Pour tenter à la fin de l’année dernière de désamorcer la polémique sur la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) et sur le financement massif par un Etat surendetté de renouvelables intermittents dont le pays n’a nul besoin, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait trouvé une astuce. Il avait confié le 3 décembre à l’ancien Pdg d’EDF, Jean-Bernard Lévy, et au Conseiller d’Etat, Thierry Tuot, une étude importante sur le coût des renouvelables pour le pays. Elle était intitulée : « Repenser le soutien public aux énergies renouvelables et au stockage d’électricité ».
Cela permettait de rassurer et de gagner du temps. Mais maintenant que la PPE3 a été promulguée par décret il y a deux mois, le document est devenu inutile. Il a été rebaptisé rapport sur « l’optimisation du soutien public aux énergies renouvelable et au stockage ». Il n’est plus question de « repenser » quoi que ce soit. A tel point d’ailleurs que Jules Nyssen, président du Syndicat de énergies renouvelables (SER), qui avait critiqué en décembre dernier la décision de demander ce rapport s’inquiétant de la menace sur le flot d’argent public qui alimente la filière, a changé d’avis. Il s’est même félicité d’un rapport qui ne représente plus la moindre menace pour le lobby qu’il représente.
Le rapport a été remis en catimini au Premier ministre jeudi 9 avril. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il s’agit d’un non-évènement tant le document en question s’apparente à une litanie de mesures techniques et financières permettant éventuellement de limiter le coût direct pour les finances publiques d’investissements massifs et inutiles dans les renouvelables intermittents. Mais au final, ils seront bien payés d’une façon ou d’une autre par les Français… même si c’est via l’argent de leur Livret A.
Rappelons que la France produit en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95% et que les capacités de production sont supérieures d’au moins 20% à la consommation… qui est en baisse. Et rappelons que selon la Cour des comptes, les centrales renouvelables sous obligation d’achat, dont toute l’électricité produite est achetée par l’Etat quelles que soient les conditions de marché, ont perçu en moyenne la somme extravagante de 174,8 euros le MWh en 2024. Elle se décompose de la façon suivante : 97 euros pour l’éolien terrestre, 211 euros pour le biogaz et enfin 266 euros pour le solaire photovoltaïque, soit plus de cinq fois le prix de marché qui était en moyenne en 2024 de de « 40-50 euros le MWh pour l’électricité et moins de 50 euros pour le gaz » ! Et pour les centrales sous complément de rémunération, l’Etat compense l’écart avec les prix de marché quand il est inférieur à celui du producteur, ce qui est le cas la plupart du temps, elles ont touché en moyenne 73 euros le MWh. Ce qui semblerait presque raisonnable. Mais qui ne l’est pas quand on sait que le pays n’a pas besoin de cette production intermittente et qu’elle nécessite pour être distribuée des investissements massifs dans les réseaux et affecte fortement la maintenance et la rentabilité du parc nucléaire amorti d’EDF.
Surtout éviter les questions qui fâchent
Pour en revenir au rapport Lévy-Tuot, il se garde bien de répondre à la question initiale qui lui était posée à savoir s’interroger sur le bien-fondé des investissements dans les renouvelables intermittents pour un pays qui possède un parc nucléaire performant et amorti. Un modèle de tout renouvelables imposé à l’Europe depuis une quinzaine d’années par l’Allemagne, la fameuse Energiewende, sur laquelle revient d’ailleurs aujourd’hui le gouvernement allemand en constatant qu’elle mène à une impasse. Cela revient à faire payer au contribuable et aux consommateurs, particuliers et entreprises, une énergie beaucoup plus chère avec des performances décevantes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et en plus en dégradant la stabilité des réseaux électriques.
Mais Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot n’auront fait preuve ni d’une grande liberté, ni d’un grand sens de l’intérêt général. Ils ont suivi à la lettre les consignes du gouvernement et le reconnaissent implicitement : « Ceux qui attendaient un grand soir des aides aux ENR – fin de toute entrave ou suppression complète – seront déçus ». C’est le cas. Ils se sont bien gardés de toute « opinion explicite ou implicite sur l’intérêt, les mérites ou la nécessité du développement » des énergies renouvelables, qui « résulte de choix politiques ». Ils se sont contentés d’aligner un catalogue de 45 recommandations visant à remédier à « un constat largement partagé du caractère difficilement supportable et justifiable du coût des divers mécanismes de soutien aux ENR électriques ». Leur audace s’est limitée à cette phrase.
