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Centrale charbon wikimedia commons

Seules 5% des centrales électriques dans le monde sont responsables de 73% des émissions de CO2

Une poignée de centrales thermiques dans le monde sont des «super émetteurs» de dioxyde de carbone. Elles se trouvent pour la plupart en Chine, en Inde, au nord-est des Etats-Unis et au centre et à l’est de l’Europe. Elles ont pour caractéristiques communes de fonctionner avec du charbon et d’être très inefficaces sur le plan énergétique. Remplacer ces centrales doit être une priorité.

Juste 5% des centrales thermiques dans le monde sont responsables de 73% des émissions de CO2 liées à la production d’électricité. Telle est la conclusion d’une étude publiée par la Environmental Research Letters et réalisée par un groupe de chercheurs de l’Université du Colorado. Ils ont analysé les données provenant en 2018 de 29.000 centrales électriques fonctionnant dans 221 pays avec des carburants fossiles.

Ils ont classé les centrales en fonction de leurs émissions de dioxyde de carbone en 2018 et identifié les «pires des pires». Elles se trouvent pour la plupart dans l’est de l’Asie (en Chine essentiellement), en Inde, au nord-est des Etats-Unis et au centre et à l’est de l’Europe. Ces «super émetteurs» ont des caractéristiques communes. Ils fonctionnent tous au charbon. Ils sont avant tout situé au nord de l’hémisphère nord. Ils sont tous très inefficaces sur le plan énergétique consommant beaucoup de charbon pour produire de l’électricité. La situation est loin de s’améliorer cette année car avec l’augmentation rapide de la consommation d’électricité avec la reprise de l’économie mondiale et l’envolée des prix du gaz naturel, la consommation de charbon va atteindre des niveaux records cette année et l’année prochaine.

Moderniser et remplacer les centrales inefficaces doit être la priorité de la transition

Pour les auteurs de l’étude, il faut faire du remplacement de ses centrales une priorité de la transition énergétique. Ce sera bien plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le monde que toute autre stratégie. «L’une des difficultés qu’ont les activistes du climat est de savoir qui il faut blâmer exactement. Notre étude leur apporte une réponse et permet d’identifier les super émetteurs», explique Don Grant, co-auteur de l’étude et professeur de sociologie du Renewable and Sustainable Energy Institute de l’Université du Colorado Boulder.

Selon les calculs des chercheurs, les émissions provenant de la production d’électricité pourraient baisser de 17 à 49% si ces centrales étaient modernisées, équipées de système de capture du CO2 ou fermées tout simplement. Passer du charbon au gaz naturel serait déjà un bon début expliquent les auteurs de l’étude et permettrait de faire baisser les émissions de CO2 d’au moins 30%. Cela passerait à 50% avec l’installation d’équipements de capture du CO2. Ne serait-ce que mettre les super émetteurs au niveau d’efficacité des autres centrales comparables diminuerait leurs émissions de dioxyde de carbone de 25%.

Les renouvelables ne sont pas une alternative crédible aujourd’hui

Pour les auteurs de l’étude, les renouvelables sont une alternative, mais pas dans un avenir proche. L’éolien et le solaire notamment ne sont pas à même aujourd’hui et dans de nombreux pays de se substituer aux centrales thermiques. Cela est lié à leur intermittence et à leur faible capacité de production unitaire qui nécessite de créer des centaines de parcs pour avoir des productions à une échelle qui correspond aux besoins.

Si les émissions de CO2 dans le monde liées à la production d’électricité ont augmenté de 53% au cours des deux dernières décennies selon l’Agence internationale de l’énergie, toutes les centrales n’ont pas le même impact, loin de là. Six des dix centrales qui sont les plus grands «super émetteurs» se trouvent à l’est de l’Asie, essentiellement en Chine, deux en Inde et deux en Europe.

Le premier super émetteur au monde se trouve en Europe, à Rogowiec en Pologne. La centrale au charbon Bełchatów, dont la production a démarré il y a 27 ans, fournit 20% de l’électricité du pays. Elle a émis 38 millions de tonnes de dioxyde de carbone en 2018 bien plus que des centrales pourtant plus puissantes ailleurs dans le monde. Bełchatów doit être fermé en 2036. Le problème de cette centrale est son inefficacité énergétique.

C’est le cas de tout les «super émetteurs» dans le monde. Selon les calculs de l’étude de l’Université du Colorado, ces centrales émettent entre 28% et 76% de plus de CO2 pour produire la même quantité d’électricité que des centrales identiques se trouvant dans leurs pays.

Des stratégies très différentes selon les pays

Même si aucune des dix centrales les plus émettrices ne se trouve aux Etats-Unis, l’étude montre que ce pays comme la Corée du sud, le Japon et l’Australie est marqué par des différences considérables de performances énergétiques parmi son parc de centrales au charbon. Les 5% des centrales les moins performantes sont responsables de près de 80% des émissions liées à la production d’électricité aux Etats-Unis.

Selon les auteurs de l’étude, les stratégies les plus efficaces dépendent des situations particulières des pays. Certains comme l’Allemagne, la Corée du sud, le Japon et l’Australie auraient intérêt à s’occuper en priorité de une ou deux centrales qui sont des «super émetteurs». D’autres pays, notamment en Asie, doivent établir des réglementations plus strictes sur les émissions applicables à toutes leurs centrales.

La rédaction

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