Au cours des dernières années, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Donald Trump ont rappelé tour à tour et brutalement aux Européens une réalité désagréable. La puissance réelle des pays est encore, et pour un moment, liée à leur capacité à contrôler et exploiter les ressources du sous-sol, les énergies fossiles comme les minéraux stratégiques. Contrairement à une illusion dans laquelle nous avons trop longtemps baigné à force de nous éloigner des réalités de la production, les ressources naturelles du sous-sol restent les attributs de la puissance des nations.
C’est évidemment le cas pour les Etats-Unis, premier producteur mondial de pétrole et de gaz grâce notamment à la révolution du gaz et du pétrole de schiste et de la fracturation hydraulique. Mais c’est aussi évident pour la Russie qui ne pourrait mener depuis quatre ans la guerre de haute intensité qu’elle a lancé en Ukraine sans les ressources financières que lui apporte le pétrole et le gaz. Et c’est vrai aussi de la Chine, premier producteur et consommateur, de loin, de charbon de la planète et qui contrôle les filières d’extraction et plus encore de raffinage de la plupart des minéraux et métaux dits stratégiques.
La Chine, puissance charbonnière
La crise énergétique de 2026, née des attaques américano-israéliennes sur la République islamique d’Iran et de la riposte de cette dernière par une guerre énergétique consistant à bloquer le détroit d’Ormuz et à attaquer les installations pétrolières et gazières de ses voisins du Golfe persique, apporte une nouvelle illustration de l’incapacité européenne à sécuriser ses approvisionnements en énergie et de la faiblesse stratégique qui en résulte.
Les pays qui sont des puissances pétrolières et gazières, à commencer par les Etats-Unis et la Russie, n’échappent pas aux hausses de prix mais échappent aux pénuries quoi qu’il arrive et même si la guerre venait à se prolonger encore des mois. De la même façon, la Chine pourra toujours recourir plus massivement au charbon pour compenser un manque de gaz, ce qu’elle s’est donnée les moyens de faire en continuant à investir massivement dans les mines et les centrales à charbon en parallèle à des investissements tout aussi massifs dans les renouvelables. La Chine a même révolutionné l’exploitation du charbon avec des robots et l’intelligence artificielle. L’an dernier, la Chine a ainsi battu un nouveau record de production de charbon à 4,83 milliards de tonnes ! La Chine produit et consomme plus de la moitié du charbon dans le monde et il représente 50% de l’énergie que le pays consomme…
« Le monde de l’énergie va se fracturer entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas », résume Laurent Segalen, spécialiste de l’investissement dans l’énergie d’Alexa Capital.
Les actifs pétroliers et gaziers vont prendre de la valeur, pas en perdre
On peut même considérer, même si leur vulnérabilité militaire éclate aujourd’hui au grand jour, que les réserves de pétrole et de gaz et les revenus qu’elles génèrent, confèrent aux monarchies du golfe Persique une influence considérable auprès de leurs consommateurs et obligés qu’ils soient occidentaux ou asiatiques.
Les gisements d’hydrocarbures et de charbon et les équipements permettant de les exploiter, de les transformer et de les transporter, ne sont pas devenus, comme l’annonçaient les experts instantanés de la transition énergétique du monde politique, académique, médiatique et même financier, des « actifs échoués »… condamnés à perdre toute valeur. Au contraire. Ils en auront même d’autant plus qu’un certain nombre de ses actifs, gisements, raffineries, installations de liquéfactions de gaz, ports… ont été endommagés par la guerre avec l’Iran et aussi par celle entre l’Ukraine et la Russie.
La pensée stratégique européenne n’existe pas
Et l’Europe dans tout cela semble incapable de tirer les leçons de l’histoire récente. Elle continue à confondre sa pathétique dépendance avec de la supériorité culturelle et morale se voulant être le modèle de la transition énergétique que personne ne veut suivre.
Si l’Europe cesse de déléguer aux autres, en l’occurrence les Etats-Unis, la pensée stratégique et privilégie enfin son indépendance énergétique, elle n’a pas le choix. Elle doit tout mettre en œuvre : nucléaire, renouvelables, gaz, pétrole et même charbon de son sous-sol, avec capture du CO2 ce serait préférable. Si l’une des options venait à disparaître, il restera toujours les autres. Il est illusoire de croire que l’Europe, qui est l’une des régions les moins riches en ressources de la planète, ait le moindre choix. Mais qui aura le courage de l’avouer publiquement ?














