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L’Allemagne doit faire son deuil du gazoduc Nord Stream II la reliant à la Russie


Le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé mardi 22 février la suspension de la certification du gazoduc Nord Stream II qui devait alimenter son pays en gaz naturel. La canalisation de 1.230 kilomètres sous la mer baltique, un projet de plus de 10 milliards d’euros, a été terminée à l’automne dernier. Elle devait permettre à l’Allemagne de sortir de l’ornière sa stratégie de transition énergétique et de remplacer ses centrales au charbon par des centrales au gaz émettant moins de CO2. Elle permettait aussi à Moscou de contourner l’Ukraine pour approvisionner l’Europe.

L’Allemagne a fini par céder mardi 22 février et a suspendu la certification du gazoduc Nord Stream II après la reconnaissance par Moscou de l’indépendance des provinces ukrainiennes pro-russes sécessionnistes. Il s’agissait d’un projet phare pour Berlin et pour Angela Merkel comme pour Vladimir Poutine. Il visait à resserrer encore les liens économiques entre les deux pays et à permettre à la transition énergétique allemande de sortir de l’ornière.

Le gaz naturel est tout simplement devenu indispensable à la transition énergétique allemande. A tel point que Berlin n’est pas pour rien dans le fait que la Commission européenne a fini par classer cette source d’énergie… fossile comme «durable» au même titre que le nucléaire. Et cela même si le gaz naturel émet 490 tonnes de CO2 par Gigawatt d’électricité produit et le nucléaire 3 tonnes…

Le gaz indispensable à la transition énergétique allemande

Il faut dire que sans gaz naturel la très controversée stratégie de transition allemande, l’Energiewende, est dans une impasse. Elle a consisté avant tout jusqu’à aujourd’hui à investir massivement, plus de 500 milliards d’euros, dans la constitution d’un parc de production électrique à partir de renouvelables, éoliennes, panneaux solaires et biomasse. Les renouvelables représentent maintenant plus de 40% en moyenne de la production électrique allemande même si leur part a baissé l’an dernier faute de vent. Et le problème de l’éolien et du solaire est justement leur intermittence et leur caractère aléatoire.

Cela signifie que quand il n’y pas de soleil, déjà la nuit, et peu de vent, pour éviter les pénuries et les black out, l’Allemagne doit faire fonctionner à plein régime ses centrales thermique… au charbon et au lignite. Résultat, les émissions de CO2 ne baissent pas. Elles ont même augmenté l’an dernier avec des conditions météorologiques (vent et soleil) défavorables. Un comble pour une stratégie dont le principal objectif, normalement, est de réduire les émissions de gaz à effet de serre…

La solution était toute trouvée, remplacer les centrales au charbon par des centrales au gaz. Ces dernières émettent près de moitié moins de CO2. Les pays occidentaux qui ont réussi au cours des dernières années à baisser le plus rapidement leurs émissions de gaz à effet de serre sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni en remplaçant le charbon par du gaz. Mais contrairement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, l’Allemagne n’a pas de gisements de gaz naturel à sa disposition. Il lui faut l’importer… de Russie, deuxième producteur mondial.

Une bataille géopolitique

D’ou l’importance du gazoduc Nord Stream 2 qui devait permettre à l’Allemagne d’avoir un approvisionnement plus importants même s’il augmentait sa dépendance vis-à-vis de la Russie. D’ou l’opposition depuis des années des Etats-Unis qui au passage souhaitaient fournir à l’Allemagne du gaz sous sa forme liquéfiée (GNL) provenant de leurs propres gisements de gaz de schiste. Cela explique pourquoi depuis des années, le chantier du gazoduc Nord Stream II a été au cœur d’une bataille géopolitique et économique. Elle a opposé les États-Unis et l’Allemagne mais aussi les Européens entre eux, ainsi que la Russie et l’Ukraine. Les États-Unis sont depuis le début vent debout contre un aménagement qui affaiblit économiquement et stratégiquement l’Ukraine, augmente la dépendance de l’UE au gaz russe et dissuade les Européens d’acheter le gaz de schiste que les Américains veulent leur vendre.

Exploité par le géant russe Gazprom, le projet, estimé à plus de 10 milliards d’euros, a été cofinancé par cinq groupes européens du secteur de l’énergie (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper et Shell). La construction de Nord Stream II a été achevée à l’automne dernier mais n’était pas entré en service car contrevenait à la législation européenne. Le producteur et le distributeur d’une énergie ne peuvent pas être la même entité, en l’occurrence Gaprom. La canalisation de 1.230 kilomètres sous la mer Baltique d’une capacité de 55 milliards de m3 de gaz par an se situe sur le même parcours que son  jumeau Nord Stream I. Elle contournant totalement l’Ukraine. Car l’intérêt de Moscou, outre d’augmenter ses exportations, était aussi avec Nord Stream II d’affaiblir économiquement l’Ukraine en n’ayant plus à payer une redevance pour le passage du gaz sur son territoire.

Le coup d’arrêt à Nord Stream II a été donné par le chancelier allemand lui-même, Olaf Scholz. Le projet va maintenant faire l’objet d’une «réévaluation» politique. L’annonce allemande a suscité une réaction goguenarde de l’ancien président russe Dmitri Medvedev. «Bienvenue dans un monde nouveau, où les Européens vont bientôt payer 2.000 euros pour 1.000 M3 de gaz». L’Allemagne a importé en 2020 pas moins de 56,3 milliards de m3 de gaz russe, soit plus de 55% de ses besoins en gaz. La Maison blanche a elle «salué» la décision de suspension. L’Ukraine enfin s’est félicitée d’une décision «politiquement et moralement justifiée».

La rédaction

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