules électriques ont exporté 2,3 millions de voitures, soit 34% de leurs ventes totales. Ce chiffre est déjà presque équivalent aux 2,5 millions d’unités qu’ils avaient expédiées à l’étranger sur l’ensemble de l’année 2025, alors que les exportations représentaient 17% des livraisons totales.

En face, l’Union européenne, qui offre le plus grand potentiel de marché pour les constructeurs chinois, n’est pas parvenue à s’accorder sur des mesures visant à contrer les importations chinoises. Elle s’oriente lentement vers une réglementation qui autoriserait les investissements chinois dans les véhicules électriques à condition que les critères relatifs au contenu local, à l’emploi et au transfert de technologies soient respectés. Les constructeurs chinois de véhicules électriques devraient ainsi pouvoir continuer à gagner des parts de marché. Ils exportent ainsi non seulement leurs voitures mais aussi l’hyperconcurrence de leur marché intérieur.

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