Un catalogue à la Prévert… et le Livret A
Sinon leur rapport est un catalogue à la Prévert des « moyens d’augmenter le pouvoir d’achat en kW ou kWh de chaque euro versé » d’argent public. Et s’il est mis en œuvre, ne serait-ce que partiellement, il va alimenter encore un peu plus l’usine à gaz de la complexité administrative énergétique. La mesure la plus « spectaculaire » serait le recours à l’argent du Livret A pour financer les projets éoliens et solaires… les plus coûteux, les plus risqués et les plus difficiles à financer, notamment les parcs éoliens marins et le prix exorbitant de leur production, supérieur à 200 euros le MWh.
« L‘Etat pourrait faire en sorte qu’une partie du financement de certains projets ENR soit apportée par les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations (Livret A), ce qui diminuerait le coût de la dette portée par les projets ». Cela vise donc « tout particulièrement » l’éolien en mer et les projets éoliens terrestre et photovoltaïques au sol « de grande dimension ».
Rendre invisibles les critiques
Pour limiter la dépendance de la filière renouvelable aux contrats et aux subventions publics, les auteurs du rapport veulent aussi promouvoir les contrats d’achat de droit privé. Mais c’est l’Etat qui devra le faire en jouant les facilitateurs et en assurant « la syndication et la prise de risque au-delà de la première période d’engagement des utilisateurs finaux ». Il s’agirait « d’élargir et d’assouplir » l’assurance proposée par la banque publique Bpifrance pour couvrir le risque de défaut des clients des contrats d’achats privés.
Autre proposition, supprimer les guichets d’aides pour les petits parcs éoliens terrestres et pour le solaire de toiture dont le coût est extrêmement élevé au profit d’appels d’offre compétitifs. Le rapport préconise enfin, sans surprise, de privilégier les installations de grande taille, de réduire le coût de développement, de simplifier les procédures d’obtention de permis et d’accélérer les procédures de recours.
Désamorcer les rapports
Le gouvernement Lecornu sera donc parvenu à ses fins. Il aura réussi à rendre inoffensifs et presque invisibles les trois rapports qui auraient pu et dû illustrer les conséquences désastreuses de la PPE3 pour la politique énergétique du pays, pour les finances publiques et pour le pouvoir d’achat des Français. Les trois rapports ont ainsi été rendus publics après la promulgation par décret de la PPE3 le 13 février dernier. En quelque sorte, la politique du fait accompli.
Il en a été ainsi du rapport d’EDF sur le coût financier et technique de plus en plus élevé pour son parc nucléaire de la nécessité de s’effacer devant les productions renouvelables intermittentes, éoliennes et solaires, qui sont prioritaires sur le réseau. Le document aurait dû être rendu public en décembre 2025. Il a finalement été publié le 16 février, trois jours après la promulgation de la PPE3, et amputé de son chapitre le plus important portant sur l’estimation précise du coût financier réel de plus en plus financier pour EDF de la modulation contrainte de ses réacteurs nucléaires. Entre le pré-rapport de décembre 2025 et celui rendu public, le chapitre a tout simplement disparu… La politique du gouvernement Lecornu consiste à cacher la réalité quand elle dérange.
Le mépris de l’intérêt général
Autre rapport publié après la promulgation de la PPE3, celui de la Cour des comptes sorti le 18 mars qui porte sur « Le soutien aux énergies renouvelables à travers les charges de service public de l’énergie ». Il est sévère et il en ressort notamment que le seul coût pour les finances publiques des subventions et des aides aux renouvelables intermittents atteint près de 11 milliards d’euros l’an dernier pour la métropole et l’Outre-Mer et ne peut qu’augmenter dans les prochaines années. Au passage, la Cour dénonce pêle-mêle des « sur-rémunérations avérées », « les effets indésirables des modalités de soutien sur les marchés de l’électricité », « un contrôle insuffisant des producteurs », « des sanctions quasi-inexistantes », « des impacts sur les finances publiques significatifs mais difficilement prévisibles » et « un transfert de la contrainte budgétaire infra-annuelle aux dépens de la trésorerie d’EDF ».
Mais cela restera des mots. Le gouvernement Lecornu sera parvenu presque sans encombres à privatiser la production d’électricité du pays avec de l’argent public que le pays surendetté n’a pas et pour des capacités supplémentaires de production totalement inutiles compte tenu des surcapacités existantes. On remplace de fait la production nucléaire décarbonée et des centrales amorties par des équipements renouvelables intermittents moins performants et fortement subventionnés mais prioritaires sur le réseau. Des investissements qui ne seront jamais rentables pour le pays… Et tout cela au seul bénéfice d’une poignée d’investisseurs et d’opérateurs privés de parcs de renouvelables intermittents qui bénéficieront pendant deux décennies, la durée des contrats, de subventions et de financements payés par le contribuable, l’épargnant et le consommateur.














