L’argument sans cesse répété en faveur des renouvelables intermittents (éolien et solaire) est qu’ils sont le meilleur moyen de décarboner la production d’électricité. Dans la réalité, les choses sont plus compliquées que cela. Cela est vrai si les renouvelables intermittents remplacent des centrales à charbon et si ces dernières sont elles-mêmes remplacées par des centrales à gaz. Les centrales à gaz émettent environ deux fois moins de CO2 que celles à charbon. Mais une fois cette avancée effectuée, la réduction des émissions stagne ou progresse à peine quelle que soit la quantité de parcs éoliens et solaires installés.
Le mode de production d’électricité le plus décarboné qui soit reste le nucléaire. A cela, une raison simple et purement physique, la densité énergétique. A puissance égale produite, il faut beaucoup beaucoup plus d’installations éoliennes et solaires et donc bien plus de matériaux et de matières premières dont l’empreinte carbone est importante que pour construire une centrale nucléaire.
Cela est d’autant plus vrai que le facteur de charge, la production à puissance nominale sur l’année, des éoliennes et du solaire photovoltaïque, est bien plus faible que celle du nucléaire. Il était l’an dernier en France de 21,4% pour les éoliennes terrestres, 13% pour le solaire et 71,5% pour le nucléaire. Il faut donc beaucoup plus de capacités installées pour produire autant. Dernier problème et non des moindres, l’intermittence. Elle signifie que pour alimenter les réseaux électriques, il faut à côté des éoliennes et des panneaux photovoltaïques des capacités de production dites pilotables. Et cela n’a rien à voir avec les capacités de production installées. Quand il n’y a pas de vent et pas de soleil, il n’y a pas de production… La solution théorique est évidemment de pouvoir stocker en grande quantité l’électricité produite quand la météorologie est favorable, via des batteries ou des STEP (Stations de transferts d’énergie par pompage). Mais économiquement et techniquement, les possibilités ne sont pas à la hauteur des besoins d’une région et encore moins d’un pays. Elles ne le seront pas avant longtemps.
Clean Power Progress Index
Tout cela est illustré par une étude de Montel Energy, une entreprise spécialisée dans l’analyse des marchés de l’énergie pourtant très favorable aux développement des renouvelables. Publiée il y a quelques jours, elle est baptisée Clean Power Progress Index (Indice de progrès de l’énergie propre).
Elle montre que si l’Europe a bien ajouté plus de 70 GW de capacités renouvelable nette en 2025 à son appareil productif, les émissions de carbone issues de la production d’électricité n’ont diminué que de 0,5% d’une année sur l’autre, de 520,5 tonnes équivalent CO2 à 517,9 millions de tonnes équivalent CO2…
En fait, l’ajout de plus de renouvelables ne sert pas à grand-chose ce qu’évidemment Montel ne met pas en avant ainsi. Et ce que le gouvernement français n’a absolument pas compris ou n’a pas voulu comprendre en promulguant par décret en février dernier la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) qui stipule des investissements massifs dans les renouvelables intermittents dont le pays n’a nul besoin. Il produit en surabondance, au moins 20% de plus que ses besoins, une électricité décarbonée à plus de 95%. Et la consommation d’électricité baisse en France depuis plusieurs années pour de bonnes et de mauvaises raisons. Du fait de l’amélioration de l’efficacité énergétique, mais aussi à cause de la désindustrialisation et de l’augmentation rapide des prix de l’électricité. En outre, l’éolien, notamment marin, et surtout le solaire ont une empreinte carbone bien supérieure sur la durée de vie des équipements à celle du nucléaire.
L’Allemagne, l’Espagne, la Grande-Bretagne mauvais élèves…
Le problème aujourd’hui n’est pas, même à l’échelle de l’Europe, de construire plus de capacités de productions intermittentes mais de mieux les gérer et mieux les intégrer aux réseaux pour éviter des périodes de plus en plus importantes de prix effondrés et négatifs sur les marchés de l’électricité et pour éviter de fragiliser les réseaux. Le blackout espagnol du 28 avril 2025 qui a fait 147 morts… est directement lié à une présence trop importante sur les réseaux de production solaire et éolienne qui n’a pas permis de rattraper des variations devenues incontrôlables de fréquence et de tension.
Selon les calculs de Montel, dans toute l’Europe en 2025, plus de 55 GW de capacités solaires ont été ajoutées, 13 GW d’éolien terrestre et seulement 1,75 GW d’éolien marin qui est confronté à un modèle économique presque impossible. Dans le même temps, environ 9 GW nets de capacités charbon et lignite ont été mises hors service. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. L’Allemagne a ajouté le plus de renouvelables en Europe tout en restant le plus grand émetteur de CO2. L’Espagne a atteint un record de production solaire, mais la production de gaz a tout de même augmenté de 22,9%… Il arrive qu’il n’y ait pas de soleil, à commencer par la nuit, et le réseau électrique espagnol est très fragile et a besoin des centrales à gaz pour être stabilisé. Il a encore failli tomber au début de l’année, le 28 janvier. Résultat, en Espagne les émissions ont augmenté de 14,6% l’an dernier passant de 187 kilos d’équivalent CO2 à 215 kilos d’équivalent CO2 par MWh produit. Comme le résume Montel, « les résultats obtenus par l’Espagne en 2025 mettent en évidence les limites d’une décarbonation axée sur le solaire sans une flexibilité suffisante du réseau. La poursuite des progrès dépendra du développement du stockage, de la flexibilité et d’autres options d’équilibrage à faible émission de carbone afin de réduire la dépendance au gaz pendant les heures sans ensoleillement ».
De la même façon, la production d’électricité à partir de sources émettrices de carbone a augmenté de 5,7% en Grande-Bretagne en 2025 en dépit de la fermeture définitive des dernières centrales à charbon du pays. Mais avec des investissements massifs dans les renouvelables et une géographie et météorologie favorables à l’éolien marin, la Grande-Bretagne a besoin des centrales à gaz pour assurer l’équilibre de son réseau électrique et répondre aux pics de demande en soirée.

Renouvelables et émissions Europe Montel 2025.












